Que faut-il attendre du rapport Mueller?

Photo: Alex Brandon Associated Press Les membres du Congrès et particulièrement le comité judiciaire de la Chambre des représentants réclament un accès à la version complète du rapport rédigé par le procureur spécial Robert Mueller.

Après le résumé, les détails. Moins d’un mois après son dépôt officiel sur le bureau du secrétaire à la Justice, William Barr, le rapport d’enquête, jusque-là confidentiel, du procureur spécial Robert Mueller sur l’ingérence russe lors de la campagne électorale américaine de 2016 va finalement être rendu public jeudi matin. Que devrait-il révéler ?

Des noms ? Il va y en avoir, mais pas celui du président, ni même ceux de sa garde rapprochée, à moins que ces personnes aient été formellement accusées. C’est qu’au nom de la présomption d’innocence, le département américain de la Justice ne publie jamais le nom de citoyens qui font l’objet d’une enquête tant que des accusations n’ont pas été portées contre eux. Cela devrait donc rassurer les nombreux employés du gouvernement Trump rencontrés par les enquêteurs et dont plusieurs craignaient que l’apparition de leur nom dans un tel document puisse entraîner des représailles de la part du président à leur endroit, a rapporté NBC plus tôt cette semaine.

De l’ombre Plusieurs pans du rapport Mueller devraient être expurgés pour préserver la confidentialité de certains faits. Parmi eux : les documents émanant d’un grand jury américain, une instance d’enquête au sein de la justice, pour respecter le secret de l’instruction ou encore les informations pouvant compromettre une enquête en cours et dévoiler des méthodes d’enquête. Les détails qui permettraient de déduire l’identité d’une source ou d’une tierce partie interrogées dans le cadre de l’enquête seront également soustraits du document.

300
C'est le nombre de pages que doit compter la version du rapport Mueller qui sera publiée par l’éditeur américain Skyhorse — un spécialiste du livre politique — le 30 avril prochain.

Les membres du Congrès, et particulièrement du comité judiciaire de la Chambre des représentants, réclament toutefois un accès à la version complète et non caviardée du document en dénonçant les partis pris de Barr en faveur du président, pour qui, dans cette histoire, le secrétaire de la Justice ferait office « d’agent », a accusé cette semaine son président, le démocrate Jerrold Nadler.

Notons que la version publiée par l’éditeur américain Skyhorse — un spécialiste du livre politique —, qui va être mise en vente en librairie le 30 avril prochain, annonce pour sa part un document de 300 pages, à peine, pour un rapport que l’on estime depuis le 22 mars à 400 pages environ.

Des preuves À en croire la synthèse de quatre pages effectuée par le secrétaire à la Justice William Barr, un proche de Donald Trump, le rapport Mueller n’a pas réussi à mettre en évidence une forme de collusion entre le président, son entourage et des intérêts russes dans le but de faire tourner la campagne électorale de 2016 en faveur du camp républicain, et ce, avec la complicité d’une force étrangère. Un crime grave.

400
C'est le nombre de pages que compterait la version intégrale du rapport Mueller, selon les estimations circulant depuis le 22 mars dernier.

Mais il reste encore une grande inconnue : sur quelle base Robert Mueller a-t-il décidé finalement de ne pas porter d’accusations contre l’occupant de la Maison-Blanche pour obstruction à la justice ? « Si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l’exonère pas non plus », est-il écrit dans ce rapport, comme l’a cité M. Barr dans son résumé. Au début de la semaine, Jerrold Nadler a d’ailleurs indiqué que ce rapport pourrait contenir la preuve que des actes répréhensibles ont bel et bien été commis. Et c’est finalement jeudi que l’on devrait le savoir.

De la convergence Ce n’est pas parce que les enquêteurs n’ont pas accumulé assez de preuves pour parler de collusion qu’il n’y a pas eu de contacts entre les proches de Donald Trump et les Russes. À preuve : Michael Flynn a déjà reconnu avoir pris part à des rencontres avec l’ambassadeur russe en pleine campagne électorale. Une rencontre entre l’équipe de campagne de Trump et une avocate russe a bien eu lieu en juin 2016 à la Trump Tower. Et 23 mois, 2300 assignations à comparaître, 500 témoins et 500 mandats de perquisition plus tard, le rapport Mueller pourrait finalement en révéler davantage sur ces points de convergence entre des parties forcément intéressées.

Photo: Nicholas Kamm Archives Agence France-Presse Les membres du Congrès, et particulièrement les démocrates (tout comme de nombreux citoyens américains), réclament un accès à la version complète et non caviardée du document.

Des conclusions Difficile de prédire l’impact de cette publication sur le reste de la présidence de Donald Trump. Depuis la publication de la synthèse de William Barr, le milliardaire médiatique ne cesse de souligner qu’il a été exonéré de toute accusation et de poser en victime d’une chasse aux sorcières, voire d’une tentative de coup d’État, pour galvaniser ses troupes et contraindre ses ennemis dans leur rôle d’élite abusant de son pouvoir.

Le président affirme ne pas avoir eu accès au rapport de 400 pages, et dit même ne pas s’en préoccuper. « Je n’ai pas lu le rapport Mueller. J’ai gagné. Pas de collusion. Pas d’obstruction. J’ai gagné, a-t-il dit il y a quelques jours avant un voyage au Texas. Je me fous du rapport Mueller, puisque j’ai été blanchi. » Lundi pourtant, à l’annonce de sa publication, M. Trump a décrédibilisé sur Twitter les enquêteurs et leur travail, appelant à enquêter sur eux et leurs intérêts politiques. Parenthèse : Robert Mueller, nommé directeur du FBI en 2001 par George W. Bush, est d’allégeance républicaine.

La suite des formules lapidaires présidentielles risque d’accompagner le dévoilement du document jeudi matin.

Photo: Mandel Ngan Archives Agence France-Presse Il y a un peu moins d'un mois, une synthèse de quatre pages du rapport Mueller était livrée par le secrétaire à la Justice William Barr, un proche de Donald Trump.