Le rapport sur l’enquête russe sera publié «d'ici une semaine», dans une version expurgée

Bill Barr a conclu de lui-même que le rapport du procureur Mueller ne contenait rien de susceptible d’entraîner des poursuites contre Donald Trump.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Bill Barr a conclu de lui-même que le rapport du procureur Mueller ne contenait rien de susceptible d’entraîner des poursuites contre Donald Trump.

Le rapport final sur l’enquête russe qui, selon son résumé, exonère Donald Trump des soupçons de collusion avec Moscou, sera rendu public « d’ici une semaine » dans une version expurgée, a redit mardi le ministre américain de la Justice, Bill Barr.

Lors d’une audition au Congrès, il a campé sur ses positions, laissant augurer d’un nouveau bras de fer avec l’opposition démocrate qui veut consulter l’intégralité des près de 400 pages rédigées par le procureur spécial Robert Mueller.

Tout en promettant de publier « la plus grande partie possible » de ce document, le ministre s’est dit contraint par le cadre légal. Celui-ci interdit, selon lui, de divulguer des informations qui pourraient compromettre d’autres enquêtes, dévoiler des sources confidentielles ou nuire à la réputation d’acteurs « périphériques ». Ses équipes sont donc en train d’identifier les passages sensibles et de les retirer de la version du rapport qui sera rendue publique.

« Cela se passe bien, on va tenir l’échéance de la mi-avril », a ajouté Bill Barr devant la commission budgétaire de la Chambre des représentants.

Après 22 mois d’une enquête qui a tenu les États-Unis en haleine, le méthodique et discret procureur Mueller a transmis le 24 mars son rapport final au ministre de la Justice. Deux jours plus tard, Bill Barr a divulgué ses principales conclusions dans un document de quatre pages. « Je ne crois pas que les Américains auraient supporté d’attendre plus longtemps », a-t-il expliqué mardi.

« D’un point de vue de procureur, la question était binaire : y a-t-il matière à poursuivre ou non ? », a-t-il ajouté. Et, selon lui, la réponse est clairement non. Le procureur Mueller a conclu qu’il n’existait pas de preuve d’une quelconque entente entre la Russie et le candidat républicain lors de la présidentielle de 2016, a écrit Bill Barr dans son résumé.

Sur l’autre volet de l’enquête, celui d’une potentielle entrave à la justice, le ministre a cité le procureur Mueller : « si ce rapport ne conclut pas que le président a commis un crime, il ne l’exonère pas non plus ». Puis Bill Barr a conclu de lui-même que le rapport ne contenait rien de susceptible d’entraîner des poursuites. Depuis, le président Trump, qui n’a jamais cessé de dénoncer une « chasse aux sorcières », crie victoire. Il s’est dit totalement exonéré par le rapport Mueller qui, de fait, éclaircit son horizon en vue de sa campagne de réélection pour 2020.

Mais l’opposition démocrate réclame la publication intégrale du rapport, soupçonnant le ministre d’avoir édulcoré ses conclusions. « Votre gestion du rapport est inacceptable », a tancé la représentante démocrate Nita Lowey lors de l’audition, en l’accusant d’avoir « sélectionné » les informations favorables au président. « Si le rapport n’est pas entièrement rendu public, cela portera un coup sérieux à notre démocratie », a ajouté son collègue Jose Serrano.

L’opposition a aussi interrogé Bill Barr sur des articles de presse ayant rapporté la frustration de certaines enquêteurs de l’équipe Mueller pour qui le résumé du ministre n’a pas rapporté pas « de façon adéquate » les conclusions de leurs investigations.

Le juriste républicain, nommé par Donald Trump en fin d’année dernière, a botté en touche. « Je ne vais rien dire de plus sur le rapport avant que tout le monde ait eu l’occasion de le consulter », a-t-il déclaré. Mercredi, il doit de nouveau être auditionné, devant une commission du Sénat cette fois.