Trump accuse de «terrorisme» les Gardiens de la Révolution, l’Iran riposte

Une parade de l’armée idéologique iranienne en 2018
Photo: Stringer Agence France-Presse Une parade de l’armée idéologique iranienne en 2018

Les États-Unis ont placé lundi les Gardiens de la Révolution, l’armée idéologique du régime iranien, sur leur liste noire des « organisations terroristes étrangères », un geste « sans précédent » pour accroître leur campagne de pression qui n’a pas réussi pour l’instant à faire fléchir Téhéran.

L’Iran a immédiatement riposté contre cette décision jugée « illégale et insensée », en affirmant considérer désormais « le régime des États-Unis comme un État parrain du terrorisme » et les forces américaines au Moyen-Orient comme des « groupes terroristes ».

C’est « la première fois » qu’une organisation « faisant partie d’un gouvernement étranger » est ainsi visée par Washington, a déclaré Donald Trump dans un communiqué au sujet de cette décision qui entrera en vigueur le 15 avril.

L’Iran figure déjà depuis 1984 sur la liste américaine très restreinte des « États soutenant le terrorisme », avec la Corée du Nord, le Soudan et la Syrie. L’idée de mettre plus clairement à l’index les « Pasdaran », armée spéciale créée en 1979 dans le but de protéger la Révolution islamique iranienne des menaces étrangères et intérieures, planait depuis l’arrivée du milliardaire républicain à la Maison-Blanche. Selon le président des États-Unis, il s’agit de reconnaître « que les Gardiens participent activement au terrorisme, qu’ils financent et promeuvent ».

Les risques sont élevés que cela ne fasse que contribuer à une situation vraiment dangereuse, surtout pour nos militaires dans la région

La force Qods est également placée sur la liste noire américaine des « organisations terroristes ». Cette unité d’élite des « Gardiens » est leur branche extérieure qui soutient les forces alliées de l’Iran au Moyen-Orient, comme les troupes du président syrien Bachar al-Assad, le Hezbollah au Liban, ou encore les autorités irakiennes dans la lutte antidjihadiste. Son chef, Ghassem Soleimani, est régulièrement dépeint par le gouvernement américain comme l’un des principaux responsables de la « déstabilisation » de la région qu’elle reproche à l’Iran.

Depuis deux ans, Donald Trump a fait du régime de Téhéran son ennemi numéro un. Première conséquence spectaculaire de ce changement de cap, il a retiré en mai 2018 les États-Unis de l’accord international de 2015 censé empêcher l’Iran de se doter de la bombe atomique, signé sous son prédécesseur, Barack Obama, mais jugé trop laxiste par Trump.

Dans la foulée, Washington a rétabli toutes les sanctions levées en échange de l’engagement nucléaire iranien, et a promis une « pression maximale » avec des mesures punitives « les plus fortes de l’histoire ». Tout en assurant que l’objectif n’était pas un changement de régime mais « un changement de comportement de la part du régime iranien », le chef de la diplomatie américaine, Mike Pompeo, avait alors énoncé une liste de 12 conditions draconiennes pour relâcher la pression et conclure un « accord global » avec Téhéran.

Mais pour l’instant, même si les sanctions économiques nuisent à l’économie iranienne, les deux pays ennemis campent sur leurs positions.

Les États-Unis tentent de forger une « coalition » anti-iranienne, mais avec des résultats mitigés, les Européens étant toujours furieux du retrait américain de l’accord nucléaire. Seuls certains pays arabes du Golfe, comme l’Arabie saoudite et Israël, sont totalement derrière la démarche américaine.

Face à cette impasse, le gouvernement américain espère que la mise à l’index des « Pasdaran » augmentera « significativement l’échelle et la portée » de leur « pression maximale contre le régime iranien ». « Si vous faites affaire avec les Gardiens de la révolution, vous financez le terrorisme », a prévenu le président des États-Unis. Mike Pompeo a ainsi appelé toutes les « entreprises et banques à travers le monde » à couper tout lien financier avec l’armée idéologique. Ses conseillers ont expliqué vouloir rendre « radioactifs » les Gardiens de la Révolution, qualifiés de « mafia » adepte du « racket » et qui contrôle au moins « la moitié de l’économie iranienne ». Concrètement, tout soutien matériel à cette unité gouvernementale iranienne sera considéré comme un crime fédéral.

Pour Mark Dubowitz, du cercle de réflexion Foundation for Defense of Democracies qui prône une ligne dure contre l’Iran, « le gouvernement américain peut désormais vraiment mettre toute sa puissance économique, judiciaire et politique à contribution pour punir » l’Iran. Mais d’autres, comme l’ex-diplomate Richard Nephew, estiment que cette mesure est avant tout symbolique, étant donné les nombreuses sanctions déjà en vigueur. « Les risques sont élevés que cela ne fasse que contribuer à une situation vraiment dangereuse, surtout pour nos militaires dans la région », a-t-il prévenu.