Christchurch: Trump vertement critiqué par une élue musulmane

Rashida Tlaib prenait la parole lors d’un rassemblement contre la politique migratoire du président américain, le 7 février dernier, à Washington.
Photo: Alex Wong Getty Images Agence France-Presse Rashida Tlaib prenait la parole lors d’un rassemblement contre la politique migratoire du président américain, le 7 février dernier, à Washington.

Une élue américaine musulmane, Rashida Tlaib, a dénoncé dimanche le « silence » de Donald Trump sur le danger que représentent les suprémacistes blancs aux États-Unis, en plein débat politique sur la religion et l’intolérance après les attentats meurtriers contre deux mosquées en Nouvelle-Zélande.

Le chef de cabinet de la Maison-Blanche, Mick Mulvaney, a fermement démenti tout lien « de cause à effet » entre la rhétorique anti-immigration du président américain et les motivations racistes du tireur de Christchurch, qui a tué au moins 50 fidèles musulmans. « Le président n’est pas un suprémaciste blanc », a lancé M. Mulvaney dimanche sur les ondes de la chaîne Fox News.

« Prenons ce qui est arrivé en Nouvelle-Zélande pour ce que c’est — un mal terrible, un acte tragique — et cherchons pourquoi ces choses deviennent courantes dans le monde. Est-ce que c’est Donald Trump [le responsable] ? Absolument pas », a-t-il soutenu.

La démocrate Rashida Tlaib, l’une des deux élues musulmanes au Congrès, avait auparavant affirmé que l’absence de condamnation forte des groupuscules racistes par le président américain affaiblissait les États-Unis. Donald Trump « est aujourd’hui l’homme le plus puissant du monde » et « il est capable d’envoyer un signal fort et clair », a-t-elle dit sur CNN.

« Nous l’avons fait pour le terrorisme à l’étranger », a-t-elle ajouté. « Nous devons le faire pour le terrorisme chez nous, contre [l’idéologie de] la suprématie blanche qui gagne quotidiennement du terrain alors que nous restons silencieux. »

« De façon répétée, ce président soutient et encourage les suprémacistes blancs — et au lieu de condamner les terroristes racistes, il les couvre. Ce n’est ni normal ni acceptable », a de son côté déploré sur Twitter, dimanche, la sénatrice démocrate Kirsten Gillibrand, candidate à la présidence en 2020.

M. Trump a condamné vendredi « les événements horribles » de Christchurch, tout en estimant que l’idéologie de la suprématie blanche dans le monde n’était pas une menace « répandue ». « Je pense qu’il s’agit d’un petit groupe de personnes qui ont de gros, gros problèmes », a-t-il répondu à un journaliste. Mais rapidement, le débat sur l’intolérance religieuse a rattrapé le locataire de la Maison-Blanche.

L’auteur présumé des attentats, un extrémiste de droite australien âgé de 28 ans, a revendiqué son acte sur les réseaux sociaux dans un long texte truffé de références racistes et de théories du complot. Il y fait également référence à Donald Trump, le qualifiant de « symbole de l’identité blanche renouvelée et d’un but commun ».

La tragédie néo-zélandaise a, par ailleurs, provoqué une vague de solidarité dans les communautés juive et chrétienne envers les musulmans aux États-Unis, avec de nombreux rassemblements œcuméniques. Elle a toutefois alourdi une atmosphère déjà tendue par les propos controversés sur les relations entre les juifs et les États-Unis tenus par l’autre élue musulmane américaine, Ilhan Omar, que beaucoup ont qualifiés d’antisémites.

Charlottesville

Le président Trump avait provoqué un tollé en août 2017 en déclarant qu’il y avait des gens bien « des deux côtés » après des affrontements entre manifestants antiracistes et néonazis à Charlottesville, qui avaient fait un mort. Depuis, il a condamné « tous les types de racisme » et appelé à éradiquer « le poison de l’antisémitisme ».

L’ancien vice-président démocrate Joe Biden, pressenti candidat à la prochaine présidentielle américaine, a dénoncé samedi ces propos de l’époque. « Nos enfants écoutaient. Notre silence est complice. Avec ces mots, le président des États-Unis a créé une équivalence morale entre ceux qui répandent la haine et ceux qui ont le courage de la combattre », a-t-il affirmé. « À ce moment-là, j’ai su que la menace qui pèse sur cette nation était différente de ce que j’avais vécu jusqu’alors. »

Dimanche, Donald Trump n’a pas évoqué le nationalisme blanc sur Twitter, préférant adresser son soutien à la commentatrice conservatrice Jeanine Pirro, disparue des écrans de Fox News après des remarques dénoncées comme islamophobes.

Ancienne juge fédérale passée aux commandes d’une émission diffusée le samedi soir, Mme Pirro avait semblé remettre en question la semaine dernière la loyauté envers la Constitution américaine d’Ilhan Omar, parce qu’elle porte le voile islamique.

« Les démocrates de la gauche radicale, travaillant en étroite relation avec leur partenaire adoré, les médias Fake News, utilisent tous les tours du manuel pour FAIRE TAIRE la majorité dans notre pays », a affirmé le président.