Le Congrès rejette le financement du mur

«J’ai hâte d’opposer mon veto à cette résolution d’inspiration démocrate», a déclaré Donald Trump dans un tweet jeudi.
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse «J’ai hâte d’opposer mon veto à cette résolution d’inspiration démocrate», a déclaré Donald Trump dans un tweet jeudi.

Coup dur pour Donald Trump alors que son propre camp lui a tourné le dos. Le Congrès américain a rejeté jeudi, grâce à la défection de 12 sénateurs républicains, le financement d’urgence du mur que le président entend faire construire à la frontière mexicaine.

Défendant l’un des projets les plus emblématiques de sa présidence, M. Trump a juré de bloquer avec un veto la résolution adoptée par les élus. L’édification de ce mur hautement controversé pourra donc se poursuivre.

« VETO ! » a-t-il tweeté juste après le vote. Puis, dans un second tweet : « J’ai hâte d’opposer mon veto à cette résolution d’inspiration démocrate. »

Reste néanmoins l’humiliation de devoir dégainer son premier veto présidentiel pour sauver sa grande promesse de campagne malgré une majorité républicaine au Sénat (53 sièges sur 100).

Le nombre de dissidents républicains a augmenté ces derniers jours, tous opposés à la situation d’« urgence nationale » décrétée par le président américain afin de contourner le Congrès qui refusait de lui accorder le budget pour le mur.

Au total, 59 sénateurs ont voté pour une résolution démocrate, déjà adoptée par la Chambre des représentants le 26 février, qui « annule » « l’urgence nationale déclarée par le président le 15 février » dernier.

Depuis des jours, sur Twitter et devant les représentants de la presse, M. Trump avait mis la pression sur les sénateurs de son camp afin d’éviter ce revers. « La frontière sud est un cauchemar humanitaire et pour la sécurité nationale », avait-il encore tweeté dans la matinée.

Le locataire de la Maison-Blanche avait aussi tenté de justifier la constitutionnalité de sa décision de recourir à cette mesure d’exception pour obtenir quelque 8 milliards de dollars pour le mur. « Les juristes disent que cela est complètement constitutionnel », avait-il souligné devant les journalistes, peu avant le vote.

Le débat n’est pas théorique : c’est parce qu’ils estiment qu’il a piétiné, avec cette mesure, les pouvoirs du Congrès que 12 sénateurs républicains ont soutenu la résolution démocrate.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat, Mitch McConnell, avait bien tenté — en vain — de raisonner ses troupes jusqu’au bout : « Le président opère dans le cadre de la loi, et la crise à notre frontière est bien trop réelle », avait-il déclaré dans l’hémicycle. Le sénateur et ex-candidat à la présidentielle en 2012 Mitt Romney a notamment décidé de voter avec les démocrates « en faveur de la Constitution ».

Relations difficiles

Il semble improbable que le Congrès outrepasse le veto présidentiel, car cela nécessiterait une majorité des deux tiers dans les deux chambres.

Populaire auprès de la base républicaine, Donald Trump a des relations plus compliquées avec ses troupes au Congrès, où il enchaîne les revers cette semaine.

Mercredi soir, c’est sa politique étrangère et notamment son solide soutien à l’Arabie saoudite qui ont été cloués au pilori, également grâce à des voix républicaines : le Sénat a approuvé une résolution l’exhortant à arrêter tout soutien américain à la coalition saoudienne dans la guerre au Yémen.

Les rebelles républicains étaient notamment motivés par leur colère face à la réaction tiède de Donald Trump après l’assassinat à Istanbul du journaliste saoudien Jamal Khashoggi en octobre 2018, par un commando venu de Riyad.

La Chambre devrait à son tour approuver cette mesure. Et Donald Trump a, là aussi, prévu de la bloquer par un veto.