Quand l’impatience de Trump commande l’état d’urgence

Donald Trump a une fois de plus proféré plusieurs mensonges pour justifier sa décision, parlant d’invasion d’immigrants illégaux à la frontière et disant agir pour contrer le trafic de drogue, au nom de la sécurité nationale.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Donald Trump a une fois de plus proféré plusieurs mensonges pour justifier sa décision, parlant d’invasion d’immigrants illégaux à la frontière et disant agir pour contrer le trafic de drogue, au nom de la sécurité nationale.

Même s’il a reconnu ouvertement que sa mesure pourrait être contestée devant les tribunaux, le président américain, Donald Trump, a joué son va-tout vendredi matin en déclarant l’état d’urgence pour justifier le financement de son mur à la frontière américano-mexicaine, une dépense de plusieurs milliards de dollars à laquelle s’oppose depuis décembre dernier la majorité démocrate à la Chambre des représentants.

Les démocrates n’ont d’ailleurs pas tardé à réagir en qualifiant le geste « d’illégal » et en annonçant, immédiatement après l’annonce présidentielle, que des procédures allaient être amorcées « rapidement » pour contrer ce qu’ils qualifient d’utilisation abusive de la loi américaine de 1976 sur les urgences nationales.

« La déclaration illégale du président sur une crise qui n’existe pas est d’une grande violence pour notre Constitution et rend l’Amérique moins sûre en dérobant des fonds dont nous avons un besoin urgent pour la sécurité de notre armée et de notre nation », ont indiqué par voie de communiqué la présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, et le leader de la minorité démocrate au Sénat, Charles Schumer. « Il s’agit d’un coup de force évident d’un président déçu, qui va au-delà des limites de la loi pour tenter d’obtenir ce qu’il n’a pas réussi à faire dans le processus législatif constitutionnel. »

L’état d’urgence décrété par Donald Trump doit lui permettre en théorie de contourner le Congrès pour débloquer les fonds nécessaires à la construction d’un mur de 375 kilomètres entre le Mexique et les États-Unis, une promesse phare de sa campagne électorale au coeur de vives tensions entre l’exécutif et le pouvoir législatif américain depuis plus d’un mois. L’entêtement du président sur ce dossier est à l’origine de la dernière paralysie budgétaire (shutdown), qui a atteint un niveau historique de 35 jours en prenant fin le 25 janvier dernier.

La décision controversée du président fait suite au compromis budgétaire auquel les partis sont arrivés cette semaine, mettant fin ainsi à l’incertitude des dernières semaines sur le financement des services publics fédéraux. Elle devrait lui permettre de s’approprier 6,5 milliards pour la construction du mur et la protection de la frontière, en plus de 1,3 milliard déjà mis sur ce front avec l’accord du Congrès et inclus dans la dernière négociation du budget américain. Donald Trump réclamait jusque-là 5,7 milliards pour son mur. Au début du mois, 66 % des Américains se disaient opposés à l’utilisation de la loi sur l’urgence nationale pour financer le mur de Donald Trump à la frontière, selon un sondage mené par YouGov pour la chaîne CBS.

« C’est un pari risqué », a dit vendredi Philippe Fournier, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal (CERIUM), joint par Le Devoir. « Cette mesure est un signe de désespoir et de faiblesse pour le président, qui n’a donc plus d’autres moyens que de contourner la Constitution pour mettre en place son programme politique. Il mise sur le soutien d’une base dure en se présentant comme le président qui fait tout en son pouvoir pour tenir ses promesses, mais il va aussi mettre en relief les divisions au sein du Parti républicain » sur ce mur, et l’état d’urgence invoqué par la Maison-Blanche devrait dans les prochaines semaines se retrouver au coeur de plusieurs contestations devant les tribunaux.

Donald Trump l’a d’ailleurs anticipé en disant « s’attendre » à voir sa décision rebondir devant la Cour d’appel fédérale. « Nous allons probablement subir un revers, et puis d’autres revers, avant de nous retrouver devant la Cour suprême [à majorité républicaine] », a dit le président. Il espère y trouver là une victoire, comme cela a été le cas pour son décret migratoire, malmené également par les tribunaux. Les deux derniers juges nommés par Donald Trump, Brett Kavanaugh et Neil Gorsuch, sont reconnus pour leurs positions conservatrices et leur « vision assez élargie des pouvoirs présidentiels », résume M. Fournier.

L’État de New York, majoritairement démocrate, a indiqué qu’il allait porter la décision du président devant la justice. En raison du veto présidentiel, le Congrès ne peut s’y opposer qu’avec une majorité aux deux tiers dans les deux chambres, ce qui semble improbable dans l’état actuel des forces en présence. Donald Trump a toutefois donné des munitions à ses opposants en affirmant lui-même durant sa conférence de presse que cet état d’urgence n’était pas nécessaire. « Je pourrais construire le mur sur une plus longue période de temps, a-t-il dit. Je n’ai pas besoin de faire ça [déclarer l’urgence]. Mais je le fais pour que cela aille plus vite. »

Par ailleurs, M. Trump a une fois de plus proféré plusieurs mensonges pour justifier sa décision, parlant d’invasion d’immigrants illégaux à la frontière et disant agir pour contrer le trafic de drogue, au nom de la sécurité nationale. Or, selon les plus récentes données du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, entre 80 % et 90 % des drogues (héroïne, cocaïne, fentanyl…) saisies à la frontière sud des États-Unis l’ont été à des points de contrôle légaux durant les 11 premiers mois de 2018. Une frontière d’ailleurs où le nombre d’illégaux appréhendés est à la baisse : il y en a eu moins de 400 000 en 2018, contre plus de 1,6 million en 2000. Hasard des chiffres, la première année du mandat de Donald Trump a coïncidé avec celle où le nombre d’illégaux en provenance du Mexique a été à son plus bas niveau depuis… 1971.

« Honte à tous les membres du Congrès qui ne s’opposeront pas clairement et vigoureusement à cette invocation illégitime d’une urgence nationale », a dit Anthony Romero, de l’influente organisation américaine de défense des libertés civiles, l’ACLU. « Il va falloir payer les pots cassés, quand le prochain président va utiliser ce même pouvoir et invoquer l’urgence nationale pour le contrôle des armes à feu ou les changements climatiques. »

Avec l’Agence France-Presse

2 commentaires
  • Gilles Tremblay - Inscrit 16 février 2019 03 h 32

    Coucou Monsieur Trump !

    Lorsque vous aurez terminé de construire la muraille des gros cons, les latinos prendront, pour 100 $, des taxis drones qui passeront par dessus votre mur infranchissable, peu importe la hauteur de ce grotesque symbole de la honte humaine, D'ici 5 ans, on pourra se procurer des kits de drone chez IKEA pour moins de 2000 $ afin que l'on puisse jouer au saute-mouton avec votre insipide projet digne des camps nazi.

  • Lise Bélanger - Abonnée 16 février 2019 10 h 52

    Ce sont les démocrates eux-mêmes qui ont supporté l'idée de bâtir ce mur, entre autre les présidents Clinton et Obama.
    Quelle hypocrisie et récupération politique abjecte des démocrates que de renverser la situation et d'obliger Trump à des mesures excessives pour parfaire leur propre oeuvre.
    Quelle est donc cette malhonnêteté des démocrates pour tenter de diaboliser le président Trump. J'ai toujours été favorable aux démocrates mais depuis le salissage éhonté et démesuré que l'on fait subir au président Trump, ( qui évidemment n'est pas un modèle de conduite mais Clinton non plus d'ailleurs) je perd de plus en plus confiance aux démocrates pour la politique américaine et pour le peuple américain. De plus en plus, je crois que la politique internationale avec Trump est plus sensé. Même l'écologie n'était qu'hypocrisie et rattrapage politique chez les démocrates. À l'exception du Obama'Care qui a été un succès et défait par Trump, je ne suis guère plus les démocrates que le républicains.
    Avec le gouvernement Obama il était toujours difficile pour un québécois de traverser la frontière américaine, tout cela s'est dissipé avec Trump. Il y a de plus en plus de musulmans venant de pays arabes qui poursuivent des études aux États-Unis avec Trump. La politique change bien vite en Occident. La gauche centriste n'est plus pour le peuple et semble soumise à des diktats extérieurs.