Trump choisit l’«urgence nationale» pour construire son mur frontalier

Le président américain, Donald Trump, avait martelé qu'il construirait un mur à la frontière mexicaine pendant sa campagne électorale en 2016.
Photo: Nicholas Kamm Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, avait martelé qu'il construirait un mur à la frontière mexicaine pendant sa campagne électorale en 2016.

Donald Trump a choisi jeudi la confrontation en annonçant qu’il allait déclarer l’« urgence nationale » aux États-Unis pour construire un mur à la frontière mexicaine, sa grande promesse de campagne.

Le président républicain a dans le même temps accepté de signer un compromis budgétaire obtenu de haute lutte au Congrès, après d’intenses tractations entre républicains et démocrates.

Depuis des semaines, les négociations tournent autour de ce mur qu’il veut construire pour lutter contre l’immigration clandestine et dont l’opposition ne veut pas entendre parler. Avec, en fond, la menace d’un nouveau shutdown si aucun accord n’était trouvé avant vendredi, minuit, pour éviter l’impasse budgétaire.

La loi de financement née de ce compromis a été approuvée jeudi à une large majorité au Sénat, contrôlé par les républicains, puis à la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates. Elle n’attend plus que la promulgation du président.

Mais elle ne comprend qu’un quart du budget réclamé par Donald Trump pour construire le mur (1,4 milliard de dollars contre 5,7 milliards demandés) et ne mentionne pas le mot « mur », préférant « barrière » ou « clôture ».

Tout en signant le texte, Donald Trump déclarera donc l’« urgence nationale » afin de « mettre fin à la crise de sécurité nationale et humanitaire à la frontière », a annoncé Sarah Sanders, porte-parole de la Maison-Blanche.

« Une nouvelle fois, le président tient sa promesse de construire le mur, de protéger la frontière et d’assurer la sécurité de notre grand pays », a-t-elle souligné.

Le chef de la majorité républicaine au Sénat Mitch McConnell a dit soutenir la décision du président de déclarer l’« urgence nationale ».

Mais cette procédure exceptionnelle, autorisant le président des États-Unis à contourner le Congrès pour mobiliser des fonds, hérisse de nombreux parlementaires, y compris dans les rangs républicains.

« Déclarer l’urgence nationale dans ce cas serait une erreur », a ainsi réagi la sénatrice républicaine Susan Collins.

« Un grave abus de pouvoir », « une tentative désespérée de détourner l’attention du fait que le président n’a pas tenu sa promesse fondamentale que le Mexique payerait pour son mur » : chez les démocrates, l’indignation règne.

« Il n’y a pas d’urgence à la frontière » avec le Mexique, a asséné Nancy Pelosi, présidente démocrate de la Chambre des représentants. « Nous allons passer nos options en revue et nous serons préparés à y répondre de façon appropriée ».

Si un blocage de cette déclaration par le Congrès paraît difficile, compte tenu de l’équilibre des forces, des poursuites judiciaires pourraient être lancées.

« Honte à tout membre du Congrès qui ne s’opposera pas clairement et vigoureusement à cette invocation illégitime » d’une urgence nationale, a tonné la puissante organisation américaine de défense des droits civiques, ACLU.

Une loi votée en 1976, le « National Emergencies Act », autorise le président des États-Unis à invoquer une « urgence » nationale pour activer des pouvoirs extraordinaires, qui permettraient à Donald Trump de contourner le Congrès en s’appuyant par exemple sur l’armée pour faire ériger le fameux mur.

Plusieurs présidents des États-Unis ont fait usage de ces dispositions, mais dans des circonstances différentes. George W. Bush avait notamment décrété l’urgence après les attentats du 11 septembre 2001 et Barack Obama en avait fait de même lors de l’épidémie de grippe H1N1.

« Finissez le mur »

Certains commentateurs et élus ultra-conservateurs, qui ont l’oreille de Donald Trump, ont durement critiqué le compromis budgétaire.

Et le président républicain avait fait savoir son mécontentement face au contenu de cet accord. Mais il semblait vouloir éviter à tout prix une nouvelle paralysie budgétaire partielle, qui aurait frappé 25 % des administrations fédérales.

Le désaccord entre la Maison-Blanche et les démocrates avait déjà précipité en décembre les États-Unis dans le plus long shutdown de leur histoire, laissant quelque 800 000 fonctionnaires au chômage technique pendant 35 jours.

Donald Trump avait alors cédé, renonçant temporairement au mur pour sortir de l’impasse.

Grande promesse de campagne, le slogan « Construisez le mur » avait porté le républicain jusqu’à sa victoire surprise à la présidentielle de 2016.

Donald Trump a pivoté cette semaine vers l’élection de 2020, qu’il compte bien remporter, avec un nouveau mot d’ordre : « Finissez le mur ». Pas question donc d’abandonner sa promesse.