Un an après la tuerie, l’heure est au silence et au recueillement à Parkland

Victoria Gonzalez et Liam Kiernan, tous deux étudiants à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, se réconfortent en ce premier anniversaire de la tragédie.
Photo: Joe Raedle Getty Images/AFP Victoria Gonzalez et Liam Kiernan, tous deux étudiants à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, se réconfortent en ce premier anniversaire de la tragédie.

« C’est une journée à laquelle il est difficile de repenser » : un an après la fusillade qui avait fait 17 morts dans une école secondaire de Parkland, cette ville de Floride marque jeudi ce triste anniversaire dans le silence et le recueillement.

Emma Gonzalez, rescapée de la tuerie et devenue l’un des visages du combat des jeunes contre les armes, a annoncé qu’elle garderait le silence pour cette journée d’hommage.

« Comme tant d’autres dans notre ville, je passerai la journée à m’occuper de mes amis et de ma famille, en me souvenant de ceux que nous avons perdus », a-t-elle dit mercredi dans un communiqué.

Nous voulons rester tranquilles, tout simplement par respect. [...] On est de Parkland, on aime cette ville et on ne veut pas que cela devienne une journée de manifestation, alors qu’elle doit être une journée de deuil.

 

Le jour de la Saint-Valentin 2018, Nikolas Cruz avait tué 17 personnes avec un fusil semi-automatique AR-15 dans l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, dont il avait été exclu l’année précédente pour « raisons disciplinaires ».

Dans un enregistrement retrouvé dans son téléphone portable, le jeune homme avait expliqué qu’il souhaitait tuer « au moins 20 personnes » en s’attaquant à son ancien établissement. Après la fusillade, il a aussi affirmé aux enquêteurs avoir entendu des voix lui ordonnant de « brûler », de « tuer » et de « détruire ».

La tuerie a entraîné un mouvement national de mobilisation, lancé par les élèves de Parkland, pour un contrôle plus sévère des ventes d’armes aux États-Unis. Malgré ses antécédents psychiatriques, Nikolas Cruz avait pu acheter légalement un fusil d’assaut.

« Le 14 [février] est une journée à laquelle il est difficile de repenser », a ajouté Emma Gonzalez. « Mais voir le mouvement que nous avons construit [...] nous fait un bien incroyable. »

La mobilisation avait culminé le 24 mars 2018 quand la « Marche pour nos vies » avait rassemblé plusieurs centaines de milliers de personnes, à Washington et dans de nombreuses autres villes du pays, pour la plus grande manifestation nationale contre les armes de l’histoire des États-Unis.

Une journée de deuil

Pour le premier anniversaire de la tragédie, les cours ne sont pas assurés à l’école secondaire Marjory Stoneman Douglas, où des médecins seront présents pour offrir des séances de thérapie, notamment avec des chiens. Un office oecuménique est également prévu.

L’établissement doit fermer ses portes peu avant 14 h 20 heure locale, au moment où la fusillade avait commencé un an plus tôt.

Selon un porte-parole du mouvement « March for our lives » (« Marchons pour nos vies »), de nombreux élèves devraient rester chez eux. Ni manifestation ni rassemblement ne sont prévus.

« Nous voulons rester tranquilles, tout simplement par respect », a expliqué Ryan Servaites, un rescapé âgé de 15 ans.

« Nous avons été touchés personnellement », a-t-il ajouté. « On connaît tout le monde. On est de Parkland, on aime cette ville et on ne veut pas que cela devienne une journée de manifestation, alors qu’elle doit être une journée de deuil. »

Fred Guttenberg, père de l’une des victimes, a résumé sur Twitter l’état d’esprit des proches des élèves tués : « Il y a exactement un an, à cette minute, vers 7 h, j’ai envoyé mes deux enfants à l’école. Seul mon fils Jesse est rentré. Jaime a été assassinée à l’école. Je resterai hanté pour toujours par le souvenir de ce matin-là, en les mettant dehors plutôt que les avoir une minute de plus. Est-ce que j’ai dit “je t’aime” ? »

À Coral Springs, où habitent de nombreux élèves de l’école secondaire, l’artiste David Best doit inaugurer le « Temple du Temps », un bâtiment fait de contreplaqué décoré de symboles asiatiques où la population peut rendre hommage aux victimes. La structure sera ensuite brûlée à la mi-mai.

Hommages politiques

Le président Donald Trump s’est dit jeudi déterminé à « assurer la sécurité de tous les Américains, particulièrement celle des enfants de notre pays ».

Mais si les crosses amovibles de mitraillage (bump stocks), un dispositif permettant de tirer en rafale, ont été interdites dans l’ensemble des États-Unis, la législation a peu évolué ces 12 derniers mois au Congrès, où l’influence de la National Rifle Association (NRA), le principal lobby des armes, reste extrêmement forte.

L’ex-président démocrate Barack Obama, qui avait lutté pour un renforcement du contrôle des armes, s’est dit « fier » des élèves de Parkland, qui, en se mobilisant, « ont refusé de laisser les choses en l’état ».