La course des démocrates pour la Maison-Blanche s’accélère

La sénatrice Amy Klobuchar a fait l’annonce de sa candidature accompagnée de son mari, John Bessler (à gauche), et de sa fille, Abigail Bessler (à droite).
Photo: Stephen Maturen Getty Images / AFP La sénatrice Amy Klobuchar a fait l’annonce de sa candidature accompagnée de son mari, John Bessler (à gauche), et de sa fille, Abigail Bessler (à droite).

Nouvelle journée, nouvelle annonce : après Elizabeth Warren la veille, une autre sénatrice américaine, Amy Klobuchar, a rejoint dimanche la cohorte de candidats démocrates qui se pressent déjà sur la ligne de départ pour tenter de battre le président républicain, Donald Trump, en novembre 2020.

Sous la neige, par près de -10 °C à Minneapolis, la sénatrice du Minnesota a lancé sa candidature sur un message optimiste de rassemblement, au-delà des lignes partisanes.

De la lutte contre le changement climatique à la réforme de l’immigration, en passant par les tragédies « honteuses » causées par un système d’assurance maladie inégalitaire, Amy Klobuchar n’a pas hésité pour autant à lancer un fort plaidoyer sur des sujets profondément polarisants aux États-Unis.

« Ça suffit »

« Au premier jour » d’une présidence Klobuchar, « notre pays rejoindra l’accord international sur le climat », a-t-elle lancé sous les applaudissements, alors que Donald Trump a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris.

« Le sentiment d’union se fracture à travers notre nation, miné par la nature mesquine et vicieuse de nos politiques », a affirmé la sénatrice de 58 ans, perçue comme plus centriste que les autres candidats déjà en lice. « Ça suffit. »

Connue pour ses manières sans prétention, Amy Klobuchar a été largement réélue pour un troisième mandat, en novembre 2018, dans le Minnesota. Elle y reste très populaire, y compris dans les bastions miniers qui ont basculé en faveur de Donald Trump en 2016. Un atout de poids face à ses actuels concurrents démocrates.

Soutenant le droit à l’avortement, elle n’hésite pas à critiquer vigoureusement Donald Trump.

Avec une pensée pour l’enfant chéri de Minneapolis, le musicien Prince, elle a retracé son parcours d’ancienne procureure et petite-fille d’un mineur. Elle fut la première femme élue au Sénat américain par les électeurs du Minnesota.

Cordiale mais ferme, elle s’était fait remarquer lors de l’audition sénatoriale du juge conservateur controversé Brett Kavanaugh en septembre.

Malgré ses airs affables, des médias américains ont fait état ces derniers jours de sa dure réputation auprès de ses assistants, citant pour étayer ces rumeurs la grande rotation au sein de son personnel.

À un an des premières primaires pour la présidentielle de 2020, Amy Klobuchar rejoint un terrain déjà occupé par une dizaine de candidats.

Ils affichent une diversité inédite, avec un nombre record de femmes (trois sénatrices et une élue de la Chambre des représentants), deux candidats noirs, un Hispanique, ainsi qu’un jeune maire vivant ouvertement son homosexualité avec son époux.

Dans l’ensemble, ils font pencher jusqu’ici l’aiguille du parti démocrate plus à gauche que par le passé, notamment sur le système de santé.

De grands noms démocrates pressentis font eux encore durer le suspense, comme l’ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden, ou l’ex-maire de New York et milliardaire, Michael Bloomberg.

Pour John Cluverius, professeur de sciences politiques à l’Université du Massachusetts-Lowell, une telle affluence s’explique par la très faible cote de popularité de Donald Trump. Les candidats estiment que « s’ils gagnent la nomination démocrate, ils remporteront l’élection » présidentielle, analyse-t-il.

« Socialiste »

Samedi, c’est la sénatrice Elizabeth Warren, 69 ans, qui avait officialisé sa candidature en dénonçant les errements de Wall Street et une présidence Trump qui bénéficie, selon elle, aux grandes fortunes.

Reste à voir si son message sera audible alors que l’ancienne professeure de Harvard est embourbée dans une polémique sur ses lointaines origines amérindiennes.

Le sentiment d’union se fracture à travers notre nation, miné par la nature mesquine et vicieuse de nos politiques

Les républicains l’accusent d’avoir utilisé cet argument pour faire avancer sa carrière. La sénatrice a reconnu s’être présentée comme « Amérindienne » sur au moins un document officiel dans les années 1980, mais dément catégoriquement les accusations de fraude.

Moqueur, Donald Trump l’a affublée du surnom « Pocahontas ».

Face à ses adversaires potentiels, le républicain agite aussi le spectre du « socialisme », un mot marqué très à gauche aux États-Unis, rappelant la guerre froide.

Mais Pete Buttigieg, jeune candidat à la présidentielle et maire démocrate de South Bend, dans l’Indiana, a estimé dimanche sur CNN que cette époque était révolue, taclant au passage le président septuagénaire sur son âge.

« On ne peut plus simplement tuer le débat sur un programme en disant que c’est “socialiste ” ».