L’avortement au coeur d’une joute politique aux États-Unis

Pendant sa campagne électorale, le président Donald Trump avait gagné le soutien des évangélistes conservateurs en leur promettant de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l’avortement.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Pendant sa campagne électorale, le président Donald Trump avait gagné le soutien des évangélistes conservateurs en leur promettant de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l’avortement.

Le président Donald Trump et d’autres républicains se sont emparés jeudi de propos d’un gouverneur démocrate sur l’avortement pour lancer une attaque en règle contre l’opposition sur ce sujet très sensible aux États-Unis.

Le gouverneur de Virginie, Ralph Northam, a défendu mercredi un projet de loi dans son État, qui assouplit les conditions pour avorter au dernier trimestre de grossesse en cas de danger pour la mère.

Il s’agit de « cas où il y a un risque de graves malformations », où « le foetus pourrait ne pas être viable », a expliqué sur la radio locale WTOP l’élu, qui est par ailleurs pédiatre.

« Dans ce cas-là, si une femme commence à accoucher », a-t-il ajouté, « le nourrisson sera mis au monde, l’enfant sera gardé confortablement. Le nourrisson sera réanimé si la mère et la famille le désirent. Ensuite, une discussion aura lieu entre les médecins et la mère. »

Ses propos ont immédiatement entraîné une vague de réprobation dans les rangs républicains.

« Les démocrates sont devenus le parti des avortements tardifs, des impôts élevés, des frontières ouvertes et du crime », a tweet le président Donald Trump.

 

En retranscrivant uniquement la fin des propos de Ralph Northam, les sénateurs Marco Rubio (Floride) et Ted Cruz (Texas) l’ont accusé dans des tweets distincts de défendre « l’infanticide légal » et de plaider « pour retirer la vie des enfants APRÈS leur naissance ».

Et dans l’hémicycle, un autre républicain, Ben Sasse, a repris les mêmes accusations en annonçant qu’il réclamait une procédure d’examen rapide de son projet de loi voulant protéger les « survivants à un avortement nés vivants ».

Par ailleurs, il espère obtenir un vote par consentement unanime dès lundi soir prochain sur ce texte, déjà cosigné par 39 autres sénateurs républicains.

Les républicains contrôlent le Sénat américain (53 sièges sur 100) mais les démocrates ont la majorité à la chambre basse, ce qui rend peu probable toute adoption finale de cette loi par le Congrès américain.

Insinuation « honteuse »

Ralph Northam s’est vivement défendu. « J’ai dévoué ma vie aux enfants et toute insinuation contraire est honteuse et écoeurante », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, tandis que ses services accusaient les républicains de « faire de la politique avec la santé des femmes ».

 

La Cour suprême des États-Unis a légalisé l’avortement en 1973 et une majorité d’Américains (57 %) sont favorables à ce que les femmes puissent y avoir recours, selon un sondage du Pew Research Center.

Mais le sujet divise fortement en fonction des affiliations politiques — 59 % des républicains considèrent que l’avortement devrait être illégal dans la plupart ou dans tous les cas, alors que 76 % des démocrates pensent l’inverse — et religieuses (61 % des évangéliques souhaiteraient qu’il soit illégal).

Depuis 1973, de nombreux États aux mains des républicains ont pris des mesures pour restreindre l’accès à l’avortement.

Pendant la campagne, Donald Trump avait gagné le soutien des évangélistes conservateurs en leur promettant de nommer à la Cour suprême des juges opposés à l’avortement. Depuis son élection, il y a fait entrer deux magistrats, ce qui fait craindre aux militants « pro-choice » un revirement de jurisprudence.