Roger Stone, un autre proche de Donald Trump, arrêté

Inculpé vendredi dans le cadre de l’enquête russe, le stratège politique Roger Stone a annoncé qu’il plaiderait non coupable aux accusations «politiques» qui le visent.
Photo: Joshua Prezant Agence France-Presse Inculpé vendredi dans le cadre de l’enquête russe, le stratège politique Roger Stone a annoncé qu’il plaiderait non coupable aux accusations «politiques» qui le visent.

Ce sont presque 140 caractères qui dévoilent l’intimité d’une inculpation spectaculaire. « Le FBI vient d’arrêter mon voisin Roger, juste avant ma course matinale », a envoyé à 8 h 31 vendredi sur le réseau Twitter Chad Johnson — « Ocho Cinqo » (huit cinq, en espagnol) pour les intimes —, ex-joueur des Alouettes de Montréal et des Bengals de Cincinnati qui vit aujourd’hui à Fort Lauderdale en Floride. « Je n’avais jamais vu un truc pareil ailleurs que dans les films, ça démarre mon vendredi de manière complètement folle. »

Roger ? Roger Stone, stratège politique, vieil ami de Donald Trump et conseiller particulier du milliardaire pendant sa campagne électorale, a été interpellé avant l’aube vendredi par des agents armés du FBI à sa résidence de Floride dans le cadre de l’enquête du procureur spécial Robert Mueller sur les ingérences russes dans le processus électoral américain. Les caméras de CNN étaient là pour immortaliser la scène.

L’homme de 66 ans fait face à sept chefs d’accusation pour fausse déclaration, subornation de témoin et obstruction à une procédure officielle. Il a été libéré sous caution en après-midi et a déclaré qu’il plaiderait non coupable à sa sortie du tribunal de Floride. « Je suis accusé à tort de fausses déclarations. […] Je plaiderai non coupable à ces accusations. […] Je pense qu’il s’agit de poursuites politiques », a-t-il dit.

M. Stone est le dernier proche de Donald Trump inculpé par le procureur Mueller, qui cherche depuis plus d’un an et demi à confirmer qu’il y a eu entente entre l’équipe de campagne de l’homme d’affaires et Moscou en 2016 pour faire dérailler la campagne d’Hillary Clinton. La mise en accusation dévoilée par l’équipe Mueller et consultée par Le Devoir souligne que M. Stone a clamé « à la fois publiquement et en privé avoir communiqué avec [WikiLeaks] autour d’août ». L’organisation, qui milite pour la transparence absolue de l’information, a diffusé en octobre de cette même année une série de courriels piratés sur les serveurs du camp démocrate dans le but d’embarrasser sa candidate.

WikiLeaks a toujours nié ces contacts avec le proche de Donald Trump. Roger Stone a fait de même devant la Commission du renseignement de la Chambre des représentants à propos de ses interactions avec WikiLeaks, même s’il s’en est vanté à plusieursreprises en public et en privé, révèle le document de justice.

Anecdote : à la fin des années 1960, Roger Stone a été proche de Richard Nixon, pour qui il a mené des opérations frauduleuses afin de l’aider dans sa campagne de 1972, indique un portrait de lui dressé en 2008 dans les pages du New Yorker.

Cette inculpation « n’a rien à voir avec le président et assurément rien à voir avec la Maison-Blanche », a réagi la porte-parole de l’exécutif américain, Sarah Sanders. Pour sa part, Donald Trump s’est fendu d’un énième tweet afin de condamner cette arrestation. « La plus grande chasse aux sorcières de l’histoire de notre pays », a-t-il lancé sur le réseau de microclavardage, en précisant que « les passeurs, les trafiquants de drogue et d’humains étaient mieux traités ». « Qui a informé CNN pour qu’ils soient là ? », a-t-il demandé.

L’enquête de Robert Mueller n’a pas réussi à ce jour à mettre en cause directement le président américain dans les ingérences russes, mais elle a fait tomber trois de ses proches. Paul Manafort, ex-directeur de campagne, a été condamné pour fraude fiscale et blanchiment d’argent dans ses activités de lobbyisme pour l’ex-président ukrainien, pro-russe, Viktor Ianoukovitch. Michael Flynn, ancien conseil à la sécurité nationale du président, esttombé pour avoir menti aux enquêteurs sur ses liens avec des responsables russes. Alors que Michael Cohen a été condamné à trois ans de prison pour des infractions à la loi électorale. Il a aussi admis avoir minimisé devant le Congrès les liens entre l’équipe électorale de Trump et le Kremlin.

L’arrestation de Roger Stone a été effectuée par les agents du FBI qui, par ailleurs, faisaient partie à l’aube vendredi des 800 000 fonctionnaires travaillant toujours sans salaire en raison de la paralysie budgétaire du gouvernement en vigueur depuis le 22 décembre. Sans lien entre les deux événements, Donald Trump a suspendu temporairement en après-midi ce shutdown, et ce, pour les trois prochaines semaines.

Avec l’Agence France Presse