Crise des opioïdes aux États-Unis: le procès commence lundi

John Kapoor, le riche fondateur et ancien président du conseil d’administration d’Insys Therapeutics, est le plus haut dirigeant d’une société pharmaceutique à être jugé sur fond d’une épidémie d’opioïdes qui fait des milliers de victimes chaque année.
Photo: Ross D. Franklin Associated Press John Kapoor, le riche fondateur et ancien président du conseil d’administration d’Insys Therapeutics, est le plus haut dirigeant d’une société pharmaceutique à être jugé sur fond d’une épidémie d’opioïdes qui fait des milliers de victimes chaque année.

Les dirigeants de la société pharmaceutique Insys Therapeutics n’étaient pas satisfaits des ventes de leur puissant analgésique. Ils ont donc élaboré un plan d’action, selon les procureurs : offrir de l’argent aux médecins en échange d’ordonnances. Bientôt, le vaporisateur de fentanyl, très addictif, était florissant et les dirigeants engrangeaient des millions.

Maintenant, le riche fondateur de la société est sur le point d’être traduit en justice, ce qui met en lumière les efforts du gouvernement fédéral pour poursuivre ceux qui, selon lui, ont alimenté la crise meurtrière des drogues.

« Le moment est venu de rendre des comptes », a dit Richard Hollawell, l’avocat des parents d’une femme du New Jersey décédée d’une surdose en 2016 après s’être vu prescrire du Subsys, un médicament destiné aux patients atteints de cancer et souffrant de douleurs aiguës.

John Kapoor, le riche fondateur et ancien président du conseil d’administration d’Insys Therapeutics, est le plus haut dirigeant d’une société pharmaceutique à être jugé sur fond d’une épidémie d’opioïdes qui fait des milliers de victimes chaque année. L’homme de 75 ans, qui a démissionné du conseil d’administration de la société après son arrestation, et quatre autres anciens employés d’Insys jugés à ses côtés sont accusés de complot pour racket. M. Kapoor maintient qu’il n’a commis aucun crime et est convaincu qu’il sera blanchi lors du procès qui débutera lundi devant la cour fédérale de Boston.

Mais deux de ses plus hauts lieutenants, dont l’ancien directeur général de la société, coopèrent maintenant avec les procureurs et devraient expliquer aux jurés que M. Kapoor a dirigé le stratagème pour gonfler les profits.

Le Massachusetts est l’un des nombreux États où Insys a fait des affaires, mais le bureau du procureur fédéral y est réputé pour son succès dans les cas complexes de soins de santé.

L’arrestation de M. Kapoor en 2017 a eu lieu le jour même où le président républicain Donald Trump déclarait que la crise des opioïdes était une urgence de santé publique. Et les procureurs ont présenté l’affaire contre M. Kapoor et d’autres dirigeants d’Insys comme une illustration de leur travail dans la lutte contre l’épidémie de drogue.

Les avocats de M. Kapoor, quant à eux, ont critiqué les procureurs pour avoir tenté d’associer Insys à la crise de la drogue, en les accusant d’avoir tenté d’empoisonner le jury et en soulignant que Subsys ne représentait qu’une petite fraction du marché des opioïdes d’ordonnance.

« En dépit de ces faits incontestés, le gouvernement perpétue un faux récit dans ses déclarations publiques sur cette affaire », ont écrit ses avocats dans des documents judiciaires.

Depuis lors, le juge a interdit aux deux parties de parler aux médias.

Plusieurs employés et médecins d’Insys ont déjà été condamnés dans d’autres affaires de participation à un système de pots-de-vin. Un certain nombre d’États ont poursuivi la société, qui avait également accepté l’année dernière de verser 150 millions $US pour régler une enquête fédérale sur des ventes inappropriées.

Les procureurs ont déclaré qu’Insys ciblait des médecins du pays réputés pour avoir prescrit un grand nombre d’opioïdes et leur avait versé des pots-de-vin et des pots-de-vin déguisés en discours rémunérés pour des événements présentés comme une occasion pour les médecins de se familiariser avec le médicament.

Les membres du personnel d’Insys ont également induit les assureurs en erreur au sujet des problèmes de santé des patients et se sont fait passer pour des médecins afin de faire approuver le paiement de ce médicament coûteux, selon le procureur.

Les poursuites engagées contre la société indiquent que les patients ont reçu des doses élevées du narcotique puissant alors qu’ils n’avaient pas de cancer, qu’ils n’ont pas été mis au courant des risques et qu’ils ont développé une dépendance avant de traverser un sevrage pénible quand ils ont perdu accès au médicament.

« Ce sont des gens normaux et travaillants qui vont dans une clinique de la douleur parce qu’ils souffrent de douleur chronique et qui tombent dans ce piège », a déclaré Michael Rainboth, un avocat du New Hampshire qui a porté plusieurs affaires contre Insys.

Les procureurs allèguent que les conférences peu fréquentées n’étaient qu’une excuse pour les médecins et leurs amis de prendre un repas gratuit raffiné. Un médecin new-yorkais accusé d’avoir reçu des pots-de-vin est accusé d’avoir consommé de la marijuana et de la cocaïne avant et pendant certains des programmes qu’il a dirigés.

Ils « n’ont pas besoin d’être de bons orateurs, ils ont besoin de rédiger beaucoup de [prescriptions pour le vaporisateur au fentanyl] », a déclaré l’ancien responsable commercial d’Insys, Alec Burlakoff, à un collègue, selon des documents judiciaires. M. Burlakoff a plaidé coupable et devrait témoigner contre M. Kapoor au cours du procès qui durera plusieurs mois.