Le «shutdown» sur pause

«Si nous n’obtenons pas d’entente raisonnable au Congrès, soit le gouvernement sera fermé le 15 février — encore —, soit j’userai des pouvoirs qui me reviennent en vertu de la loi et de la Constitution américaine pour régler cette urgence», a lancé M. Trump dans les jardins de la Maison-Blanche.
Photo: Alex Edelman Agence France-Presse «Si nous n’obtenons pas d’entente raisonnable au Congrès, soit le gouvernement sera fermé le 15 février — encore —, soit j’userai des pouvoirs qui me reviennent en vertu de la loi et de la Constitution américaine pour régler cette urgence», a lancé M. Trump dans les jardins de la Maison-Blanche.

Le président américain, Donald Trump, a annoncé vendredi un accord réanimant l’appareil administratif des États-Unis pour une période de trois semaines. Il veut que ce sursis soit consacré à l’étude du dispositif de sécurité à la frontière avec le Mexique. Si cette nouvelle ronde de négociations ne débouche pas sur le financement d’un mur, le shutdown pourrait toutefois reprendre, a-t-il menacé.

« Si nous n’obtenons pas d’entente raisonnable au Congrès, soit le gouvernement sera fermé le 15 février — encore —, soit j’userai des pouvoirs qui me reviennent en vertu de la loi et de la Constitution américaine pour régler cette urgence », a lancé M. Trump dans les jardins de la Maison-Blanche.

Moins de 24 heures auparavant, le président répétait pourtant que seule une entente prévoyant « une forte somme » pour la construction d’un mur à la frontière sud pourrait obtenir son aval. Après 35 jours de paralysie budgétaire, il n’aura finalement pas réussi à obtenir un gain concret.

« Il est triste qu’il ait fallu aussi longtemps pour parvenir à une conclusion évidente », a déploré la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi.

Quelques heures après l’annonce du président, les deux chambres du Congrès ont approuvé par consentement unanime l’accord budgétaire. Au moment où ces lignes étaient écrites, ne manquait plus que la signature du président au bas de la loi.

Lors de son discours, M. Trump a annoncé la formation d’une commission bipartisane chargée d’étudier la question de la sécurité à la frontière avec le Mexique. Constituée de membres de la Chambre des représentants et du Sénat, elle passera en revue les recommandations des experts en sécurité du gouvernement.

Selon les informations du New York Times, l’architecte de l’accord serait le chef du Sénat à majorité républicaine, Mitch McConnell. Il aurait passé une partie de la matinée, vendredi, à parler avec M. Trump afin de déterminer quel compromis ce dernier était prêt à accepter, outre un mur, pour remettre l’administration publique sur les rails.

Le dénouement temporaire se produit le lendemain du rejet par le Sénat de deux propositions visant à rouvrir les coffres fédéraux. Ni le texte démocrate (52) ni le texte républicain (50) n’avaient obtenu les 60 votes requis.

L’entente de vendredi devrait aussi permettre au président de donner son discours sur l’état de l’Union la semaine prochaine, comme prévu à l’origine. M. Trump avait cédé aux demandes de Nancy Pelosi, qui s’opposait au discours tant que le shutdown perdurait. Aucune nouvelle date n’a toutefois été annoncée.

De « durs » sondages

Le président américain a en outre assuré lors de son discours de vendredi que les employés de l’État obtiendraient rapidement les paies qui leur sont dues. « Je veux remercier tous les incroyables fonctionnaires fédéraux et leurs familles formidables, qui ont démontré une dévotion extraordinaire en ces temps durs. Vous êtes des gens fantastiques, d’incroyables patriotes », a-t-il déclaré.

Ces douces paroles ne sont certainement pas étrangères au contexte politique qui se resserre pour le président. Selon un récent sondage, une majorité d’Américains considèrent que M. Trump et les Sénateurs républicains sont les principaux responsables du blocage.

« Les chiffres des sondages des derniers jours sont assez durs pour Trump. Sa cote de popularité a chuté, notamment dans les groupes qui lui sont les plus favorables, comme les hommes blancs peu éduqués et les Évangélistes », explique au Devoir Vincent Boucher, chercheur en résidence à l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

L’entente de vendredi « est une solution temporaire qui peut être interprétée comme une victoire chez les démocrates », analyse M. Boucher.

Je veux remercier tous les incroyables fonctionnaires fédéraux et leurs familles formidables, qui ont démontré une dévotion extraordinaire en ces temps durs. Vous êtes des gens fantastiques, d’incroyables patriotes.

Toute la semaine, les images des fonctionnaires contraints de recourir aux banques alimentaires ont circulé aux États-Unis. Vendredi, de nombreux vols ont enregistré des retards, principalement à l’aéroport new-yorkais LaGuardia, à cause d’un absentéisme élevé des contrôleurs aériens. Pour certains d’entre eux, la prise d’un congé de maladie était une manière de réclamer la fin du shutdown. D’autres n’avaient tout simplement plus les moyens de se rendre à leur lieu de travail sans être payés.

Le milieu des affaires commençait lui aussi à perdre patience. Jamie Ditton, le p.-d.g. de la banque JPMorgan Chase et le président du Business Roundtable, qui regroupe des multinationales comme Caterpillar, Boeing, Walmart, General Motors, IBM, Johnson Johnson ou General Electric, avait demandé la fin de la paralysie budgétaire, vendredi matin.

État d’urgence

Qu’arrivera-t-il dans trois semaines, quand le spectre de la paralysie budgétaire apparaîtra à nouveau si le Sénat ne veut toujours pas d’un mur frontalier ?

« Comme tout le monde le sait, je dispose d’une option très puissante, mais je ne voulais pas l’utiliser cette fois-ci », a lancé Donald Trump, faisant référence au décret de l’état d’urgence pour forcer la construction d’un mur.

Le déclenchement de l’état d’urgence est un scénario plausible, selon M. Boucher. Toutefois, d’importants obstacles se dresseraient sur le chemin du président s’il retenait cette option. Il n’est pas clair que les ingénieurs de l’armée puissent être appelés à bâtir un mur assurant le contrôle frontalier. De plus, la barrière passerait sur bon nombre de terrains privés, ce qui pourrait forcer le gouvernement à procéder à des expropriations. L’état d’urgence ne permettrait pas une sortie de crise rapide, pense donc Vincent Boucher.

Ainsi, malgré le compromis qu’il a concédé, Donald Trump semble tenir mordicus à un mur le long de la frontière américano-mexicaine. Une bonne partie de son discours de vendredi a d’ailleurs été consacrée à en faire l’apologie.

Les murs, a-t-il dit, « gardent les criminels à l’extérieur. Ils empêchent de bonnes personnes d’entreprendre un voyage très dangereux, sur plusieurs milliers de miles, pensant qu’il y a une lueur d’espoir d’entrer [aux États-Unis]. Avec un mur, ils n’ont pas cet espoir ».

Avec l’Agence France-Presse