Donald Trump peste contre Nancy Pelosi

Le président quittant la salle de la Maison-Blanche, où il a annoncé sa proposition pour mettre fin à la paralysie partielle, samedi
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président quittant la salle de la Maison-Blanche, où il a annoncé sa proposition pour mettre fin à la paralysie partielle, samedi

Donald Trump a vivement critiqué dimanche la chef de la majorité démocrate à la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, qui a rejeté la veille son offre de compromis pour financer un mur à la frontière entre les États-Unis et le Mexique.

« Nancy Pelosi s’est comportée de façon si irrationnelle et s’est tellement déportée sur la gauche qu’elle est désormais officiellement une démocrate radicale. Elle est tellement pétrifiée par les gauchistes de son parti qu’elle a perdu tout contrôle », a tweeté le président américain, qui a terminé son message en demandant « au passage » à l’élue de San Francisco de faire nettoyer les rues « répugnantes » de sa ville.

Dans une série de tweets dont il a coutume, le locataire de la Maison-Blanche a aussi reproché aux responsables démocrates d’avoir rejeté par pur intérêt électoral cette offre visant à mettre un terme à la paralysie partielle (« shutdown ») de l’appareil fédéral américain qui a commencé le 22 décembre. « Ils ne voient pas la criminalité et la drogue, ils ne voient que [l’élection présidentielle de] 2020 — qu’ils ne remporteront pas », a lancé M. Trump. Selon lui, les groupes de migrants d’Amérique centrale qui tentent d’entrer aux États-Unis comprennent de nombreux criminels et transportent de vastes quantités de stupéfiants.

Protection temporaire

Le président Trump a proposé samedi soir d’accorder un sursis de trois ans à environ un million de migrants actuellement menacés d’expulsion, en échange du feu vert du Congrès à 5,7 milliards de dollars de financement pour son mur destiné à lutter contre l’immigration illégale, sa principale promesse de campagne.

Ce sursis concerne quelque 700 000 jeunes surnommés « Dreamers » (rêveurs), entrés illégalement sur le sol américain avec leurs parents. Le programme DACA, créé par le président Obama et supprimé par M. Trump, leur permettait d’étudier et de travailler aux États-Unis.

M. Trump a aussi proposé de prolonger un statut de protection temporaire (TPS) qui permet à environ 300 000 immigrants de travailler légalement sans titre de séjour. Ce statut a été abrogé pour les ressortissants de plusieurs pays depuis l’arrivée au pouvoir du milliardaire.

« Ce n’est pas une amnistie », a souligné dimanche Donald Trump, assurant qu’il n’y aurait pour le moment « pas de gros effort pour expulser les 11 millions et plus » de clandestins présents dans le pays. « Mais fais attention, Nancy », a-t-il averti, sans autre précision.

Le vice-président Mike Pence, chargé des négociations avec le Congrès, a indiqué que ce « compromis de bonne foi » pourrait être examiné par le Sénat à partir de mardi. Mais le texte a peu de chance d’être approuvé par la chambre basse, contrôlée par les démocrates.

Selon Mme Pelosi, la proposition du milliardaire n’est pas une concession, mais une « compilation de plusieurs initiatives déjà rejetées par le passé et chacune inacceptable ». Les démocrates, qui proposent de financer un système de surveillance frontalier à hauteur de 2 milliards de dollars, réclament en effet une solution « permanente » pour les migrants risquant l’expulsion.

La paralysie perdure

L’impasse dans les discussions budgétaires a provoqué la fermeture de plusieurs administrations fédérales. Quelque 800 000 fonctionnaires ont été placés en congé sans solde ou contraints de travailler sans être payés pendant le « shutdown ». S’ils sont assurés d’être compensés à la réouverture des administrations, la situation est encore plus grave pour plus d’un million d’employés d’entreprises sous-traitantes qui n’ont plus de salaire.

Nancy Pelosi et les démocrates « devraient faire ce qui est bien pour le pays et permettre aux gens de reprendre le travail », a tweeté dimanche M. Trump. La démocrate a répliqué sur Twitter en s’adressant au président : « 800 000 Américains ne sont pas payés. Rouvrez le gouvernement, permettez que les travailleurs reçoivent leurs salaires et alors nous pourrons discuter de la façon de protéger ensemble la frontière. »

Cette impasse budgétaire — la plus longue de l’histoire — commence aussi à avoir un prix politique, une majorité d’Américains rendant la Maison-Blanche responsable de la situation, selon plusieurs sondages. Et la crise semble loin d’être terminée. Pour le sénateur républicain James Lankford, le vote du Sénat permettra seulement d’ouvrir les négociations sur la proposition de M. Trump. James Clyburn, haut responsable démocrate à la Chambre, a appelé l’exécutif à d’abord rouvrir les administrations, car « ces négociations pourraient prendre trois ou quatre semaines ».

Giuliani fait un nouvel aveu

Des discussions sur une tour Trump de 100 étages à Moscou, en Russie, se sont prolongées après juin 2016, Donald Trump étant tenu au courant alors qu’il était en lice pour la présidentielle, a reconnu dimanche son avocat personnel, Rudy Giuliani. Cet aveu de M. Giuliani intervient avant une nouvelle audition au Congrès, le 7 février, de l’ex-avocat personnel de M. Trump, Michael Cohen. Ce dernier a été condamné en décembre à trois ans de prison pour diverses malversations. Il a notamment admis avoir menti au Congrès au sujet dudit projet immobilier, en affirmant que les discussions avec des responsables russes avaient pris fin en janvier 2016. M. Cohen avait ensuite avancé une autre date, juin 2016, pour la fin de ces négociations restées sans suite.

Jeudi soir, le site d’information BuzzFeed News a affirmé que Donald Trump avait demandé à Michael Cohen de mentir lors de son audition au Congrès en 2017 à propos de discussions sur ce projet immobilier. Ces révélations ont ensuite été qualifiées d’« inexactes » par le procureur spécial Robert Mueller, chargé d’enquêter sur une possible ingérence de la Russie dans la présidentielle de 2016.