Décréter l'urgence pour mettre fin à la paralysie budgétaire?

Au Congrès, aucun compromis ne pointe à l’horizon. Le Sénat a suspendu sa séance vendredi en début d’après-midi et ne devait pas se réunir de nouveau avant lundi.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Au Congrès, aucun compromis ne pointe à l’horizon. Le Sénat a suspendu sa séance vendredi en début d’après-midi et ne devait pas se réunir de nouveau avant lundi.

Donald Trump doit-il déclarer l’urgence, comme il l’a évoqué, afin d’ériger un mur à la frontière avec le Mexique ? Porte de sortie potentielle à la plus longue paralysie budgétaire de l’histoire des États-Unis, l’idée déplaît jusque dans les rangs républicains.

« Si nous le faisons, cela se jouera au tribunal et le mur ne sera pas construit », a mis en garde dimanche sur les ondes de CNN le républicain Ron Johnson, chef de la commission du Sénat sur la Sécurité intérieure, disant qu’il « détesterait » voir M. Trump recourir à une procédure d’urgence exceptionnelle.

Une loi votée en 1976, le National Emergencies Act, autorise le président des États-Unis à invoquer une « urgence » nationale pour activer des pouvoirs extraordinaires qui permettraient à l’actuel occupant de la Maison-Blanche de contourner le Congrès et de s’appuyer sur l’armée pour construire le dispositif qu’il réclame.

Après 24 heures d’intenses conjectures à Washington, M. Trump n’avait finalement pas annoncé le recours à cette loi lors de son allocution solennelle mardi depuis le Bureau ovale, avant d’affirmer vendredi qu’il n’avait pas l’intention de le faire « si vite ».

Déclarer l’urgence nationale face à la « crise humanitaire et sécuritaire » se jouant, selon lui, à la frontière entre les États-Unis et le Mexique serait pourtant « la solution de facilité », avait-il avancé, quand bien même l’usage d’une telle prérogative plongerait, à coup sûr, le pays dans une tempête politico-judiciaire.

« Nous ne voulons pas en venir à une déclaration d’urgence nationale », a confié dimanche sur les ondes d’ABC Steve Scalise, numéro deux républicain à la Chambre des représentants. « La loi autorise clairement le président à le faire, mais il a dit qu’il ne voulait pas en arriver là. Il veut que le Congrès résolve ce problème. »

Trump inflexible

Mais alors que la paralysie partielle de l’appareil fédéral entrera lundi dans sa quatrième semaine, aucune solution politique ne semble se profiler à l’horizon.

« Je suis à la Maison-Blanche, à attendre. Les démocrates sont partout sauf à Washington alors que les gens attendent d’être payés. Ils prennent du bon temps et ne discutent même pas ! », a tweeté dimanche matin le président Donald Trump.

Pour la première fois vendredi, les 800 000 fonctionnaires fédéraux affectés par le shutdown n’ont pas touché leur salaire.

Et tandis que 53 % des Américains rejettent sur M. Trump et les républicains la responsabilité de cette impasse politique (contre 29 % sur les démocrates) selon un sondage publié samedi par le Washington Post et ABC News, le président a reconnu, tout en le minimisant, l’impact de la fermeture du gouvernement. « Les dégâts causés à notre pays par une frontière sérieusement poreuse […] sont nettement plus grands que ceux d’un shutdown », a-t-il estimé sur Twitter, ajoutant que les démocrates pouvaient « facilement régler » la crise « dès qu’ils seraient de retour à Washington ».

Le numéro deux démocrate au Sénat, Dick Durbin, a appelé M. Trump dimanche sur ABC à « mettre un terme au shutdown et à tout mettre sur la table », s’élevant contre le recours éventuel à une procédure d’urgence.

« Je ne sais pas si c’est une porte de sortie ou non […] Mais j’y suis opposé si ce président déclare l’urgence nationale chaque fois qu’il n’est pas d’accord avec le Congrès », a-t-il dit.

Tous les présidents des États-Unis ont fait usage de ces dispositions, mais dans des circonstances différentes. George W. Bush avait notamment décrété l’urgence après les attentats du 11 septembre 2001, et Barack Obama en avait fait de même lors de l’épidémie de grippe H1N1.