Impasse budgétaire: Trump tente de discréditer les démocrates

À McAllen au Texas, le président américain, Donald Trump, a attribué aux démocrates la responsabilité de la fermeture partielle du gouvernement.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse À McAllen au Texas, le président américain, Donald Trump, a attribué aux démocrates la responsabilité de la fermeture partielle du gouvernement.

Sous pression pour dénouer la crise budgétaire qui paralyse le pays depuis maintenant trois semaines, le président américain, Donald Trump, tente de renverser la vapeur et de jeter l’opprobre sur les démocrates qui refusent de financer son mur, en donnant un visage humain à ce qu’il appelle la « crise humanitaire et de sécurité nationale » à la frontière.

Donald Trump s’est rendu jeudi à McAllen au Texas, à la frontière mexicaine, pour une table ronde sur l’immigration et la sécurité frontalière à laquelle participaient de nombreux agents frontaliers, responsables de la sécurité et autres élus locaux.

Dans une mise en scène savamment étudiée, mettant bien en évidence des paquets d’amphétamines, d’héroïne, d’armes et de billets d’argent saisis par les agents frontaliers aux points d’entrée du pays, le président a répété l’importance d’avoir un mur pour faire diminuer la criminalité au pays, et ce, même si une fonctionnaire qui présentait des photos du travail à la frontière a indiqué au passage qu’ils venaient de découvrir, tout près de l’endroit où ils étaient réunis, un tunnel de 25 pieds de long utilisé par des trafiquants qui ont trouvé une façon de passer malgré le mur qui existe déjà dans ce secteur.

Pendant cet exercice de relations publiques, diffusé en direct sur le site de la Maison-Blanche, le président a parlé des ravages de la drogue et de la traite humaine, des enfants et des femmes qui sont « des victimes » et affirmé que la construction du mur permettrait de réduire de 90 % le trafic de la drogue et des personnes. Rappelons que plusieurs ont indiqué plus tôt cette semaine que la très grande majorité de la drogue qui entre aux États-Unis passe par les points d’entrée officiels et non par les points d’entrée illégaux, où le président veut construire son mur.

Des familles en deuil

« Il y a un shutdown parce que les démocrates refusent de financer la sécurité frontalière, c’est aussi simple que ça, a répété le président. Leur programme de frontière ouverte compromet la sécurité de toutes les familles américaines, y compris les millions de familles de migrants légaux d’un bout à l’autre du pays. »

Pour illustrer ses propos et humaniser son combat, Donald Trump a mis en avant des témoignages poignants de familles de victimes tuées, selon leurs dires, par des migrants illégaux. « Quand ils [ses opposants] parlent du fait que c’est injuste [pour les immigrants qui veulent venir aux États-Unis], personne ne parle de l’injustice qui est faite aux familles des victimes de ces meurtres brutaux. Et il y en a eu des milliers, ces dernières années », a affirmé le président avant de donner la parole au frère d’une victime, assis à sa droite.

Photo: Eric Gay Associated Press Il n’y avait pas que des partisans pour accueillir Donald Trump à McAllen, Texas.

« La façon dont mon frère est mort, ce que ma famille vit en ce moment, je veux qu’aucune autre famille n'ait à subir ça, a affirmé, la voix nouée par l’émotion, Reggie Singh. Quoi qu’il faille mettre en oeuvre pour faire diminuer ça, pour y mettre un frein, ma famille le soutient entièrement. »

Assise de l’autre côté de l’immense table de réunion, Maria Vega était elle aussi au bord des larmes en parlant de son fils, assassiné lors d’un événement familial. « Nous avons besoin du mur, a-t-elle plaidé. Pas juste d’une construction, mais nous avons besoin de renforcer les lois de l’immigration. »

Donald Trump a fait référence à leur douleur à maintes reprises lors de cette rencontre. Il s’est montré plein d’empathie, les a félicités, les a pris dans ses bras. « Votre frère et votre fils ne seront pas morts en vain », a-t-il soutenu.

Il est même allé chercher l’appui d’un pasteur local, qui a mis l’accent sur la « crise humanitaire » et les souffrances vécues par les migrants illégaux, affirmant que les crimes commis par cette catégorie de gens sont sous-rapportés. « En tant que pasteur hispanophone, dans ce coin de pays, je connais leur souffrance. Je connais aussi votre coeur compatissant et votre authenticité. Merci, Monsieur le Président, de vouloir mettre fin à cette souffrance au sud de la frontière. »

 

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Crise fabriquée ?

Le président a tenté de démontrer que la crise de sécurité nationale à la frontière n’avait pas été inventée de toutes pièces, comme plusieurs l’affirment depuis quelques jours. « Mes opposants disent que c’est une crise “fabriquée”. C’est tout ce que j’entends, sur toutes les chaînes. Tout le monde semble s’être donné le mot pour parler de crise fabriquée. Ce sont des médias de fake news », a-t-il martelé avant d’ajouter : « Ce n’est pas une crise fabriquée. Ce qui est fabriqué, c’est l’utilisation du mot “fabriqué”. »

Autour de la table, tout un chacun ou presque a repris l’expression pour la ridiculiser. « Ce n’est pas le statu quo, il y a une crise, a soutenu la secrétaire à la Sécurité intérieure, Kirstjen Nielson. Et ceux qui se mettent la tête dans le sable et qui parlent d’une crise fabriquée, ce n’est pas seulement une insulte à ceux qui ont perdu des êtres chers, c’est une insulte à tous les Américains. »

Le président en a profité pour répondre à ceux qui disent que construire des murs est une solution digne de l’époque médiévale : « Ils disent qu’un mur est médiéval ? Les roues le sont tout autant ! Les roues sont encore plus vieilles que les murs. Et j’ai regardé : toutes les voitures, même les plus luxueuses, ont toutes des roues. Certaines choses fonctionnent : une roue fonctionne, et un mur fonctionne. »

À son arrivée à l’aéroport, des partisans l’attendaient avec leurs casquettes rouges sur lesquelles on pouvait lire « Make America Great Again ». Selon Associated Press, plusieurs centaines de manifestants étaient également sur place pour témoigner de leur opposition à la construction d’un mur frontalier.

3 commentaires
  • Gilles Bonin - Abonné 11 janvier 2019 04 h 07

    C'est la seule

    politique que ce président sait faire. C'est sa nature. Hors sa personne, rien ne compte. D'un jour à l'autre, il invente sa réalité et il faut le croire sinon il se fâche. Il l'a toujours fait - et bien avant d'être président des USA; et sont nombreuses les personnes qui le suivent et se retrouvent dans son discours, ses errances et son monde du mensonge car elles sont semblables - je ne crois pas que ce soit différent ailleurs, c'est plus patent chez nos voisins du sud car ils aiment se présenter comme des paragons de vertus, les premiers et les meilleurs en tout en autant que le verni du dollar triomphe.

  • Denis Paquette - Abonné 11 janvier 2019 05 h 10

    des obsessions pouvant détruire le monde

    quel obscédé par ses propres pouvoirs, dont le cash est la seule valeur considérée , les USA ne s'effronderont ils pas, un jour a partir de leurs propres ambitions , le monde ne sait il pas que les valeurs des États Unis,sont devenus des obsessions pouvant détruire le monde

  • Simon Blouin - Abonné 11 janvier 2019 09 h 58

    Tellement de murs déjà aux USA...

    Si cette idée de mur fonctionne, c'est qu'elle prolifère déjà depuis longtemps aux USA. Combien de villes privées sont-elles emmurées aux États-Unis? Si c'est ce qui les sécurise, ils en voudront aussi pour leur frontière. C'est là que les mènent le court-termisme et le repliement sur soi. S'ils ne se résignaient pas à la lutte de tous contre tous, et travaillaient à améliorer la société sur le long terme grâce à l'éducation et des politiques économiquement inclusives, les résultats seraient meilleurs et les murs inutiles. Mais pas sur un horizon de quatre ans...