Trump défend sa promesse de construire un mur à la frontière

Photo: Carlos Barria Associated Press Donald Trump s’est adressé au peuple américain depuis le Bureau ovale à la Maison-Blanche.

Donald Trump s’est adressé à la nation américaine mardi soir pour défendre son idée fixe qu’une crise migratoire menace son pays et qu’il faut un mur à la frontière sud pour y faire face. Il n’a cependant pas décrété l’état d’urgence pour financer la construction promise pendant sa campagne présidentielle de 2016.

Lui-même avait pourtant évoqué la semaine dernière cette option réservée aux situations exceptionnelles. Plus de trente autres états d’urgence demeurent en vigueur aux États-Unis. Le président George W. Bush a utilisé cette mécanique légale après les attaques du 11 septembre 2001.

En lieu et place, le nouveau président républicain a profité de la présentation médiatisée, relayée par les grands réseaux et les nouveaux médias, pour dessiner le portrait apocalyptique d’une frontière avec le Mexique décrite comme un lieu de passage des drogues et des criminels. Pour Donald Trump, cette situation dangereuse justifie le maintien du bras de fer budgétaire avec les démocrates pour les forcer à financer son chantier sécuritaire.

« C’est un cri du coeur et de l’âme », a résumé le leader républicain, qui s’adressait visiblement à ses troupes pour stimuler leur appui dans la guerre de tranchées livrée contre les démocrates.

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Des faits ?

Donald Trump a ajouté que « tous les Américains sont touchés par l’immigration illégale » et redit que la frontière laisse passer des criminels et de la drogue à profusion. Il a donné plusieurs exemples de citoyens qui ont été agressés ou tués par des immigrants illégaux.

« Imaginez si c’était la vie de votre enfant, de votre mari, de votre femme qui était brisée de la sorte », a dit M. Trump. Il a répété que le mur serait indirectement financé par le nouvel accord de libre-échange avec le Mexique, une lecture qui ne résiste pas à l’épreuve des faits.

Plusieurs affirmations présidentielles ont d’ailleurs été jugées soit impossibles à vérifier, soit carrément fausses par les vérificateurs de plusieurs médias américains. Le réseau CNN a résumé la situation en parlant d’une « cascade de faussetés sur la frontière ».

Le président a donc fait monter d’un cran la pression dans un climat politique déjà hypertendu avec son discours à la nation relayé par les chaînes généralistes, les réseaux d’information continue et les nouveaux médias des États-Unis. M. Trump, qui a demandé pour la première fois ce temps d’antenne, a symboliquement pris la parole depuis le Bureau ovale, dans l’aile ouest de la Maison-Blanche. L’intervention a duré moins d’une dizaine de minutes.

La présentation exceptionnelle, réservée aux crises nationales ou internationales, avait pour objectif de défendre la tactique présidentielle pour obtenir à l’arraché le financement de la construction d’une partie d’un mur anti-migrants à la frontière avec le Mexique. Il s’agit d’une promesse phare de la campagne républicaine de 2016. « Je pourrais m’entendre avec les démocrates dès demain en 45 minutes », a proposé le président.

Le discours à la nation a été livré après plus de dix-sept jours de paralysie (shutdown) de nombreux services gouvernementaux fédéraux, faute de budget, le président refusant d’approuver les crédits. Environ 800 000 fonctionnaires sont toujours au chômage forcé ou travaillent sans recevoir de paye.

Ce blocage massif se poursuit pour une dix-huitième journée. La fermeture est maintenant l’une des deux plus longues de l’histoire des États-Unis. La plus longue a duré 21 jours, en 1995-1996, sous la présidence de Bill Clinton.

La crise ? Quelle crise ?

Donald Trump et plusieurs ténors républicains jurent qu’ils ne céderont pas tant que les comptes ne réserveront pas environ 5,7 milliards de dollars pour le premier chantier de construction de 440 km de mur. Les dirigeants républicains réclament aussi 800 millions comme « aide humanitaire d’urgence », en clair, de l’argent pour les services aux migrants interceptés aux frontières. La demande a été répétée mardi dans l’allocution à la nation.

Les démocrates ont aussi eu droit à leur temps d’antenne pour expliquer leurs propres positions et répondre au président. La présidente de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a mené la charge.« Le président a choisi la peur et nous, nous voulons commencer par les faits », a-t-elle dit.

Mme Pelosi était appuyée par le sénateur Chuck Schumer de New York. Lui aussi a parlé d’une « crise fabriquée pour attiser la peur et détourner l’attention de la tourmente qui règne dans l’administration ».

Les démocrates ont pris le contrôle de la Chambre basse au début de l’année. Ils restent fermes et unis depuis l’escalade de la confrontation. Ils ne veulent pas financer la barrière frontalière, dispositif jugé aussi immoral qu’inefficace.

« Certains ont laissé entendre qu’un mur est immoral, a d’ailleurs dit le président dans son discours. Alors pourquoi les gens riches bâtissent-ils des murs autour de leur propriété ? »

Ses adversaires misent plutôt sur l’embauche de patrouilleurs (7500 postes du service des douanes et des frontières demeurent vacants) et l’utilisation de nouvelles technologies de surveillance. Donald Trump a fait référence à ces solutions, qu’il approuve, dans son discours.

 

Des données officielles montrent une diminution importante des entrées illégales aux États-Unis, passées de 1,6 million en 2000 à 400 000 en 2018. Un groupe de recherche indépendant, le Wilson Center, affirme que le taux de criminalité est généralement plus bas dans les comtés près de la frontière mexicaine que dans les comtés des États centraux.

Selon le New York Times, des chaînes de télévision ont d’ailleurs hésité avant de laisser leurs ondes à Donald Trump, jugeant qu’il colporte des exagérations et des faussetés pour créer la crise des migrants et ainsi justifier la construction du mur. Les réseaux avaient refusé du temps d’antenne au président Barack Obama sur la réforme des lois de l’immigration, un sujet jugé alors trop politisé.

La campagne de relations publiques du nouveau président se poursuivra jeudi avec une visite de la frontière dans un des États voisins du Mexique. Donald Trump y rencontrera « ceux qui sont en première ligne », selon une déclaration officielle.

5 commentaires
  • Henri Masson - Inscrit 9 janvier 2019 03 h 46

    Une solution économique

    Le mur de Berlin fait école au Trumpland, mais en sens inverse.
    Une solution infiniment plus économique consisterait à construire un mur de la même hauteur autour de Donald Trump.

  • Gilbert Talbot - Abonné 9 janvier 2019 07 h 28

    Mon témoignage.

    Je suis déjà allé à la frontière entre Ciudad Juarès et El Paso. J'étais avec un groupe du Centre international de Solidarité ouvrière (CISO). On traversait la frontière par un pont super-gardé des deux côtés. Le pont traversait le fleuve Rio Grande (nommé Rio Bravo du côté Mexicain), un canal d'égouts à ciel ouvert. De chaque côté il y avait une double clôture d'au moins dix pieds de haut. Chaque clôture était distante d'une dizaine de mètres. Du côté américain, il y avait un chemin de patrouille tout du long et la patrouille se faisait régulièrement, en gros 4X4, noir bien armé.
    Du côté mexicain, la clôture était électrifiée. Des gens vivaient dans des cabanes tout du long. Des fils électriques couraient par terre, allant de la clôture aux petites maisons. Les habitants se servaient de l'électricité de la clôture pour alimenter leur habitation.
    J'ai demandé à un de ces habitants, s'il avait traversé déjà illégalement du côté américain. "Souvent!" m'a-t-il répondu spontanément.
    - Et comment faisiez vous ?
    - il y a des tunnels, un peu partout.
    - Et pourquoi n'êtes-vous pas demeuré aux États-Unis?
    - Je préférais vivre ici, avec ma famille.

    C'était en 1998, si je me souviens bien.

    Même à ce moment-là, un autre mur n'aurait rien changé. Les migrants passaient déjà en dessous, comme dans le film El Norte.

  • Jacques Morissette - Abonné 9 janvier 2019 09 h 29

    Le sujet de prÉdiLECTION de monsieur Trump: Le MUR!!!

    Trump veut-il réellement un mur ou, tout simplement, ne pas perdre la face? Si je peux faire une petite suggestion monsieur Trump : l'orgueil, ça se soigne. Au fond, ses partisans à LUI, ce ne sont pas le parti républicain, ce sont ceux qui ont voté pour lui, à ce qu'il pense savoir de leur mentalité. Comme si rien n'a changé depuis l'idée circonstantielle qu'il s'est fait d'eux?

  • Claude Desjardins - Inscrit 9 janvier 2019 09 h 53

    Trump "nouveau président"

    Monsieur Baillargeon, après deux ans de pouvoir, le locataire de la Maison-Blanche n'a plus la fraicheur de la nouveauté.

  • Gilles Bonin - Abonné 9 janvier 2019 10 h 35

    Pauvre

    prestation présidentielle. En gros, il a répété ses préjugés racistes envers les migrants du sud - répétition ad nauseam qu'il reprend depuis le début de sa campagne à la présidence, donc rien de nouveau là. Il a tenté de présenter la situation comme une crise humanitaire, ce qu'elle est en effet (la seule vérité du discours mais dite d'un ton compassé, faux et, on le voyait et l'entendait par un faciès de marbre marqé par des reniflements nerveux d'inconfort) mais a réitéré sa manière de négocier de matamore en prenant 800 000 fonctionnaires (sans compter les centaines de milliers d'entreprises et leurs employés qui s'occupent de la sous-traitance) en otage. Il n'a fait qu'un appel à la peur et au chantage. Et bien sûr, il a mis la faute du «shotdown» sur les démocrates contrairement à ce qu'il avait déclaré il y a deux semaines où dans le même bureau ovale il se disait fier de bloquer le gouvernement et n'en rejetterait pas la responsabilité sur les démocrates - bon, mais on sait qu'avec Trump, chaque jour apporte sa vérité «alternative». Certes, il n'a pas parlé de l'état d'urgent qu'il a évoqué toute la semaine: 1 ou il a peur de s'embourber avec cela - mais depuis quand a-t-il cette peur?, 2 ou il peut se lever un de ces prochains matins et a proclamer...