Mur à la frontière: Donald Trump s’«adresse à la Nation» ce soir

Avant cette première allocution solennelle depuis le Bureau ovale depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a fait monter d’un cran la pression en évoquant une «crise de sécurité nationale» à la frontière sud.
Photo: Jim Watson Archives Agence France-Presse Avant cette première allocution solennelle depuis le Bureau ovale depuis son arrivée au pouvoir, Donald Trump a fait monter d’un cran la pression en évoquant une «crise de sécurité nationale» à la frontière sud.

Donald Trump s’exprime mardi soir depuis la Maison-Blanche pour défendre son projet controversé de mur à la frontière, au 18e jour de la paralysie partielle du gouvernement fédéral.

Engagé dans un bras de fer à l’issue imprévisible avec les démocrates, le président américain dresse depuis plusieurs jours le sombre tableau d’une grave crise à la frontière avec le Mexique face à l’afflux de migrants. Ses opposants dénoncent sans relâche une basse manoeuvre politique.

L’intervention présidentielle est prévue à 21 h.

Procédure d’urgence ?

Avant cette première allocution solennelle depuis le Bureau ovale depuis son arrivée au pouvoir, M. Trump a fait monter d’un cran la pression en évoquant une « crise de sécurité nationale » à la frontière sud.

La question centrale est de savoir s’il annoncera le recours à une procédure d’urgence exceptionnelle qui lui permettrait de se passer du Congrès pour lancer les travaux du mur promis en campagne.

« C’est une possibilité qu’il étudie », a déclaré mardi matin le vice-président Mike Pence sur NBC, laissant volontairement planer le doute. « Nous avons besoin de nouvelles ressources, nous avons besoin de construire le mur », a-t-il martelé.

Une telle initiative, via le National Emergencies Act, serait immédiatement contestée devant la justice. Et l’opposition démocrate, qui contrôle désormais la Chambre des représentants, a d’ores et déjà indiqué qu’elle ferait tout pour la bloquer au Congrès.

Nombre de ses prédécesseurs ont fait usage de ces dispositions, mais sur des sujets plus consensuels : George W. Bush après les attentats du 11 septembre 2001 (pour augmenter les moyens de l’armée au-delà du budget voté) ou Barack Obama lors de l’épidémie de grippe H1N1 (pour lever certaines dispositions du secret médical).

La paralysie budgétaire fédérale affecte quelque 800 000 fonctionnaires contraints soit à rester chez eux, soit à devoir attendre la fin du blocage pour être payés.

Les démocrates veulent être entendus

Exhortant le président à « arrêter de faire souffrir le pays », les démocrates ont réclamé de pouvoir, eux aussi, s’adresser en direct à l’Amérique à une heure de grande écoute.

« Maintenant que les chaînes de télévision ont décidé de diffuser la déclaration du président qui, si on en croit ses précédentes déclarations, devrait être un tissu de désinformation et de malveillance, les démocrates doivent se voir immédiatement accorder un temps de parole équivalent », ont écrit Nancy Pelosi et Chuck Schumer, les deux leaders démocrates du Congrès.

Pas de progrès dans les négociations

M. Trump exige le déblocage de quelque 5 milliards de dollars pour édifier le mur. Les démocrates répètent qu’ils sont opposés au financement de ce mur qu’ils jugent « immoral », coûteux et inefficace.

Les négociations menées au cours du week-end par le vice-président Pence n’ont pas permis la moindre avancée.

« Aucun progrès n’a été réalisé. À ce stade, aucune autre rencontre avec ce groupe n’est prévue », a résumé, laconique, un responsable démocrate à l’issue de la réunion de dimanche.

En mars 2018, M. Trump s’était rendu à San Diego, près de la frontière avec le Mexique, pour examiner lors d’une visite savamment mise en scène des prototypes de mur.

Durant la campagne et depuis son arrivée au pouvoir il y a deux ans, le président a envoyé des messages très différents — et parfois contradictoires — sur la longueur et la nature exacte du mur qu’il espérait.

Depuis quelque temps, il émet l’idée d’un mur fait de barres verticales en acier et non en béton dans l’espoir de rendre le projet plus acceptable pour les démocrates.

Mais ces derniers n’ont pas du tout été sensibles à l’argument. Et le record de la plus longue paralysie budgétaire de l’histoire américaine pourrait bientôt tomber : 21 jours, entre fin 1995 et début 1996, sous la présidence de Bill Clinton.