La paralysie budgétaire risque de s’éterniser

Le président Trump s’est brièvement adressé aux journalistes dimanche dans les jardins de la Maison-Blanche.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Le président Trump s’est brièvement adressé aux journalistes dimanche dans les jardins de la Maison-Blanche.

Donald Trump a placé peu d’espoir dans le nouveau cycle de négociations visant à mettre fin à la paralysie partielle du gouvernement américain dimanche. Le président américain a semblé miner sa propre équipe en affirmant qu’il devrait mener les pourparlers lui-même.

Alors que des responsables du Congrès et de la Maison-Blanche entamaient une deuxième séance de discussions en après-midi, Donald Trump a déclaré que cette impasse sera ultimement résolue par un face-à-face avec les dirigeants démocrates.

« Je ne m’attends pas à ce que quoi que ce soit se produise à cette rencontre », a-t-il lancé à propos des négociations dirigées par le vice-président, Mike Pence.

« Mais je pense que nous allons avoir des discussions très sérieuses lundi, mardi, mercredi », a-t-il enchaîné avant de partir vers Camp David, alors que la paralysie du gouvernement s’étirait sur une troisième semaine. M. Trump a de nouveau évoqué, sans s’y attarder, la possibilité d’avoir recours à une procédure d’urgence lui permettant de contourner le Congrès.

Le président Trump a également réaffirmé dimanche sa volonté de construire un mur à la frontière avec le Mexique, précisant, fort du soutien « énorme » des républicains, qu’il n’avait pas l’intention de lâcher du lest dans les négociations budgétaires en cours.

« Nous devons construire le mur. Il s’agit de la sécurité de notre pays […] Nous n’avons pas le choix », a-t-il martelé depuis les jardins de la Maison-Blanche devant les membres de la presse.

En l’absence d’accord sur une loi budgétaire entre républicains et démocrates, la paralysie partielle de l’administration fédérale est entrée dans sa troisième semaine. Quelque 800 000 fonctionnaires sont touchés. Des musées ont été contraints de fermer leurs portes et des ordures s’entassent dans les parcs nationaux.

Positions aux antipodes

Le magnat de l’immobilier semble faire le pari qu’il est en train de gagner la bataille de communication de la paralysie budgétaire dans laquelle chaque parti tente de faire porter la responsabilité du blocage à l’autre.

Mettant en avant un sondage mentionné sur les ondes de Fox News, selon lequel 75 % des Américains pensent que l’immigration est un sujet important, Donald Trump répète que nombre de fonctionnaires contraints de rester chez eux depuis plusieurs semaines sont « à 100 % » derrière lui et que le parti républicain fait bloc.

« Ce shutdown pourrait s’achever demain ou pourrait durer longtemps, cela dépend vraiment des démocrates », a-t-il lancé. « Chuck Schumer, Nancy Pelosi [les deux ténors démocrates du Congrès] et moi pouvons régler ce problème en 20 minutes s’ils le souhaitent », a-t-il insisté.

« L’objectif n’est pas d’ouvrir les administrations, l’objectif est de réparer un système d’immigration qui ne fonctionne plus », a lancé en écho le sénateur républicain Lindsey Graham sur CBS.

Le président américain réclame 5,6 milliards de dollars pour édifier son mur afin de lutter contre l’immigration clandestine. Les républicains ont toujours le contrôle du Sénat, mais, toute loi budgétaire devant être adoptée par 60 voix sur 100 à la Chambre haute, ils ne peuvent se passer des démocrates.

En entrevue au réseau NBC, la sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a sommé le chef de la majorité au Sénat, Mitch McConnell, de reprendre les projets de loi de la Chambre des représentants, dorénavant contrôlée par les démocrates, pour rouvrir des départements.

Les démocrates, qui ont repris le contrôle de la Chambre des représentants à l’issue des élections de mi-mandat, répètent qu’ils sont opposés au financement de ce mur qu’ils jugent « immoral », coûteux et inefficace.

L’élue démocrate de Californie Nancy Pelosi, qui vient de prendre la présidence de la Chambre des représentants, a déploré le comportement de l’impétueux président dans les difficiles négociations en cours.

« L’impression que vous avez de ce président est qu’il aimerait non seulement fermer les administrations fédérales, construire un mur, mais aussi abolir le Congrès pour que la seule voix qui compte soit la sienne », a-t-elle affirmé sur CBS.

M. Trump a par ailleurs répété qu’il était prêt à ce que le mur qu’il a promis durant sa campagne électorale soit fait d’acier et non de béton, si cela permettait de débloquer les négociations avec ses adversaires politiques.

Il a ainsi assuré qu’il allait prendre contact avec les principaux acteurs de cette industrie « pour qu’ils proposent le design d’un magnifique produit en acier qui sera fait ici et que nous utiliserons comme barrière ».

M. Trump, qui envoie depuis son arrivée au pouvoir des signaux contradictoires sur son projet emblématique comme sur le financement de celui-ci, a déjà évoqué par le passé la mise en place de « barres d’acier conçues de manière artistique » afin qu’il soit possible de voir à travers.

Avec l'Agence France-Presse