Nancy Pelosi reprend la tête de la Chambre des représentants

Entourée de ses enfants et de ses petits-enfants, Nancy Pelosi a prêté serment jeudi pour devenir «Speaker» de la Chambre des représentants à Washington.
Photo: Carolyn Kaster Associated Press Entourée de ses enfants et de ses petits-enfants, Nancy Pelosi a prêté serment jeudi pour devenir «Speaker» de la Chambre des représentants à Washington.

La démocrate Nancy Pelosi a repris jeudi la tête de la Chambre des représentants en appelant au « respect » dans une Amérique divisée, son retour historique au perchoir marquant le début d’une nouvelle ère d’opposition au président républicain Donald Trump, qui affronte une fin de mandat difficile.

Le 116e Congrès américain s’est réuni pour la première fois : 435 nouveaux élus à la Chambre des représentants, désormais contrôlée par les démocrates, et 100 sénateurs au Sénat, qui reste contrôlé par les républicains.

« Nous ne nous faisons pas d’illusions, notre travail ne sera pas facile », a déclaré Nancy Pelosi après avoir repris le marteau de « Speaker », qu’elle avait déjà tenu entre 2007 et 2011 lorsqu’elle était devenue la première femme de l’histoire américaine à accéder à ce poste crucial.

« Mais promettons que lorsque nous ne serons pas d’accord, nous nous respecterons et nous respecterons la vérité », a-t-elle ajouté alors que Donald Trump est régulièrement accusé de mentir.

Entourée de ses petits-enfants et des enfants d’autres élus venus assister à la cérémonie, Nancy Pelosi, 78 ans, a prêté serment après avoir été élue par 220 voix. Devant une nouvelle Chambre qui multiplie les « premières » — elle accueille un nombre record de femmes et d’élus issus de minorités —, la démocrate a salué l’arrivée de nouveaux membres dont « l’optimisme, l’idéalisme » vont « renforcer » la démocratie.

Elle a dit vouloir protéger la classe moyenne, alors que Donald Trump avait su, en 2016, séduire certains des déçus du « rêve américain ». Mais elle a aussi eu un message d’ouverture envers les migrants, disant vouloir protéger les « Dreamers », arrivés sans papiers aux États-Unis lorsqu’ils étaient mineurs.

Sur l’environnement, Nancy Pelosi a eu des mots très forts alors que Donald Trump a retiré les États-Unis de l’Accord de Paris. « Nous devons aussi nous attaquer à la menace existentielle de notre époque : la crise climatique », a déclaré la démocrate.

Au Sénat, le vice-président républicain Mike Pence a présidé, sous les applaudissements, aux prestations de serment.

Félicitations et dissensions

Le président Donald Trump a félicité Mme Pelosi lors d’une conférence de presse improvisée, jeudi. « J’espère que nous pourrons travailler ensemble et que nous réaliserons beaucoup de choses, comme des infrastructures et beaucoup d’autres choses. Et je sais qu’ils le veulent vraiment », a-t-il déclaré à propos de l’opposition démocrate.

Si Nancy Pelosi a affirmé vouloir rassembler au-delà des lignes partisanes, c’est pourtant en défiant directement Donald Trump qu’elle reprend la tête de la Chambre.

Dès la fin de journée, la nouvelle majorité démocrate à la Chambre des représentants a voté deux mesures budgétaires temporaires qui permettraient de débloquer les administrations américaines, partiellement paralysées depuis le 22 décembre.

La Maison-Blanche a par avance rejeté ces projets de loi, car ils n’incluent pas cinq milliards de dollars pour financer le mur voulu par le président à la frontière avec le Mexique afin de lutter contre l’immigration clandestine.

Même s’ils sont minoritaires au Sénat, les démocrates y disposent aussi d’un grand pouvoir de blocage puisque les républicains (53 sièges) ont besoin de 60 voix pour approuver toute loi budgétaire.

Au 13e jour de cette impasse budgétaire (« shutdown »), il reste ainsi difficile d’entrevoir une sortie de crise. Donald Trump a convié les chefs du Congrès à une nouvelle réunion vendredi.

Affrontements à l’horizon

Ce bras de fer pourrait n’être que les prémices de féroces batailles à venir entre les démocrates et la Maison-Blanche, avec, en premier lieu, la promesse de multiples enquêtes parlementaires.

En première ligne : les soupçons de collusion entre Moscou et son équipe de campagne électorale en 2016 alors que le mandat du républicain est scruté par l’enquête du procureur spécial Robert Mueller.

Avec leur nouveau contrôle de la Chambre, les démocrates s’emparent en effet de la tête de commissions parlementaires dotées de puissants pouvoirs d’investigation, notamment ceux d’assigner les témoins à comparaître et d’ordonner la présentation de documents.

Ils ont d’ailleurs promis d’exiger du président qu’il présente enfin ses déclarations de revenus. Donald Trump est le seul candidat présidentiel de l’histoire récente américaine à s’y être refusé.

Derrière ces turbulences, la perspective d’une procédure de destitution, ou « impeachment », pourrait se dessiner plus nettement. Nancy Pelosi a pour l’instant écarté cette idée, affirmant vouloir d’abord attendre les conclusions des enquêtes.