Des examens médicaux pour les enfants migrants aux États-Unis

Ce nouveau drame survient quelques jours après le décès de Jakelin Caal, sept ans, enterrée mardi dans son pays natal, au cimetière de San Antonio Secortez (Guatemala).
Photo: Johan Ordonez Agence France-Presse Ce nouveau drame survient quelques jours après le décès de Jakelin Caal, sept ans, enterrée mardi dans son pays natal, au cimetière de San Antonio Secortez (Guatemala).

Il aura fallu le décès d’un deuxième petit migrant guatémaltèque en moins de 16 jours pour que les autorités américaines promettent mercredi des examens médicaux pour tous les enfants migrants en détention. Une mesure qualifiée de « trop peu, trop tard » par des organismes qui estiment que ces deux morts démontrent la négligence à laquelle sont exposés les enfants dans les centres de détention pour migrants.

« Des décès, il va y en avoir d’autres si les autorités continuent à enfermer des jeunes. C’est impossible que des enfants puissent avoir les soins adéquats dans un centre de détention », prévient Kathryn Hampton, de l’organisation Physicians for Humans Rights (Médecins pour les droits de l’homme).

Âgé de huit ans, Felipe Gomez est mort peu avant minuit le jour de Noël dans un hôpital du Nouveau-Mexique. Le jeune garçon avait été interpellé avec son père près d’El Paso, au Texas, alors qu’ils traversaient clandestinement la frontière mexicaine le 18 décembre dernier. En quelques jours, le garçon et son papa ont été transférés dans pas moins de trois centres de détention différents. Le matin du 24 décembre, le jeune aurait présenté de premiers symptômes. Selon le service de contrôle aux frontières (Customs and Border Protection, CBP), le petit « toussait » et a été emmené dans un centre hospitalier. L’équipe médicale a d’abord diagnostiqué un « simple rhume » avant de constater une poussée de fièvre. Il a pu ressortir vers 15 h, avec une prescription de médicaments à prendre. Mais dans la soirée, saisi de nausée et de vomissements, il a été conduit à nouveau à l’hôpital, où il est décédé.

Le gouvernement du Guatemala a demandé mercredi aux « autorités américaines une enquête transparente et sérieuse sur cette affaire ». « Des rapports médicaux ont été demandés pour clarifier les causes du décès », a déclaré le ministère guatémaltèque des Affaires étrangères dans un communiqué.

Nadja Pollaert, directrice générale de l’association Médecins du monde, souligne que les enfants sont trop souvent exposés à de la négligence pendant le processus de migration. « Aucun enfant n’est censé mourir de déshydratation parce qu’on l’a enfermé », dit-elle.

« Les enfants présentent parfois des symptômes de maladies typiques, par exemple des otites, mais comme elles ne sont pas soignées, leur état de santé est à risque », explique Mme Pollaert. Au Québec, Médecins du monde a implanté une clinique pour les migrants à statut précaire puisqu’ils n’ont pas droit à une couverture gouvernementale des soins de santé. En 2016 seulement, 3029 migrants ont bénéficié des services de l’organisation.

Nouvelles mesures promises

Ce nouveau drame a provoqué une véritable onde de choc, tandis qu’il survient à peine plus de deux semaines après le décès de Jakelin Caal, âgée de sept ans et aussi originaire du Guatemala. La fillette serait morte de soif alors qu’elle se trouvait également en détention avec sa famille. La jeune fille a été enterrée mardi dans son pays natal, au cimetière de San Antonio Secortez, un village reculé de la commune indigène de Raxruhá, à 150 km environ au nord de la capitale, Guatemala.

À la suite de ces deux morts, les services américains de contrôle des frontières ont ordonné que tous les enfants migrants en détention soient soumis à des examens médicaux.

« C’est un supplément à l’examen préliminaire qu’ils reçoivent tous lors de la prise en charge pour la recherche de signes de maladie », ont indiqué des responsables de la Sécurité intérieure. « Heureusement, les morts que nous avons vues [en 2018] sont extrêmement rares », ont-ils précisé, ajoutant qu’il n’y avait pas eu de décès d’enfant dans un de leurs centres depuis plus d’une décennie.

Ce deuxième décès d’un enfant remet en question les conditions de détention des migrants clandestins, alors que Donald Trump a fait de la lutte contre l’immigration illégale son cheval de bataille.

« C’est trop peu, trop tard […] On ne peut pas enfermer des jeunes pratiquement 24 heures sur 24, sans qu’ils puissent manger à leur faim, avoir droit à des collations ou encore pouvoir faire des siestes, et prétendre qu’on s’occupe de leur santé », déplore Kathryn Hampton.

Les autorités ont reconnu être démunies face à l’arrivée de milliers de migrants dans des structures inadaptées.

« Le phénomène auquel nous assistons aujourd’hui est relativement nouveau, avec une population de migrants composée à 60 % d’enfants et de familles. Et notre système n’a pas été conçu pour y faire face », ont indiqué à la presse des responsables du ministère de la Sécurité intérieure.

« Nous avons besoin de l’aide du Congrès. Nous avons besoin de financement pour les soins médicaux et de santé mentale pour les enfants dans nos structures », a déclaré mercredi sur la chaîne CBS Kevin McAleenan, l’un des principaux responsables du CBP. Le nombre d’enfants migrants sous la responsabilité de son service pourrait prochainement dépasser la barre des 25 000, a-t-il ajouté.

2 commentaires
  • Serge Lamarche - Abonné 27 décembre 2018 03 h 33

    Dur

    Avec des autochtones qui envahissent ce pays, il y a risque de racisme. Ils renforcent le message que c'est mieux de ne pas essayer... en attendant le mur.

  • Gilles Bonin - Abonné 27 décembre 2018 05 h 29

    C'est ça

    un état barbare et immoral: s'occuper des personnes sous sa responsabilité de façon défaillante et donc criminelle et ne pas se donner, dans le cas précis, une politique claire en matière d'immigration et d'accueil des migrants autre que la réaction populiste. D'ailleurs ici au Canada les longs délais de traitements des dossiers des migrants illégaux (et pour de nombreux cas légaux) tient aussi du même ordre de l'incurie.