Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, démissionne

Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a reconnu avoir des divergences avec le président Donald Trump.
Photo: Zach Gibson Getty Images Agence France-Presse Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a reconnu avoir des divergences avec le président Donald Trump.

Le ministre américain de la Défense, Jim Mattis, a claqué jeudi la porte du gouvernement de Donald Trump, au lendemain de l’annonce par le président des États-Unis du retrait des troupes américaines en Syrie, qui a pris de court ses alliés.

« Il faut traiter les alliés avec respect » et « nous devons faire tout notre possible pour favoriser un ordre international propice à notre sécurité, notre prospérité et nos valeurs, et nous sommes renforcés dans cet effort par la solidarité de nos alliances », écrit dans sa lettre de démission l’ex-général des Marines, qui était opposé à un départ militaire de Syrie.

« Parce que vous avez le droit d’avoir un ministre de la Défense dont les vues sont mieux alignées sur les vôtres […] je pense que me retirer est la bonne chose à faire », ajoute-t-il dans ce courrier qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre à Washington.

Sur Twitter, Donald Trump a simplement annoncé que Jim Mattis, 68 ans, quitterait ses fonctions « à la fin de février » et qu’il nommerait un successeur « prochainement ».

Dans sa lettre, le ministre démissionnaire n’évoque pas directement le dossier syrien, si ce n’est pour citer la coalition internationale contre les jihadistes du groupe armé État islamique (EI) comme exemple de l’utilité des alliances.

Mais il sait que son départ sera interprété comme une réaction au désaveu qu’il a subi avec la décision controversée du locataire de la Maison-Blanche.

D’autant que, selon plusieurs médias américains, la présidence américaine a demandé au Pentagone d’envisager un retrait partiel également d’Afghanistan — alors que Jim Mattis avait plaidé et obtenu l’an dernier une augmentation des troupes.

Poutine se réjouit

Martelant que les États-Unis n’avaient pas vocation à être le « gendarme du Moyen-Orient », Donald Trump a défendu jeudi avec force le retrait des quelques 2000 soldats américains déployés dans le nord de la Syrie.

Si des questions restent en suspens sur le devenir des frappes aériennes américaines contre l’EI, sur la politique de Washington vis-à-vis de l’Iran dans la région ou encore sur une décision qui laisse le champ libre à la Russie, le milliardaire républicain peut se targuer de tenir une vieille promesse.

« Il est temps que d’autres se battent enfin », a-t-il lancé jeudi matin sur Twitter, estimant que l’Amérique n’avait « RIEN » obtenu d’autre que la perte de vies précieuses et de milliers de milliards de dollars, et invitant « la Russie, l’Iran, la Syrie et beaucoup d’autres » à prendre le relais contre l’EI — dont il avait clamé la veille la défaite.

Son homologue russe Vladimir Poutine, à la manoeuvre en Syrie au côté du régime de Bachar Al-Assad, a salué une décision « juste ».

« Donald a raison », « nous avons porté des coups sérieux à l’EI en Syrie », a-t-il lancé.

L’EI a vu son « califat » autoproclamé se réduire comme peau de chagrin face à de multiples offensives, après une montée en puissance fulgurante en 2014. Mais l’organisation conserve quelques réduits et reste redoutable en raison de sa capacité à mener des attentats meurtriers à travers le monde.

« La menace n’est pas terminée »

France, Royaume-Uni et Allemagne, alliés des États-Unis dans la lutte contre l’EI et cibles régulières de ses attaques, n’ont pas caché leur inquiétude après l’annonce du retrait américain, qui a provoqué levée de boucliers dans la propre famille politique de Donald Trump.

Pour la présidence française, cette « décision massue » démontre que le président américain est « de plus en plus seul sur la scène internationale et à prendre ses décisions ».

« L’EI a reculé mais la menace n’est pas terminée », a résumé le chef de la diplomatie allemande Heiko Maas, craignant que cela ne « nuise » à la lutte antidjihadistes.

« Les États-Unis ont l’intention de poursuivre leur campagne de lutte contre le terrorisme et de continuer à combattre l’EI, qu’il soit en Syrie ou ailleurs », a tenté de rassurer le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo.

La Turquie et l’Iran, autres acteurs clés en Syrie, se sont aussi concertés jeudi sur l’impact de ce retrait lors d’une rencontre de leurs présidents Recep Tayyip Erdogan et Hassan Rohani à Ankara.

« Les Kurdes ont toujours été trahis »

Conséquence directe de la décision du 45e président des États-Unis : les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple (YPG), en première ligne contre l’EI, pourraient s’en détourner si le président Erdogan lance, comme il menace de le faire, une nouvelle offensive contre elle.

« En temps et lieu voulus, ils seront enterrés dans les fosses qu’ils creusent », a prévenu le ministre turc de la Défense Hulusi Akar.

À Ras al-Aïn, ville à la frontière turco syrienne, des manifestants ont dénoncé le retrait américain.

Khalid Osoo, kurde de Syrie, accuse Donald Trump « de trahir le peuple kurde ». « Nous ne l’accepterons pas et nous ne quitterons pas nos terres ». « Nous ne ferons plus jamais confiance à personne », surenchérit Hamreen Salah.

Selon les Forces démocratiques syriennes (FDS), à dominante kurde, le retrait américain va en outre offrir une chance à l’EI, qui était largement passé à la clandestinité, de se reconstruire sur le terrain.