Les poursuites maintenues contre Harvey Weinstein

Harvey Weinstein a été accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plus de 80 femmes.
Photo: Mark Lennihan Associated Press Harvey Weinstein a été accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plus de 80 femmes.

Pas de miracle pour Harvey Weinstein : un juge new-yorkais a refusé jeudi d’abandonner les poursuites pénales contre l’ex-producteur de cinéma accusé de multiples agressions sexuelles, qui devraient maintenant aller jusqu’au procès.

« Nous sommes évidemment déçus du fait que les charges n’aient pas été abandonnées aujourd’hui », a déclaré Ben Brafman, l’avocat de M. Weinstein, après une audience au tribunal de Manhattan.

« Nous avons l’intention de [nous] défendre vigoureusement au procès, dont nous sommes persuadés que M. Weinstein sortira entièrement exonéré », a assuré l’avocat, parmi les plus aguerris du barreau new-yorkais.

Barbe poivre et sel et costume gris sombre, M. Weinstein, 66 ans, qui risque la perpétuité mais est resté en liberté moyennant une caution d’un million de dollars et le port d’un bracelet électronique, est reparti immédiatement après l’audience dans un 4x4 noir, sans dire un mot aux journalistes qui l’attendaient.

Le mouvement Time’s Up, né dans le sillage de #MeToo pour défendre les victimes d’agressions sexuelles au travail, a salué le maintien des poursuites.

« Nous sommes soulagés qu’Harvey Weinstein ait échoué dans ses efforts pour éviter de répondre de ses actes », a déclaré sa présidente, Lisa Borders, après avoir assisté à l’audience avec une quinzaine d’autres membres de l’organisation, dont des actrices comme Kathy Najimi (Sister Act). « Nous avons hâte de voir Harvey Weinstein poursuivi avec toute la rigueur de la loi », a-t-elle ajouté.

Sauf si l’ex-producteur devait plaider coupable, ou autre rebondissement imprévisible, le procès devrait maintenant avoir lieu, et s’annonce plein de suspense tant M. Brafman excelle dans l’exercice. Le juge a fixé une audience de préparation au 7 mars.

Accusé de harcèlement et d’agressions sexuelles par plus de 80 femmes, dont Angelina Jolie et Ashley Judd, Harvey Weinstein a beau assurer que tous ses rapports sexuels étaient consentis, il est devenu l’incarnation des abus perpétrés impunément par des hommes de pouvoir.

Depuis son inculpation à New York en mai puis en juillet pour des fellations forcées en 2004 et en 2006 et pour viol en 2013, sur trois femmes différentes, M. Brafman avait fait valoir des erreurs de l’accusation qui auraient « irrémédiablement entaché » l’acte d’accusation. Provoquant de multiples conjectures sur un « effondrement » du dossier du procureur.

L’avocate Gloria Allred, spécialisée dans la défense des victimes d’agressions sexuelles, a, depuis les marches du tribunal, lancé un appel à d’autres victimes potentielles de M. Weinstein à « se manifester », soulignant qu’il était « encore temps » pour étayer le dossier de l’accusation.

Pour Bennett Gershman, professeur de droit à l’Université Pace et ex-procureur, le parquet dispose néanmoins d’un dossier « solide » avec les deux accusatrices actuelles, même si elles ont eu des échanges avec M. Weinstein après leur agression présumée.

« Elles disaient des gentillesses à Weinstein : est-ce surprenant ? dit-il. On a un homme extrêmement puissant […] qui contrôlait littéralement leur réputation et leur carrière. »

« Si les femmes témoignent avec force, [Weinstein] perdra », a-t-il pronostiqué.