Les résultats sous la loupe des experts

Un résident de Woodstock en Géorgie a planté un drapeau américain derrière sa camionnette pour souligner l’importance des élections de mi-mandat tenues mardi à la grandeur des États-Unis.
Photo: David Goldman Associated Press Un résident de Woodstock en Géorgie a planté un drapeau américain derrière sa camionnette pour souligner l’importance des élections de mi-mandat tenues mardi à la grandeur des États-Unis.

Avec un Congrès divisé entre les démocrates à la Chambre des représentants et les républicains au Sénat, la présidence de Donald Trump sera limitée durant les deux prochaines années. Pour mieux décoder les résultats des élections de mi-mandat américaines, Le Devoir s’est entretenu avec plusieurs chercheurs de l’Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand, tout au long de la soirée électorale. Propos recueillis par Annabelle Caillou.

Les démocrates détiennent désormais la majorité des sièges à la Chambre des représentants. À quoi peut-on s’attendre pour les deux dernières années du mandat de Donald Trump ?

 

 

Élisabeth Vallet. L’impact [de cette élection] va être déterminant. La Chambre des représentants a des pouvoirs d’enquête importants. Les démocrates vont pouvoir aller chercher des enquêtes sur des sujets cruciaux, qui vont pouvoir demander ses retours de taxes au président Trump, par exemple. On va aussi s’assurer de voter une loi de protection pour le procureur spécial Robert Mueller. Donc, on va entendre beaucoup plus parler de tout ce qui est dysfonctionnel dans le gouvernement Trump. On va avoir beaucoup plus ce poids du contrepoids de la Chambre des représentants face à une présidence qui va être limitée.

Les républicains ont toutefois gardé le contrôle du Sénat. Quel sera l’impact d’un tel résultat ?

 

 

Élisabeth Vallet. Le fait que le Sénat soit resté républicain a un impact sur la conclusion des traités internationaux que le président déciderait de soumettre à la ratification sénatoriale, par exemple. Ça a aussi une incidence importante sur la nomination des juges. Pas uniquement les juges de la Cour suprême, mais aussi les juges de première instance. Il faut se souvenir que Brett Kavanaugh, qui vient d’être nommé à la Cour suprême, avait été nommé à la Cour fédérale par George W. Bush en 2006. Ces juges de première instance percent ensuite à travers le système juridictionnel pour éventuellement aboutir à la Cour suprême.

Même si nous n’avons pas les chiffres définitifs, peut-on parler d’une participation historique des électeurs américains cette année aux élections de mi-mandat, qui n’attirent pas les foules d’habitude ?

 

 

Vincent Boucher. Cette année, on s’attend à un taux de participation très important, voire historique. Lors de la dernière élection de mi-mandat, en 2014, on avait eu un taux de participation qui avoisinait les 36 %, ce qui est peu élevé. Or avec les estimations qu’on a jusqu’à présent, on parle d’environ 45 %, de 50 % même chez les plus optimistes. Il y a des indicateurs qui semblent laisser croire que la participation sera très importante. On parle du vote par anticipation dans les derniers jours qui a été assez couru chez les Américains et Américaines. Il y a eu aussi une participation massive dans les primaires dans les derniers mois et dans les élections spéciales de 2017. Donc, on devrait s’attendre dans ces élections de mi-mandat à voir une hausse considérable par rapport à 2014, et peut-être même par rapport aux dernières élections de mi-mandat de 2010 et celles d’années précédentes.

Plus de 60 % des électeurs de la Floride ont voté en faveur du rétablissement du droit de vote des anciens détenus. Quels seront les impacts sur les prochaines élections d’une telle mesure ?

 

 

Christophe Cloutier-Roy. [Ce vote des électeurs] augure des changements très importants dans cet État. À l’heure actuelle, on compte pas moins de 20 % des Afro-Américains qui y sont privés de leur droit de vote, parce qu’ils ont un dossier criminel. Le fait que la plupart des électeurs ayant un dossier criminel, sauf pour les crimes les plus graves, pourront donc désormais voter pourrait changer beaucoup de choses. L’électorat est très divisé dans le Sunshine State. On le voit ce soir, la course était extrêmement serrée pour les postes de gouverneur et de sénateur, entre les candidats démocrates et républicains. Et chose certaine : si les droits de ces anciens détenus sont rétablis en vue des prochaines élections en 2020 ou 2022, les démocrates pourraient avoir un avantage beaucoup plus important, pour le poste de gouverneur ou de sénateur, ou dans le cas des élections présidentielles pour remporter cet État.