Le Sénat aux républicains, la Chambre aux démocrates

Les Américains étaient appelés à renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat, mardi, deux ans après l’élection de Donald Trump à la présidence du pays.
Photo: David Ake Associated Press Les Américains étaient appelés à renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat, mardi, deux ans après l’élection de Donald Trump à la présidence du pays.

Les républicains renforcent leur contrôle du Sénat tandis que les démocrates gagnent la majorité à la Chambre des représentants.

Ces tendances des élections de mi-mandat tenues mardi aux États-Unis confirment les prédictions généralement formulées par les experts et les sondeurs. Le scrutin expose aussi la division profonde de la république. Plusieurs sièges ont été remportés par des marges mineures.

En même temps, ces comptes partisans signalent la force persistante des républicains sous le leadership de Donald Trump. Il n’y a pas eu de tsunami bleu le 6 novembre 2018. Plus encore, la division profonde du pays semble s’accentuer avec une fracture qui sépare comme jamais les Américains des villes (dont les banlieues) et les Américains des champs.

D’innombrables commentateurs avertissaient que cette élection de mi-mandat s’annonçait comme une des plus importantes des dernières décennies. Elle l’a été et les électeurs conservateurs ont finalement assez bien résisté à la poussée progressiste.

Il y a quelques semaines encore, le président semblait vouloir faire de l’exercice une sorte de plébiscite sur ses deux premières années de gouvernance. Le verdict vient de tomber : une partie du peuple l’approuve encore et toujours, alors qu’une autre partie accorde une capacité de surveillance et de contre-pouvoir accrue aux démocrates.

6420
Le Washington Post évalue que le président a menti 6420 fois en 649 jours de pouvoir.

Finalement, dans une autre volte-face dont il a l’habitude, Donald Trump a averti dans les derniers jours qu’il ne lirait pas ces résultats comme un test de sa performance. Il ajoutait s’être davantage concentré sur les courses sénatoriales, celles à son avantage, quoi.

En Chambre

Il fallait 23 sièges de bascule pour que le président perde la majorité de la Chambre basse. Les comptes enlevaient une douzaine de représentants aux républicains avant même la fermeture des bureaux de vote dans les régions plus à l’ouest. Finalement, les démocrates pourraient obtenir un peu plus de 20 élus d’avance, de quoi contrôler confortablement la Chambre.

 
 
 

Les gains se matérialisent dans les banlieues plus choyées de Kansas City, Miami, Pittsburgh ou Minneapolis. La percée semble liée à la réaction des électeurs et particulièrement des électrices contre la rhétorique xénophobe et misogyne du président, tendance accentuée dans les dernières semaines de la campagne par un Donald Trump pugnace et démagogue, notamment à propos des migrants.

Le caucus progressiste s’enrichit d’ailleurs de plusieurs élues. Rashida Tlaid du Michigan et Ilhan Omar deviennent les deux premières musulmanes du Congrès.

Les démocrates ont aussi bien performé aux élections des gouverneurs. Ces gains au sommet concernent au moins deux des six États renversés par Trump à son profit en 2016.

Ils ont renversé les sièges en Illinois et au Michigan. Ils ont conservé leurs fiefs de Pennsylvanie et de New York. Par contre, leur candidat en Floride, Andrew Gillum, n’a pas réussi à devenir le premier gouverneur afro-américain de cet État. Un district du Kansas, État considéré comme conservateur, envoie à Washington la première représentante lesbienne qui est aussi une des deux premières Autochtones à siéger là.

Les victoires démocrates faciles ont été confirmées assez tôt dans le nord-est avec la réélection de sénateurs du Massachusetts, du Delaware, au Rhode Island comme au Connecticut. La sénatrice Elizabeth Warren est du lot des membres de la Chambre haute réélus. Elle est souvent pressentie pour se porter candidate à l’investiture de son parti aux prochaines présidentielles. Elle répète qu’une femme présidente pourrait « réparer Washington ».

De même, au Vermont, le sénateur Bernie Sanders conserve son siège, ce qui facilitera sa possible nouvelle tentative de devenir le candidat démocrate aux prochaines présidentielles, en affrontant Mme Warren, peut-être. Le sénateur, un des plus à gauche de la Chambre haute, a échoué une première fois dans la course de 2016 en n’obtenant pas l’investiture gagnée par Hillary Clinton, finalement battue par le républicain Donald Trump.

Au Sénat

Pour perdre le Sénat, les républicains devaient se faire arracher deux sièges. Seulement, le hasard a fait que sur les 35 sièges en jeu, beaucoup se trouvaient dans des États acquis aux conservateurs de longue date, où ils demeurent pratiquement indélogeables.

 
 
 

Les républicains ont même réussi à prendre trois nouveaux sièges, au Tennessee, en Indiana et au Dakota du Nord. Dans ce cas, la sénatrice Heidi Heitkamp, considérée comme une centriste ou une modérée, a perdu par une forte marge contre Kevin Cramer. Ce représentant au Congrès, trumpien de stricte obédience, a voté pour les propositions présidentielles 99 % du temps. Le candidat Donald Trump avait d’ailleurs remporté cet État, comme les deux autres, par de fortes majorités en 2016.

En Indiana, l’homme d’affaires Mike Braun l’emporte, même s’il faisait face à l’un des sénateurs démocrates sortants les plus conservateurs du lot, Joe Donnelly, qui appuyait aussi bien la construction d’un mur à la frontière sud que les modifications proposées récemment par le président pour modifier le droit du sol (jus soli), accordant la nationalité à une personne née sur le territoire américain. L’ex-président Barack Obama s’est rendu à deux reprises en Indiana, pour rien finalement.

Les changements sont tout de même perceptibles, même s’ils ne mènent pas tous à une victoire. C’est le cas au Texas, par exemple, où le charismatique démocrate Beto O’Rourke a échoué à bouter hors du Sénat le très conservateur Ted Cruz. Un écart d’environ deux points les séparait au moment où ces lignes étaient écrites, une situation exceptionnelle dans un État réputé engoncé à droite.

Les conservateurs fiscaux et moraux contrôlaient l’exécutif et le législatif avant le vote. Ils devront dorénavant composer avec une des deux Chambres acquises à leurs adversaires plus progressistes. Ce changement a son importance dans un pays obsédé par l’équilibre des pouvoirs, qui multiplie les verrous législatifs et les obstacles juridiques.

2 commentaires
  • aneya lafrit - Inscrit 7 novembre 2018 05 h 00

    Qui peut me renseigner ?

    Y aurait-il , parmi les élus du midterem : un(e) élu(e) de la première nation ?
    je suis révolté en lisant certains sites que des précisions sont portées au nues concernant des élues gays , lesbiennes , bi etc...et pas d'élu(e ou es) parmi les Améridiens.

    Puis-je vous demander des précisions ?
    Merci

  • Yvon Pesant - Abonné 7 novembre 2018 06 h 09

    Empêchement

    À défaut d’une procédure d’impeachement hautement souhaitable, vivement qu’on empêche ce fou furieux de tous nous entraîner dans une guerre mondiale.

    Grande misère! que cet être narcissique ressemble tellement à Hitler dans ses manières de crier, décrier, nier, dénier et susciter la haine de l’autre chez les dangereux tarés de sa suite populaire.