Colis piégés: trahi par une empreinte

Sur toutes les fenêtres de la camionnette du suspect sont tapissées des photos triomphales du président Donald Trump et du vice-président Mike Pence. Et on peut y voir des photos d’Hillary Clinton et de Barack Obama couvertes d’une cible rouge.
Photo: Courtoisie de Lesley Abravanel via AP Sur toutes les fenêtres de la camionnette du suspect sont tapissées des photos triomphales du président Donald Trump et du vice-président Mike Pence. Et on peut y voir des photos d’Hillary Clinton et de Barack Obama couvertes d’une cible rouge.

Il a tenu les États-Unis en haleine pendant cinq jours. C’est finalement une empreinte digitale et des traces d’ADN trouvées sur des colis piégés qui ont trahi Cesar Sayoc, 56 ans. Vendredi matin, des agents du FBI l’ont cueilli dans un magasin de pièces automobiles à Plantation, une ville située près de Fort Lauderdale, en Floride.

De lundi à vendredi, le suspect aura eu le temps de disséminer à travers les États-Unis treize colis contenant des bombes artisanales. Aucune n’a explosé. Mais elles contenaient bel et bien des matières explosives, a déclaré le directeur du FBI, Christopher A. Wray.

Des personnalités s’opposant au président républicain Donald Trump ont été visées par chacun de ces envois postaux. Les ex-présidents Bill Clinton et Barack Obama, l’ex-vice-président Joe Biden et l’ex-candidate à l’élection présidentielle de 2016 Hillary Clinton figuraient parmi les destinataires.

Un épisode abject qui s’est déroulé dans une Amérique sans cesse plus polarisée au moment où la campagne en vue des élections législatives du 6 novembre atteignait son paroxysme.

L’auteur présumé de cet « acte de terreur » encourt une peine maximale de 48 ans de prison. En point de presse vendredi après-midi, le procureur général des États-Unis, Jeff Sessions, a mentionné que cinq chefs seront déposés contre le suspect, incluant des accusations pour avoir proféré des menaces à d’anciens présidents et à d’autres personnes et pour avoir illégalement posté des explosifs. D’autres accusations pourraient s’ajouter au fil de l’enquête, a précisé M. Sessions. Pour l’instant, aucune accusation n’est liée au terrorisme.

Sur un pied d’alerte

« D’autres colis postés avant l’arrestation du suspect n’ont peut-être pas encore été interceptés », a prévenu le directeur du FBI. Christopher A. Wray a incité les Américains à la plus grande vigilance, leur demandant de rapporter « toute activité suspecte ».

La division antiterroriste du FBI a participé à l’enquête nationale déployée depuis que le philanthrope George Soros a reçu dans sa boîte aux lettres, lundi, le premier colis piégé. Il ne s’agissait pas « d’engins factices », a insisté M. Wray. Les treize bombes retrouvées portaient la même signature : un tuyau de six pouces en PVC, une petite horloge, une batterie, des fils et des substances explosives, a détaillé le directeur du FBI. Elles n’étaient toutefois pas conçues pour exploser dès l’ouverture des colis.

C’est l’analyse de l’enveloppe envoyée à la représentante démocrate Maxine Waters qui a permis de faire bondir l’enquête. Une empreinte digitale y a été prélevée, permettant aux enquêteurs d’identifier Sayoc comme une personne d’intérêt. Celui-ci détenait déjà un casier judiciaire pour diverses infractions, dont menace à la bombe. Des échantillons d’ADN relevés sur deux autres engins ont permis de confirmer l’identité du suspect. « Nous pensons tenir la bonne personne […] mais beaucoup de questions sont encore sans réponse », a souligné Christopher A. Wray.

Obsédé par Trump

Partisan invétéré de Donald Trump ? Sympathisant d’extrême droite ? Adepte des théories conspirationnistes ? Ou tout simplement désaxé ? Rien n’a filtré du côté des autorités sur les motivations du suspect. À tout le moins, Jeff Sessions a reconnu que l’accusé « semble être un partisan » de Donald Trump.

Les réseaux sociaux en disent toutefois beaucoup plus long sur le suspect floridien. Sur Twitter, Sayoc, qui est membre du Parti républicain, faisait l’apologie de Donald Trump et reprenait des théories conspirationnistes. Plusieurs de ses messages démonisaient des têtes d’affiche démocrates, dont la représentante Debbie Wasserman Schultz. C’est d’ailleurs l’adresse de cette élue qui avait été notée comme expéditrice sur tous les colis piégés. Dans les publications du suspect comme sur les enveloppes, son nom de famille était mal orthographié (« Shultz »).

La camionnette du suspect, saisie par le FBI, laisse entrevoir une personnalité obnubilée par Donald Trump. Sur toutes les fenêtres du véhicule sont placardées des photos triomphales du président et du vice-président Mike Pence. Et on peut y voir des photos d’Hillary Clinton et de Barack Obama couvertes d’une cible rouge.

Les médias encore et toujours

À quelques jours des élections législatives de mi-mandat, qui s’avéreront déterminantes pour sa présidence, Donald Trump a joué de prudence dans ses commentaires. « J’ai entendu que le suspect me préfère à d’autres, mais je n’ai pas vu [les images de la camionnette] », a-t-il dit. Talonné par les journalistes, le président n’a pas voulu préciser s’il désavouait l’accusé. Il a toutefois louangé le « travail incroyable » des forces de l’ordre.

Donald Trump a une fois de plus rejeté les accusations voulant qu’il attise les antagonismes avec ses attaques caustiques visant ses opposants démocrates. « J’ai baissé le ton », a-t-il assuré. Dans une impression de déjà-vu, le président a plutôt rejeté la responsabilité sur les médias. « Les médias ont été très injustes à mon égard et à l’endroit du Parti républicain », a-t-il répété.

Tout juste après l’arrestation du suspect, Donald Trump s’était laissé aller à une envolée rassembleuse. « Les Américains doivent s’unir et montrer au monde que nous sommes unis, dans la paix, l’amour et l’harmonie », avait-il déclaré. Sur Twitter, le président avait néanmoins dit espérer que « cette histoire de “bombe” » ne ralentira pas « la dynamique » en vue du vote.

D’autres cibles

Peu de temps avant l’arrestation du suspect, la police avait confirmé, vendredi matin, l’interception de deux autres colis suspects destinés cette fois au sénateur démocrate Cory Booker et à l’ex-directeur des renseignements américains James Clapper.

Plus tôt dans la semaine, des enveloppes en tous points similaires avaient été envoyées au financier George Soros, à l’ex-président Barack Obama, à son ex-vice-président Joe Biden, à l’ex-secrétaire d’État Hillary Clinton, à l’acteur Robert De Niro, à l’ex-ministre de la Justice Eric Holder et aux élues démocrates californiennes Maxine Waters et Kamala Harris. Un colis suspect avait également été acheminé à la chaîne de télévision CNN.

Avec l'Agence France-Presse et l'Associated Press

4 commentaires
  • Claude Girard - Abonné 27 octobre 2018 07 h 50

    À bien y penser

    Entre l’obsession de Donald Trump contre les journalistes et l’affaire de Jamal Khashoggi, il n’y a pas une grande différence. C’est plutôt « proches parents ».

  • Serge Picard - Abonné 27 octobre 2018 09 h 55

    L'empire américain.

    Comme au États-unis en ce moment l'histoire nous a appris que l'humanité a constaté à plusieurs reprises le déclin des grands empires.

  • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2018 15 h 30

    Enfin!

    Il me semble que pareille camion ainsi ''décorée'' aurait dû éveiller quelques soupçons. Pas si alerte, il me semble, tous ces policiers! Enfin l'auteur présumé est finalement sous les verrous.

    M.L.

    • Michel Lebel - Abonné 27 octobre 2018 21 h 29


      Excusez l'erreur grammaticale ou d'étourderie pour le camion!


      M.L.