Le prince saoudien ne savait rien, relaie Trump

Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a rencontré Mohammed ben Salmane à Riyad, mardi.
Photo: Leah Millis Pool Agence France-Presse Le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a rencontré Mohammed ben Salmane à Riyad, mardi.

La couronne saoudienne ne savait rien de la disparition du journaliste Jamal Khashoggi, vu pour la dernière fois au consulat saoudien à Istanbul il y a deux semaines, relayait Donald Trump mardi après-midi, après une conférence téléphonique avec le prince héritier Mohammed ben Salmane.

Dépêché en Arabie saoudite pour s’entretenir en personne avec le roi Salmane et son fils de 33 ans, le secrétaire d’État américain, Mike Pompeo, a quant à lui indiqué qu’il voyait un « engagement sérieux » des Saoudiens à rendre des comptes. Riyad est d’accord pour une enquête « approfondie » sur la disparition de Khashoggi, annonçait aussi Washington.

Mardi, l’hypothèse de l’assassinat semblait bel et bien se confirmer, quand un haut dirigeant turc a confié à Associated Press, sous le couvert de l’anonymat, que les enquêteurs ont trouvé des éléments qui portent à croire que M. Khashoggi a été tué sur place.

Des responsables saoudiens affirment depuis le début que les allégations de meurtre sont « non fondées », mais des informations parues dans la presse américaine mardi laissent entendre que le royaume pourrait reconnaître que le journaliste a été tué.

La responsabilité de sa mort pourrait être attribuée à un agent des renseignements saoudiens qui, lors d’un interrogatoire de M. Khashoggi, aurait fait preuve d’un excès de zèle pour plaire à la famille royale.

Un allié embêtant

D’autre part, l’alliance que les États-Unis entretiennent avec l’Arabie saoudite ne signifie pas que Washington « ignore ou minimise » la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, a assuré mardi une responsable américaine.

Cette membre du gouvernement de Donald Trump, qui exposait aux journalistes de nouvelles sanctions américaines contre l’Iran, a été interrogée sur l’importance de Riyad dans la mise en oeuvre de la « campagne de pression maximale » contre Téhéran.

Plusieurs observateurs pensent que les États-Unis sont réticents à sanctionner le royaume saoudien, même s’il devait être établi qu’il a joué un rôle dans la disparition, voire la mort du journaliste, de peur de perdre un allié clé dans la région.

Le président Trump a menacé Riyad d’un « châtiment sévère » si l’Arabie saoudite est derrière la disparition du journaliste après son entrée au consulat saoudien d’Istanbul le 2 octobre. Mais il a aussi d’ores et déjà exclu de restreindre les ventes d’armes au royaume.

Donald Trump a réclamé mardi l’application du principe de présomption d’innocence en faveur de l’Arabie saoudite dans la crise provoquée par la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi. « Une fois encore, vous savez que vous êtes coupable avant que votre innocence ne soit prouvée. Je n’aime pas ça », a déclaré Donald Trump dans un entretien avec l’agence AP.

Washington semble tenter d’afficher une certaine fermeté tout en ménageant, à ce stade, son allié saoudien, tandis que d’influents sénateurs républicains se montrent beaucoup plus durs, mettant directement en cause Riyad et menaçant d’adopter des sanctions « fortes ».

D’ailleurs, pendant que M. Pompeo était accueilli à Riyad, mardi, le sénateur républicain Lindsey Graham a avancé, en entrevue au réseau de télévision Fox, que le prince hériter avait fait tuer le journaliste.

Les investisseurs boudent Riyad

M. Khashoggi a beaucoup écrit pour le Washington Post concernant l’Arabie saoudite, critiquant sa guerre au Yémen, ses récents affrontements diplomatiques avec le Canada et son arrestation de militantes des droits des femmes après la levée de l’interdiction de conduire. Ces politiques sont toutes considérées comme des initiatives du prince Mohammed, le fils du roi Salmane qui sera le prochain à grimper sur le trône.

Le prince Mohammed fait une promotion agressive du royaume pour attirer des investissements étrangers. Mais la disparition de M. Khashoggi a conduit plusieurs chefs d’entreprise et médias à se retirer de la prochaine conférence sur l’investissement à Riyad, baptisée Future Investment Initiative.

Ils comprennent le p.-d.g. d’Uber, une société dans laquelle l’Arabie saoudite a investi des milliards de dollars ; le milliardaire Richard Branson ; Jamie Dimon, directeur général de JPMorgan Chase ; et Bill Ford, le président de Ford.

Le G7 veut une enquête

Les ministres des Affaires étrangères du G7 se sont dits mardi « très préoccupés » par la disparition de Jamal Khashoggi et ont appelé à une enquête « minutieuse, crédible, transparente et rapide » de la part de l’Arabie saoudite, selon un communiqué. « Nous sommes très préoccupés par la disparition du journaliste réputé Jamal Khashoggi. Ceux qui portent la responsabilité de cette disparition doivent rendre des comptes », ont-ils ajouté.
 

Selon le New York Times, l’un des hommes identifiés par les autorités turques comme faisant partie des responsables de la disparition de Jamal Khashoggi appartient à l’entourage du prince héritier Mohammed ben Salmane. Les autorités turques ont diffusé une photo de cet homme, Maher Abdulaziz Mutreb, arrivant à l’aéroport d’Istanbul.

 

Le quotidien new-yorkais ajoute que trois autres suspects ont été liés par des témoins ou d’autres sources aux services de sécurité attachés au prince héritier.

 

Et selon le Washington Post, Ankara a déclaré aux États-Unis détenir des enregistrements audio et vidéo montrant comment Jamal Khashoggi a été « interrogé, torturé puis tué » à l’intérieur du consulat, avant que son corps ne soit démembré.

Avec l'Agence France-Presse et Associated Press

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