La Floride est encore sonnée après «Michael»

Un bateau gisait jeudi au milieu des débris sur les rives de Mexico Beach.
Photo: Gerald Herbert Associated Press Un bateau gisait jeudi au milieu des débris sur les rives de Mexico Beach.

Après le passage de l’ouragan Michael sur le nord-ouest de la Floride, secouristes et militaires s’affairaient jeudi à venir en aide aux citoyens frappés par la catastrophe naturelle, qui a fait au moins six morts, selon les autorités locales.

Le bilan des décès — fixé à deux en début de journée — s’est alourdi alors que l’ouragan, rétrogradé en tempête tropicale, poursuivait sa course vers l’Atlantique. Et selon les autorités, ce chiffre pourrait grimper dans les prochains jours au rythme des recherches dans les secteurs les plus durement touchés.

Au moment où ces lignes étaient écrites, Michael avait survolé la Géorgie, puis provoqué des crues soudaines en Caroline du Nord et en Virginie, inondant des régions qui ne se sont pas encore entièrement remises de l’impact de l’ouragan Florence.

Rues jonchées d’arbres déracinés, maisons aux toitures éventrées, si ce n’est carrément soufflées par les vents : le réveil a été brutal jeudi pour les habitants de la région du « Panhandle de Floride », où Michael a d’abord touché terre.

Certaines maisons aux fines cloisons de bois ont été mises en pièces. Des auvents et des façades se sont écroulés sur des voitures. Dans la marina de Panama City, des voiliers ont été projetés les uns contre les autres.

Le gouverneur de la Floride, Rick Scott, a déclaré que la péninsule s’était réveillée « dans une destruction inimaginable ». Il a exhorté les habitants des zones dévastées à rester à l’écart. « Je sais que vous voulez juste rentrer chez vous […] mais il faut d’abord s’assurer que tout est sécuritaire. »

« C’était un spectacle très triste, ce matin, relate Martin Trahan, joint par Le Devoir à Panama City. Quand je me suis levé, j’avais vraiment une boule dans l’estomac. Je regarde autour de moi et la presque-totalité des arbres sont déracinés ou brisés. »

Ce Québécois qui faisait une traversée des États-Unis en canot a dû s’arrêter à son 166e jour d’expédition, lundi, quand il a réalisé l’ampleur de l’ouragan qui devait toucher la Floride. Il a trouvé refuge chez un Américain rencontré sur l’eau quelques jours auparavant.

Accès difficile

Des centaines de milliers de personnes restaient jeudi privées de courant dans plusieurs États du sud-est des États-Unis et les communications demeuraient très difficiles. « Les gens ici ne sont pas en mesure de prendre des nouvelles de leurs proches parce que leur cellulaire ne fonctionne pas, explique Martin Trahan. La seule façon de savoir si la famille va bien, c’est de sauter dans le camion et d’aller les visiter en personne. »

Les routes restaient elles aussi difficilement praticables jeudi, entravées par des arbres sectionnés et des poteaux électriques arrachés.

Patrick de Bellefeuille, météorologue à MétéoMédia, raconte que deux heures et demie lui ont été nécessaires pour se rendre de Panama City à Mexico Beach (autre ville sévèrement touchée), alors qu’une quarantaine de kilomètres les séparent.

M. de Bellefeuille s’est envolé mardi pour la Floride pour y couvrir la catastrophe, posant ses pénates en soirée, avec sa petite équipe, à Panama City. Ils ont repéré à leur arrivée un stationnement étagé en béton, protégé des côtes par un luxueux hôtel.

« On s’y est installés mercredi matin à 8 h et on est restés jusqu’à environ 16 h. Pendant 1 h 30, le mur de l’oeil de l’ouragan [la ceinture nuageuse autour de l’oeil charriant pluies diluviennes et rafales violentes] nous est passé au-dessus de la tête. L’oeil comme tel est passé à peu près à dix kilomètres d’où on était. »

Mais la force de l’ouragan était telle que le météorologue avoue avoir eu la frousse lorsque ses collègues et lui ont senti le sol bétonné de l’imposant stationnement onduler sous leurs pieds. Les rafales dépassaient les 200 km/h. « En images, j’ai déjà vu ça. Mais comme ça, de visu, je n’ai jamais vu une chose pareille. »

Patrick de Bellefeuille arpentait les rues de Mexico Beach, où la « destruction est totale et complète », lorsque Le Devoir l’a contacté jeudi.

« Cet ouragan a probablement généré plusieurs tornades — ce qui est normal pour un ouragan tout près d’être classé catégorie 5 — et beaucoup des dégâts [qu’on a observés aujourd’hui à Mexico Beach] sont dus à ces tornades-là. »

La reconstruction « va être rapide. On fera en sorte qu’elle soit rapide », a promis jeudi le président américain, Donald Trump, sur les ondes de la chaîne Fox News. L’ouragan était « incroyablement destructeur et puissant », a-t-il commenté. M. Trump a indiqué qu’il se rendrait « très rapidement en Floride », sans préciser de date.

Les États-Unis ont subi l’an dernier huit tempêtes de forte puissance et trois ouragans majeurs — Irma, Maria et Harvey. Ce dernier a provoqué 125 milliards de dollars de dégâts et inondé la métropole de Houston, au Texas.

Avec l’Agence France-Presse et Associated Press