Le juge Kavanaugh en voie d’obtenir son poste à la Cour suprême américaine

Sauf coup de théâtre, une courte majorité de sénateurs devraient valider la nomination de Brett Kavanaugh.
Photo: Andrew Caballero-Reynolds Agence France-Presse Sauf coup de théâtre, une courte majorité de sénateurs devraient valider la nomination de Brett Kavanaugh.

Donald Trump devrait remporter samedi une victoire de haute lutte avec la confirmation attendue de son candidat à la Cour suprême, le juge Brett Kavanaugh, qui devrait satisfaire son électorat conservateur à un mois, jour pour jour, des élections parlementaires.

Le Sénat, chargé de donner le feu vert pour les nominations à vie au sein du temple du droit américain, doit voter après 15 h 30 sur la candidature du magistrat de 53 ans, au terme d’un processus de confirmation chaotique, marqué par des accusations à son encontre d’agression sexuelle lorsqu’il était adolescent.

Sauf coup de théâtre, une courte majorité de sénateurs devraient valider sa nomination. À l’exception d’un élu dans chaque camp, les républicains devraient tous voter pour et les démocrates contre.

M. Trump, soutien indéfectible du juge Kavanaugh, a salué samedi sur Twitter « un grand jour pour l’Amérique », alors qu’environ 200 manifestants se rassemblaient devant le Capitole pour protester contre sa nomination. Fait rare, la police a installé des barrières métalliques autour de l’imposant bâtiment et filtrait les entrées.

La veille, des manifestations avaient rassemblé plusieurs milliers de personnes à Washington et à New York.

Progressistes minoritaires

Le juge devrait prêter serment dans les jours suivants et rejoindre la plus haute juridiction des États-Unis, qui vérifie la constitutionnalité des lois et arbitre les conflits les plus épineux de la société américaine (droit à l’avortement, peine de mort, encadrement des armes à feu, mariage homosexuel, protection de l’environnement…)

L’arrivée de ce fervent défenseur des valeurs conservatrices placera les juges progressistes — quatre sur neuf — en minorité pour potentiellement de nombreuses années.

Il s’agit d’un revers pour les démocrates et défenseurs des droits civiques qui s’étaient mobilisés dès sa nomination en juillet pour tenter d’empêcher sa confirmation.

Malgré leurs efforts, Brett Kavanaugh, un brillant magistrat, était en bonne voie pour être confirmé quand une femme l’a accusé mi-septembre d’une tentative de viol remontant à une soirée entre lycéens en 1982.

Cette accusation a fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un pays sensibilisé à la question des violences sexuelles depuis le lancement du mouvement #MeToo dans le sillage de la dénonciation du producteur Harvey Weinstein.

Lors d’une audition au Sénat suivie par vingt millions d’Américains, Christine Blasey Ford, universitaire de 51 ans, s’est dite sûre « à 100 % » d’avoir été agressée par M. Kavanaugh alors qu’elle n’avait que 15 ans et lui 17.

En colère, le magistrat a clamé son innocence et s’est dit victime d’une campagne de dénigrement orchestrée par l’extrême gauche.

Sous la pression d’élus indécis, le Sénat a alors demandé un complément d’enquête à la police fédérale (FBI), qui a rendu sa copie mercredi soir.

Le rapport a conforté les républicains, qui n’y ont « rien » trouvé de compromettant, et ont immédiatement enclenché la phase finale du processus de confirmation.

Les avocats de Mme Ford ont eux estimé que ce rapport n’était pas « significatif », car ni Mme Ford ni le juge Kavanaugh n’ont été interrogés.

« Pas le bon homme »

Vendredi, les sénateurs ont exprimé leur position lors d’un vote de procédure.

Or, sur les quatre élus ayant jusque-là réservé leur décision, trois — les républicains Jeff Flake et Susan Collins, le démocrate Joe Manchin — ont annoncé qu’ils allaient voter « oui ».

Dans le camp présidentiel, seule Lisa Murkowski devait faire défection. « Brett Kavanaugh n’est pas le bon homme pour la Cour en ce moment », a-t-elle expliqué à la presse.

Elle compte voter « non », a-t-elle précisé vendredi soir, mais souhaite être simplement inscrite comme « présente » dans le décompte final « par courtoisie » envers un sénateur républicain, afin qu’il puisse assister au mariage de sa fille dans le Montana.

« Ça ne changera pas le résultat du vote », a-t-elle assuré, ajoutant : « Nous devons au peuple américain de retrouver un processus moins acrimonieux ».

Susan Collins a aussi longuement justifié son choix, soulignant que le juge Kavanaugh avait droit à « la présomption d’innocence » alors que les accusations n’étaient pas prouvées.

« Je ne crois pas que ces accusations puissent équitablement empêcher le juge Kavanaugh de servir à la Cour », a-t-elle ajouté.

Reste à voir l’impact de ce vote sur les élections parlementaires du 6 novembre : va-t-il pousser les femmes à voter pour les démocrates ? Les conservateurs vont-ils vouloir remercier les républicains ou vont-ils se démobiliser maintenant que leur demande est satisfaite ? Réponse dans un mois.