Collins fait pencher la balance en faveur de Kavanaugh

La sénatrice républicaine Susan Collins a confirmé vendredi auprès des membres de la presse qu’elle appuierait la nomination du juge Kavanaugh, à Washington.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse La sénatrice républicaine Susan Collins a confirmé vendredi auprès des membres de la presse qu’elle appuierait la nomination du juge Kavanaugh, à Washington.

Le juge Brett Kavanaugh est quasi assuré d’entrer à la Cour suprême après le ralliement vendredi d’élus indécis qui — sauf coup de théâtre — devraient offrir ainsi une importante victoire politique au président Donald Trump à un mois d’élections à haut risque.


Après un premier vote de procédure, passé à une courte majorité (51 pour, 49 contre), deux sénateurs susceptibles de changer d’avis avant le vote final ont fait savoir qu’ils voteraient bien en faveur du magistrat conservateur, dont la candidature divise les États-Unis.


« Honte à vous », ont scandé des manifestants rassemblés devant les bureaux de la républicaine Susan Collins et du démocrate Joe Manchin, après l’annonce de leur choix. « Merci, Sénatrice Collins, d’être fidèle à vos convictions », a au contraire tweeté la porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Sanders.


Sauf surprise, le vote final — qui pourrait intervenir dès samedi — devrait donc être la copie fidèle de celui enregistré vendredi. Sur les 51 sénateurs républicains, seule Lisa Murkowski ne soutient pas le juge Kavanaugh. Ce « n’est pas l’homme qu’il faut pour la Cour en ce moment », a-t-elle déclaré à la presse. Les démocrates ont voté contre, à l’exception de Joe Manchin, habitué à rallier la majorité.


Le président Trump, qui n’a jamais lâché le juge Kavanaugh, même lorsqu’il a été accusé d’agressions sexuelles remontant à sa jeunesse, s’était dit « fier » des sénateurs après leur premier vote.


Le milliardaire a promis à ses électeurs de nommer un juge conservateur à la Cour suprême et espérait pouvoir s’en prévaloir avant les élections parlementaires du 6 novembre, qui risquent de lui faire perdre sa majorité à la Chambre des représentants.


« Ton tranchant »


La Cour suprême est l’arbitre des questions de société les plus épineuses aux États-Unis : peine de mort, droit à l’avortement, lois sur les armes à feu, mariage homosexuel… L’entrée de Brett Kavanaugh, 53 ans, en son sein placerait les juges progressistes en minorité pour des décennies.


Malgré la vive opposition des démocrates, Brett Kavanaugh, un brillant magistrat, était en bonne voie pour être confirmé quand une femme est sortie de l’ombre mi-septembre et l’a accusé d’une tentative de viol remontant à une soirée entre lycéens en 1982.


Ces affirmations ont fait l’effet d’un coup de tonnerre dans un pays sensibilisé à la question des violences sexuelles depuis la dénonciation du producteur Harvey Weinstein et de dizaines d’hommes de pouvoir dans le sillage du mouvement #MeToo.


Lors d’une audition au Sénat suivie par vingt millions d’Américains, Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, s’est dite sûre « à 100 % » d’avoir été agressée par le jeune Kavanaugh. En colère et offensif, le magistrat s’est dit dans la foulée tout aussi certain de son innocence.


« Message démoralisant »


Démarche extrêmement rare pour un candidat à la Cour suprême, ce dernier s’est expliqué dans une tribune publiée par le Wall Street Journal sur ce ton « tranchant ». « J’ai dit des choses que je n’aurais pas dû dire. J’espère que tout le monde peut comprendre que j’étais là-bas en tant que fils, mari et père », a-t-il justifié.


Face à deux vérités irréconciliables, le Sénat avait, sous la pression d’élus indécis, demandé un complément d’enquête à la police fédérale (FBI), qui a rendu sa copie mercredi soir. Le rapport a conforté les républicains, qui n’y ont « rien » trouvé de compromettant, mais les démocrates ont dénoncé une enquête tronquée.


Vendredi, dans un long discours devant ses collègues, Susan Collins a justifié son choix de soutenir le juge Kavanaugh en assurant qu’il était « plus centriste que le portrait dressé par ses détracteurs ». Ses opposants le dépeignent comme un opposant à la peine de mort et défenseur du port d’armes, ce qu’il s’est gardé de confirmer pendant le processus de confirmation.


Quant aux accusations de Mme Blasey Ford, « elles n’atteignent pas le palier de “plus probable qu’improbable” », a estimé la sénatrice. Il ne faudrait toutefois pas en conclure que le Sénat donne un blanc-seing aux auteurs de violences sexuelles, a-t-elle pris le soin de préciser.


Sans convaincre. « Si le Sénat confirme Kavanaugh, cela va envoyer un message clair et démoralisant aux Américains : si vous êtes agressé sexuellement, il vaut mieux rester silencieux », a estimé l’organisation féministe Equality Now.