Les républicains prêts à confirmer le juge Kavanaugh

Des milliers de manifestants se sont rassemblés jeudi à Washington pour s’opposer à la nomination à la Cour suprême de Brett Kavanaugh. Le juge est accusé d’agressions sexuelles.
Photo: Jim Watson Agence France-Presse Des milliers de manifestants se sont rassemblés jeudi à Washington pour s’opposer à la nomination à la Cour suprême de Brett Kavanaugh. Le juge est accusé d’agressions sexuelles.

Un rapport du FBI sur les accusations d’agression sexuelle visant Brett Kavanaugh a conforté jeudi les républicains dans leur soutien au candidat de Donald Trump à la Cour suprême, qu’ils espèrent confirmer dès samedi.

Des milliers d’opposants au juge Kavanaugh ont manifesté au même moment à Washington pour appeler les sénateurs à bloquer l’entrée du magistrat conservateur dans le temple du droit américain.

Les sénateurs ont pu consulter jeudi matin, dans une salle fermée, un rapport confidentiel de la police fédérale, qui a mené un complément d’enquête sur le juge Kavanaugh, accusé par plusieurs femmes d’agression sexuelle ou de comportements inappropriés remontant à sa jeunesse.

Il n’y a « rien » de nouveau dans ce rapport, a assuré le chef républicain de la Commission judiciaire du Sénat, Chuck Grassley. Selon lui, « cette enquête n’a trouvé aucune trace de comportements inappropriés ».

« Ce qui est notable avec ce rapport, ce n’est pas ce qui est dedans, mais ce qui n’y est pas », a souligné la sénatrice démocrate Dianne Feinstein, en dénonçant une enquête « incomplète ».

« Nous demandons que les directives transmises au FBI par la Maison-Blanche […] soient rendues publiques parce que nous pensons qu’elles ont fortement restreint l’enquête », a ajouté le chef des démocrates au Sénat, Chuck Schumer.

« Obstructionnistes », leur a renvoyé Donald Trump. « S’il y avait eu 100 enquêtes » du FBI, les démocrates auraient encore trouvé à redire, a-t-il jugé sur Twitter, en demandant au Sénat de passer désormais au vote sur son candidat, « un homme bien, d’un grand intellect ».

Nous demandons que les directives transmises au FBI par la Maison-Blanche […] soient rendues publiques parce que nous pensons qu’elles ont fortement restreint l’enquête

 

Les yeux rivés sur trois sénateurs

Un premier vote de procédure est prévu vendredi matin au Sénat, chargé par la Constitution de valider les nominations à vie à la Cour suprême. M. Grassley a souhaité que le vote final se tienne dès samedi.

Depuis que l’affaire Kavanaugh a éclaté mi-septembre, perturbant une confirmation qui semblait acquise au magistrat farouche défenseur des valeurs conservatrices, les débats n’ont cessé de gagner en intensité.

La haute cour est l’arbitre des questions de société les plus épineuses aux États-Unis : peine de mort, droit à l’avortement, lois sur les armes à feu, mariage homosexuel… L’entrée de Brett Kavanaugh, 53 ans, en son sein, placerait les juges progressistes en minorité pour de nombreuses années.

Les républicains, qui détiennent une courte majorité au Sénat (51 sièges sur 100), soutiennent quasi tous le candidat de Donald Trump, mais trois d’entre eux n’ont toujours pas fait connaître leurs intentions et pourraient faire basculer l’issue du vote.

Tous les regards étaient braqués sur eux jeudi. Deux d’entre eux, le sénateur républicain Jeff Flake et sa consoeur Susan Collins ont loué « une enquête très approfondie ».

Les ennuis de M. Kavanaugh ont commencé quand une universitaire de 51 ans, Christine Blasey Ford, est sortie de l’ombre pour l’accuser d’une tentative de viol remontant à une soirée alcoolisée de 1982 alors qu’ils étaient adolescents.

Le juge, qui nie catégoriquement, et la chercheuse ont été auditionnés il y a une semaine au Sénat lors d’une audience forte en émotions, suivie par 20 millions d’Américains.

Devant deux vérités irréconciliables, le Sénat avait ensuite demandé, sous la pression de Jeff Flake, un complément d’enquête au FBI.

Mais les enquêteurs ont créé de fortes frustrations en limitant leurs interrogatoires à neuf personnes.

Ni le juge ni Mme Blasey Ford n’ont été entendus. Cette enquête fait « tâche », ont donc critiqué les avocats de cette dernière dans un courrier adressé au directeur du FBI.

Une autre femme, Deborah Ramirez, qui a accusé le futur juge d’avoir exhibé son sexe devant elle lors d’une soirée arrosée à l’université, a bien été auditionnée, mais une troisième femme, qui a accusé le juge d’avoir eu, jeune, des comportements agressifs envers les femmes sous l’effet de l’alcool, ne l’a pas été.