La Maison-Blanche se défend de vouloir limiter l’enquête du FBI sur Kavanaugh

Devant le comité judiciaire du Sénat américain, le juge Brett Kavanaugh a réfuté avec véhémence jeudi dernier les allégations d’agressions sexuelles qui pèsent contre lui.
Photo: Tom Williams Pool / Agence France-Presse Devant le comité judiciaire du Sénat américain, le juge Brett Kavanaugh a réfuté avec véhémence jeudi dernier les allégations d’agressions sexuelles qui pèsent contre lui.

La Maison-Blanche l’affirme : l’enquête du FBI, consentie par Donald Trump, sur le juge Kavanaugh, candidat à la Cour suprême accusé d’agression sexuelle, se fera en totale indépendance même si l’opposition critique sa portée limitée et craint une ingérence politique.

Sous la pression des démocrates et d’une poignée de républicains, le président américain a ordonné vendredi au FBI de « mener une enquête complémentaire » sur Brett Kavanaugh au lendemain d’auditions passionnelles au Sénat.

Devant les sénateurs, qui doivent approuver la nomination du juge conservateur, une femme de 51 ans, Christine Blasey Ford, l’a accusé d’avoir essayé de la violer alors qu’ils étaient adolescents en 1982, au cours d’une soirée alcoolisée.

Parole contre parole, le juge et son accusatrice se sont dits certains « à 100 % » de leurs souvenirs, 36 ans après. Elle est certaine qu’il est son agresseur ; il affirme catégoriquement n’avoir jamais assisté à cette fête et n’avoir jamais eu de comportement violent ou déplacé à l’égard des femmes.

Devant l’impasse au Sénat, où les républicains disposent d’une très faible majorité, le FBI a été appelé à la rescousse.

Mais l’étendue de son enquête et le nombre de témoins interrogés font l’objet de vives inquiétudes chez les démocrates, qui craignent un processus bâclé conduisant dans quelques jours à la confirmation de la nomination du juge.

« La Maison-Blanche n’intervient pas, nous n’allons pas faire de la microgestion », a promis Sarah Sanders, porte-parole de la présidence américaine, dimanche sur Fox News.

La Maison-Blanche n’intervient pas, nous n’allons pas faire de la microgestion. [...] C’est le Sénat qui dicte les termes.

« C’est le Sénat qui dicte les termes » de l’enquête, a-t-elle ajouté. Samedi soir, Donald Trump avait lui-même affirmé que le FBI avait « carte blanche ».

Mais selon le New York Times, c’est bien la Maison-Blanche, en concertation avec des parlementaires républicains, qui décidera de la profondeur de l’enquête.

Deux témoins qui pourraient contredire les affirmations de Brett Kavanaugh sur ses penchants pour l’alcool pendant sa jeunesse auraient ainsi été écartés.

Le FBI a également la possibilité d’interroger Mark Judge, l’ami de jeunesse de Brett Kavanaugh, identifié par Christine Blasey Ford comme étant présent au moment de l’agression présumée au début des années 1980. Il a d’ores et déjà indiqué qu’il coopérerait avec la police fédérale.

Craintes d’ingérence

Sur la chaîne ABC dimanche, la sénatrice démocrate Mazie Hirono a appelé à une enquête « complète ». « Nous avons le temps d’aller au bout des choses », a-t-elle insisté.

Sur CNN, sa collègue démocrate Amy Klobuchar s’est inquiétée que le gouvernement « tente de limiter l’enquête à quelques témoins ou leur dise quoi faire ».

Des propos qui n’ont pas manqué de fait réagir le président, visiblement impatient que le processus de confirmation de son candidat soit achevé.

« Wow ! Je commence à entendre les démocrates, qui ne pensent qu’à l’obstruction et au retard, utiliser les mots “temps” et “portée” […] Allô ! Pour eux, ça ne sera jamais assez », a-t-il tweeté dimanche.

Dans la matinée, sa conseillère Kellyanne Conway avait rappelé les règles : « La portée sera limitée. Elle [l’enquête] doit durer une semaine, et a commencé vendredi. Ils [les policiers] ne sont pas censés jeter leurs filets à l’aveuglette. »

Appelant à dépolitiser les affaires d’agression sexuelle, l’ancienne directrice de campagne du milliardaire républicain a également révélé en direct lors de son entrevue avoir été elle-même victime d’agression sexuelle.

Comme Sarah Sanders, elle a expliqué croire les deux contradicteurs, Brett Kavanaugh et Christine Blasey Ford. « Ils peuvent tous les deux avoir raison », a-t-elle dit, reprenant la thèse d’une méprise sur l’identité de l’agresseur.

Les républicains se sont bien gardés de critiquer directement Christine Blasey Ford, une chercheuse en psychologie, dont les accents de sincérité lors de son témoignage ont touché l’Amérique.

Brett Kavanaugh fait cependant l’objet d’accusations de la part de deux autres femmes, qu’il a rejetées avec véhémence. L’une d’elles, Deborah Ramirez, devrait être entendue par le FBI, selon les médias américains.

Elle affirme que je juge s’est livré à des gestes sexuels déplacés lors d’une soirée, également très arrosée, lorsqu’ils étaient étudiants à l’Université de Yale.

Joint par l’AFP, le FBI a refusé tout commentaire sur son enquête, renvoyant la requête vers la Maison-Blanche.