Une semaine cruciale au Sénat américain

Le candidat de Donald Trump, Brett Kavanaugh, a vigoureu-sement démenti les allégations de Mme Blasey Ford et a accepté d’être lui aussi entendu par le Sénat cette semaine.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le candidat de Donald Trump, Brett Kavanaugh, a vigoureu-sement démenti les allégations de Mme Blasey Ford et a accepté d’être lui aussi entendu par le Sénat cette semaine.

Républicains et démocrates ont chacuns cherché dimanche à garder la main avant l’audition cruciale jeudi de la femme qui accuse d’agression sexuelle le juge Kavanaugh, candidat de Donald Trump à la Cour suprême.

Après des jours de négociations et de bras de fer entre les républicains de la commission judiciaire du Sénat et les avocats de Christine Blasey Ford, un accord a été scellé dimanche sur la date et l’heure de l’audition publique, qui promet d’attirer tous les regards.

« Malgré les menaces actuelles pour sa sécurité et sa vie, le Dr Ford croit qu’il est important pour les sénateurs de l’entendre directement », ont indiqué les conseils de Christine Blasey Ford, cités par des médias.

Bien qu’ayant initialement demandé à être entendue après son agresseur présumé, Mme Blasey Ford a finalement accepté d’être auditionnée la première, jeudi matin.

À quelques semaines des élections de mi-mandat, que les démocrates souhaitent transformer en référendum anti-Trump, l’enjeu de ces auditions est double. Les témoignages de Christine Blasey Ford et de Brett Kavanaugh pourraient ainsi peser sur le scrutin, mais aussi sur la désignation du magistrat à la Cour suprême, qui ferait basculer à droite la plus haute juridiction américaine.

Dans son témoignage initialement paru dans le Washington Post, Christine Blasey Ford avait expliqué que Brett Kavanaugh et un ami, « complètement ivres », l’avaient coincée dans une chambre, plaquée sur un lit et avaient cherché à la déshabiller, avant qu’elle ne parvienne à s’enfuir. L’agression se serait déroulée au début des années 1980, lors d’une soirée arrosée entre lycéens dans la banlieue de Washington. Elle était âgée de 15 ans, lui en avait 17.

Des accusations vigoureusement démenties par Brett Kavanaugh, qui a accepté d’être entendu lui aussi par le Sénat.

Enjeux politiques

La question du calendrier du vote pour la confirmation de la nomination du juge Kavanaugh fait l’objet de tractations tendues, avec les élections de mi-mandat dans le viseur. Les républicains pourraient perdre leur majorité au Congrès et risqueraient alors d’avoir des difficultés à faire confirmer le candidat de M. Trump pour la Cour suprême. L’objectif est donc de voter avant le 6 novembre.

Les démocrates, eux, soutiennent le souhait de Mme Blasey Ford d’être entendue par le FBI, ce qui retarderait le processus de confirmation. Dans une lettre adressée dimanche à Donald Trump, le chef de file des démocrates au Sénat, Chuck Schumer, et celle des démocrates à la commission judiciaire, Dianne Feinstein, ont demandé au président d’ordonner au FBI l’ouverture d’une enquête sur l’agression présumée de Christine Blasey Ford.

Donald Trump s’est jusqu’ici opposé à l’intervention du FBI dans ce dossier.

Dimanche, les républicains membres de la commission judiciaire, qui la contrôlent, ont contre-attaqué en révélant avoir déjà mené leur propre enquête sur l’affaire. Dans un communiqué, ils citent les noms de trois personnes qui auraient été présentes lors de l’agression, selon Mme Blasey Ford.

Joints par les sénateurs républicains, tous ont affirmé n’avoir aucun souvenir non seulement des faits, mais aussi de la soirée en elle-même. Ils soulignent que l’ancienne camarade de classe de Mme Blasey Ford qui avait publié mercredi sur Facebook un message affirmant que l’incident avait bien eu lieu, même si elle n’était pas présente, s’est depuis rétractée.

#WhyIDidntReport

D’abord sur la réserve, Donald Trump est venu à la rescousse de son candidat vendredi, mettant en doute la véracité des accusations de Mme Blasey Ford, s’en prenant à son silence de plus de 30 ans. « Si les attaques avaient été aussi graves que ce que dit le Dr Ford, il y aurait eu une plainte d’elle ou de ses parents », a tweeté le président.

Si les attaques avaient été aussi graves que ce que dit le Dr Ford, il y aurait eu une plainte d’elle ou de ses parents

Tollé immense aux États-Unis, où des milliers de personnes, rassemblées derrière la bannière #WhyIDidntReport sur Twitter (« Pourquoi je n’ai pas porté plainte »), se présentant comme victimes d’agression sexuelle, ont expliqué les raisons de leur silence.

Deux tiers des Américains disent suivre au moins d’un peu près ces allégations, selon le sondage YouGov.