Cour suprême: le candidat de Trump et son accusatrice comptent leurs troupes

John Cornyn, numéro deux des républicains au Congrès, a répondu aux questions des journalistes, mardi à Washington.
Photo: Jacquelyn Martin Associated Press John Cornyn, numéro deux des républicains au Congrès, a répondu aux questions des journalistes, mardi à Washington.

Donald Trump s’est dit lundi solidaire de son candidat à la Cour suprême, Brett Kavanaugh, accusé d’une agression sexuelle remontant aux années 1980 par une femme qui, appelée à témoigner au Sénat, tarde à faire connaître ses intentions.

Le juge Kavanaugh, 53 ans, « ne mérite pas ça », a déclaré le président américain lors d’une conférence de presse. « Je me sens vraiment mal pour lui, sa femme […] et ses deux merveilleuses filles. »

Quant à son accusatrice, « j’espère qu’elle va s’avancer pour plaider son cas », a ajouté le locataire de la Maison-Blanche, alors que la commission judiciaire du Sénat a prévu d’auditionner les deux protagonistes lundi prochain.

Christine Blasey Ford, une universitaire de 51 ans, accuse le juge Kavanaugh de l’avoir agressée sexuellement lors d’une soirée arrosée en banlieue de Washington il y a 36 ans, ce qu’il dément vigoureusement.

Ses accusations pourraient faire dérailler la confirmation de Brett Kavanaugh et infliger du même coup un camouflet au président Trump à près de six semaines d’élections parlementaires à haut risque pour l’exécutif.

Le débat prend un relief particulier dans le sillage du mouvement #MeToo, qui en un an a fait chuter des dizaines de personnalités.

Mais l’enjeu va bien au-delà. La Cour suprême est l’arbitre des principales questions de société aux États-Unis, tranchant aussi bien sur le droit à l’avortement que les armes à feu ou le mariage homosexuel.

Or le juge Kavanaugh, un conservateur proche des républicains, est censé remplacer un juge plus modéré. Sa nomination à vie ferait donc basculer pour de longues années la plus haute juridiction du pays dans le conservatisme.

Par « devoir civique », la chercheuse en psychologie avait fait savoir lundi, par le biais de son avocate, qu’elle se tenait prête à témoigner au Sénat, qui aux États-Unis a le dernier mot sur les nominations à la Cour suprême.

Le juge Kavanaugh avait en parallèle réclamé d’être entendu pour défendre son « honneur ».

« Mascarade »

La commission judiciaire du Sénat a donc décidé lundi soir de les convoquer pour une audition publique. Mais le flou régnait mardi sur les intentions de Mme Blasey.

« Nous avons essayé de la contacter par courriel à trois ou quatre reprises au cours des trente-six dernières heures, mais nous n’avons pas eu de réponse », a assuré le sénateur républicain Chuck Grassley, chef de la commission. « Cela pose la question : veut-elle une audience publique ? »

« Si elle préfère une audience à huis clos, c’est son choix, nous lui avons offert les deux options », a ajouté le numéro deux des républicains au Congrès, John Cornyn.

D’après les élus démocrates, la Californienne n’a pas eu l’occasion de donner son feu vert. Ils se sont également émus que seuls deux témoins soient convoqués, un nombre « pas sérieux » à leurs yeux. Leur demande d’enquête professionnelle, par le FBI, a également été balayée par le président Trump, seul habilité à la demander.

La sénatrice démocrate Kirsten Gillibrand a dénoncé une « mascarade d’audition », destinée selon elle à « discréditer » Mme Blasey.

Malgré ces incertitudes, les partisans du juge Kavanaugh se sont mis en ordre de bataille.

Du président Trump, qui salue un juge au parcours « impeccable », à d’anciennes petites amies qui louent « un parfait gentleman », son camp s’attache à renforcer son image de bon père de famille, soucieux de la cause des femmes.

Les partisans de Mme Blasey ne sont pas en reste. D’anciennes élèves de son lycée ont publié une lettre pour la remercier d’avoir parlé. La direction de cet établissement exclusivement féminin s’est dite « fière » d’elle et plus de 1600 victimes d’agressions sexuelles ont écrit aux sénateurs pour leur demander de bloquer la confirmation du juge Kavanaugh.

Selon Mme Blasey, Brett Kavanaugh et un ami, « complètement ivres », l’avaient coincée dans une chambre lors d’une soirée dans les années 1980. Le futur juge l’aurait plaquée sur un lit et aurait cherché à la déshabiller tout en procédant à des attouchements, avant qu’elle parvienne à s’enfuir.

Cet ami a fait savoir lundi qu’il refusait d’être entendu comme témoin par le Sénat. « Je n’ai aucun souvenir de l’incident présumé […] et je n’ai jamais vu Brett agir de cette manière », a écrit Mark Judge dans un courrier à la commission.

Dans un livre retraçant son alcoolisme au lycée, cet homme met pourtant en scène un certain Bart O’Kavanaugh vomissant dans une voiture.

Et la chaîne de télévision MSNBC a mis en ligne une vidéo du juge Kavanaugh évoquant dans un discours en 2015 ses années de lycée : « Ce qui s’est passé à Georgetown doit rester à Georgetown, c’est une bonne chose pour tout le monde. »

Trump écarte l’idée d’une enquête du FBI sur son candidat

Le président américain, Donald Trump, a estimé mardi qu’une enquête du FBI sur son candidat à la Cour suprême, accusé d’agression sexuelle dans les années 1980, n’était pas nécessaire.

« Je ne pense pas que le FBI devrait s’en mêler », a déclaré M. Trump depuis le Bureau ovale, soulignant que l’audition par le Sénat, prévue lundi, du juge Brett Kavanaugh et de son accusatrice, l’universitaire Christine Blasey Ford, était suffisante.

Réaffirmant son soutien « total » au juge Kavanaugh, un homme « extraordinaire », M. Trump a assuré que ce dernier était impatient de donner sa version des faits devant les élus.

Interrogé sur le retard dans le processus de confirmation, le locataire de la Maison-Blanche a estimé qu’il fallait « donner à tout le monde une chance » de s’exprimer, tout en espérant que le processus ira « aussi vite que possible ».

Estime-t-il que ce spectaculaire rebondissement est avant tout politique ? « Je ne veux pas dire cela. Je le dirai peut-être dans quelques jours, mais pas maintenant », a-t-il répondu.

Le juge Brett Kavanaugh, 53 ans, et son accusatrice, âgée de 51 ans, seront auditionnés en public lundi devant la commission judiciaire du Sénat, qui devait initialement voter jeudi sur la candidature du magistrat.

Si la professeure de psychologie parvient à instiller le doute parmi les sénateurs, elle pourrait faire dérailler la confirmation du magistrat et infliger du même coup un camouflet au président Trump à cinq semaines d’élections parlementaires à haut risque pour l’exécutif.