Hommage solennel à John McCain au Capitole américain

Le cercueil drapé du défunt sénateur américain John McCain a été exposé sous la coupole du Capitole, à Washington.
Photo: Morry Gash Agence France-Presse Le cercueil drapé du défunt sénateur américain John McCain a été exposé sous la coupole du Capitole, à Washington.

Des centaines de personnes ont commencé vendredi à défiler devant le cercueil de John McCain, exposé au Capitole à Washington, après une cérémonie solennelle rare en l’honneur de l’ex-candidat républicain à la présidentielle, au style franc-tireur.

« Le président m’a demandé d’être ici présent, de la part d’une nation reconnaissante », a déclaré le vice-président Mike Pence lors d’un discours devant le cercueil, couvert d’un drapeau américain.

Mais Donald Trump reste le grand absent de cette cérémonie dépassant les clivages idéologiques. L’homme d’affaires et l’ancien pilote de chasse, prisonnier de guerre au Vietnam, se vouaient un mépris réciproque.

Pleine de gravité, la cérémonie a connu des moments d’émotion, notamment dus à la présence de Roberta McCain, la mère du sénateur décédé. Âgée de 106 ans, celle-ci a réconforté, en lui tenant la main, sa petite-fille Meghan McCain, en pleurs.

John McCain « était l’une des âmes les plus courageuses que notre nation ait jamais connues », a déclaré le chef des républicains au Congrès, Paul Ryan.

Cet honneur rendu sous la coupole du Capitole est réservé aux grands personnages de l’histoire des États-Unis, comme John F. Kennedy ou Rosa Parks.

Élu de l’Arizona, John McCain a passé plus de trente ans au Sénat.

Son cercueil reposait sur un catafalque en bois façonné pour le président Lincoln. L’estrade historique était recouverte d’une étoffe noire.

Plusieurs membres du gouvernement Trump étaient présents avec Mike Pence, notamment le chef du Pentagone Jim Mattis, le secrétaire général de la Maison-Blanche, John Kelly, et le conseiller à la sécurité nationale, John Bolton.

L’assemblée, recueillie, était également composée de sénateurs, élus de la Chambre et gouverneurs, démocrates et républicains, ainsi que de diplomates.

« Héros américain »

La rotonde du Capitole a ensuite été ouverte au public à 13 h. Plus de 1000 personnes sont passées devant la dépouille du sénateur dès la première heure. Des centaines d’autres faisaient la queue dehors.

« Je voulais rendre hommage à un héros américain », a déclaré à l’AFP Kris Wiebold, infirmier à la retraite.

Durant 35 ans, John [McCain] a oeuvré dans ces murs et sous cette coupole [du Congrès]. Il s’est battu pour ses idées.

Samedi, l’ex-président républicain George W. Bush et l’ex-président démocrate Barack Obama doivent prononcer un discours lors des obsèques en la cathédrale de Washington. Tous deux ont un jour mis fin aux ambitions présidentielles de John McCain : le premier lors des primaires républicaines en 2000, le second à l’élection de 2008.

Le président Donald Trump a quant à lui longuement attendu avant de finalement rendre un hommage direct lundi soir à celui qui fut l’un des rares dans son camp à le critiquer ouvertement, et vertement.

L’homme d’affaires avait moqué le statut de héros de guerre de John McCain, forgé en cinq ans de captivité et de tortures pendant la guerre du Vietnam. « J’aime les gens qui n’ont pas été capturés », avait lancé en 2015 Donald Trump, qui n’a pas fait le service militaire.

« Mal informé », « impulsif », Donald Trump excite les « tarés », avait déclaré John McCain.

Jusque dans un message posthume, lundi par l’intermédiaire de son porte-parole, celui qui fut surnommé « le dernier lion du Sénat » avait défié le président, avec une critique à peine voilée mettant en garde les États-Unis contre les risques de la division.

Le choix Palin

John McCain n’a pas toujours fait consensus. Au Sénat, il fut un partisan farouche de la guerre d’Irak. Beaucoup lui reprochent aussi d’avoir choisi comme colistière en 2008 Sarah Palin, candidate au style populiste qui annonçait la mouvance conservatrice du Tea Party et l’irruption de Donald Trump en politique.

Mais depuis son décès samedi à l’âge de 81 ans d’un cancer du cerveau, ce sont les hommages de tous bords politiques qui pleuvent aux États-Unis et au-delà.

Jeudi, l’ancien vice-président démocrate Joe Biden a salué dans un discours ému la mémoire de celui qu’il considérait comme « un frère ». Il s’exprimait devant son cercueil recouvert du drapeau américain à Phoenix, en Arizona.

La veille, plus de 15 000 personnes avaient défilé devant sa dépouille exposée au coeur du Parlement local.

L’enterrement, dans l’intimité familiale, est prévu dimanche au cimetière de l’Académie navale d’Annapolis, près de la capitale fédérale américaine.