Hommage national pour John McCain aux États-Unis

La garde d'honneur David Carrasco, 78 ans, porte le drapeau américain devant la morgue A.L. Moore-Grimshaw à Phoenix, en Arizona, où la dépuille du défunt sénateur John McCain est actuellement détenue, le 26 août 2018.
Photo: Laura Segali Agence France-Presse La garde d'honneur David Carrasco, 78 ans, porte le drapeau américain devant la morgue A.L. Moore-Grimshaw à Phoenix, en Arizona, où la dépuille du défunt sénateur John McCain est actuellement détenue, le 26 août 2018.

Les Américains rendaient hommage dimanche au sénateur républicain John McCain, décédé la veille, un pilote torturé pendant la guerre du Vietnam et candidat malheureux à la Maison-Blanche qui incarnait aux yeux de beaucoup une politique moins brutale qu’à l’ère de Donald Trump.

Le sénateur de l’Arizona est mort à quelques jours de son 82e anniversaire dans son ranch près de Sedona, après treize mois de lutte contre un cancer du cerveau. Il avait sept enfants. Sa famille et sa seconde épouse, Cindy, étaient à ses côtés à la fin.

Comme pour John F. Kennedy, Ronald Reagan, Rosa Parks et quelques illustres sénateurs, son cercueil sera présenté dans la rotonde du Capitole à Washington, un rare honneur.

Il sera d’abord présenté mercredi au capitole de l’Arizona, cet État du sud-ouest qu’il a représenté plus de 35 ans au Congrès, a annoncé le gouverneur de l’État.

Des anonymes apportaient dimanche des fleurs devant sa permanence parlementaire à Phoenix, ainsi que devant la maison funéraire où sa dépouille repose pour l’instant.

« Nous voulions rendre hommage à un grand patriote américain, un grand héros américain », dit l’un d’eux, Michael Wilson, venu avec un drapeau.

« Quelle épopée », avait écrit le sénateur dans des mémoires publiés en mai. « J’ai vécu de grandes passions, vu des merveilles, j’ai fait la guerre et contribué à la paix. Je me suis fait une petite place dans l’histoire de l’Amérique et l’histoire de mon époque », écrivait-il.

Trump silencieux

Les obsèques devraient avoir lieu à la Cathédrale nationale de Washington, à une date qui n’a pas encore été annoncée.

Les anciens présidents Barack Obama et George W. Bush, un démocrate et un républicain, devraient prononcer des éloges funèbres, à sa demande, selon le New York Times. Plusieurs médias avaient rapporté il y a plusieurs mois que le sénateur avait expressément demandé à ce que Donald Trump ne participe pas.

Il a en revanche été confirmé qu’il serait enterré au cimetière de l’Académie navale d’Annapolis, sur la côte est, où il suivit sa formation de pilote de la marine.

L’épitaphe de sa tombe devrait être, selon son vœu exprimé dans une interview en 2015 : « Il a servi son pays ».

Son départ réduit temporairement la majorité républicaine au Sénat à 50 sièges contre 49 pour l’opposition démocrate. Le gouverneur de l’Arizona nommera un successeur après les funérailles, a-t-il fait savoir dimanche, jusqu’à ce qu’un scrutin soit organisé, lors des élections de 2020.

« Patriote », « héros », « combattant », « non conformiste » : les mots des hommages rendus par l’ensemble de la classe politique du pays avaient pour point commun la carrière de l’homme au service de la nation.

Un hommage, pourtant, manque à l’appel : celui du président actuel des États-Unis.

Donald Trump — John McCain avait dit en 2016 qu’il ne voterait pas pour lui, ne cachant pas son mépris pour lui — a tweeté un bref message de condoléances, mais sans évoquer le parcours de l’homme.

« Mes condoléances et mon respect le plus sincère pour la famille du sénateur John McCain. Nos cœurs et nos prières sont avec vous ! », a-t-il écrit.

 

 

Réactions internationales

John McCain était l’un des rares élus du Congrès célèbres hors des frontières des États-Unis, et un visiteur régulier de capitales étrangères, du Moyen-Orient à Kiev où il avait soutenu la « Révolution orange ». Il était un pourfendeur inlassable de Vladimir Poutine.

De l’Europe au Pakistan, nombre de dirigeants étrangers ont salué sa mémoire. « Un défenseur infatigable d’une alliance transatlantique forte », a dit la chancelière allemande Angela Merkel. De son vivant, John McCain n’a pas toujours été une figure consensuelle.

Aux primaires présidentielles de 2000, il cultiva une image de républicain centriste au fort franc parler, mais il échoua face à George W. Bush, plus en phase avec l’orthodoxie conservatrice.

Au Sénat, il fut partisan farouche de la guerre d’Irak et regretta le départ des troupes américaines, sous Barack Obama. Sa défense d’une hausse continue des dépenses militaires était critiquée à droite comme à gauche comme irresponsable budgétairement.

Il est aussi accusé d’avoir mis le pied à l’étrier aux précurseurs de la mouvance conservatrice populiste du Tea Party en choisissant comme colistière Sarah Palin, lorsqu’il fut candidat républicain à la Maison-Blanche en 2008 — une décision qu’il finira par regretter.

Mais son engagement contre la torture, pour une réforme de l’immigration favorable aux sans-papiers et pour défendre une tradition politique de civilité l’ont au contraire vu transcender les divisions partisanes.

L’autre sénateur de l’Arizona Jeff Flake a raconté dimanche que, certes, son ancien collègue avait un caractère volcanique. « Mais il pardonnait facilement, passait à autre chose et préférait voir ce que ses adversaires avaient de bon. C’est une leçon bien utile dans la période actuelle », a-t-il dit sur ABC.