ALENA: les États-Unis proches d’un accord avec le Mexique, en attendant le Canada

Le président américain, Donald Trump, passe du Marine One au Air Force One à la base aérienne Andrews, dans le Maryland, le 24 août 2018.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Le président américain, Donald Trump, passe du Marine One au Air Force One à la base aérienne Andrews, dans le Maryland, le 24 août 2018.

Les États-Unis et le Mexique sont sur le point d’aboutir à un accord bilatéral sur des questions commerciales-clés, qui lèvent un obstacle de taille à la conclusion d’un nouveau pacte de libre-échange ALENA, incluant le Canada.

Le président Donald Trump a affirmé samedi qu’un accord avec le Mexique était en vue, alors que les négociations sur la refonte de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) se poursuivaient ce week-end à Washington.

« Notre relation avec le Mexique se renforce d’heure en heure. De très bonnes personnes dans l’ancien et le nouveau gouvernement, tout le monde travaille bien ensemble… Un grand Accord Commercial avec le Mexique pourrait arriver bientôt ! », a tweeté le dirigeant.

 

 

Pour l’instant, Américains et Mexicains négocient le pan bilatéral de la réforme de l’ALENA, tandis que le troisième pays membre, le Canada, est censé se joindre à eux, lorsque les discussions seront plus avancées.

Le ministre mexicain de l’Économie Ildefonso Guajardo et celui des Affaires étrangères Luis Videgaray font la navette depuis plus d’un mois entre Mexico et Washington pour rencontrer le représentant américain au commerce Robert Lighthizer.

Samedi matin, M. Guajardo, le négociateur principal, se montrait prudemment optimiste en arrivant aux bureaux de M. Lighthizer.

« Aujourd’hui sera un jour important », a-t-il dit aux journalistes, réagissant au tweet de M. Trump qu’il a jugé « intéressant ». « Mais rien n’est terminé tant que tout n’est pas vraiment terminé », a ajouté le ministre.

Jesus Seade, un conseiller économique du président mexicain élu, Andres Manuel Lopez Obrador — qui n’est pas encore en place —, s’est montré plus enthousiaste.

« Très positif ! », a-t-il lancé à des journalistes en parlant du tweet de M. Trump. « C’est un homme qui a un style que j’aime beaucoup. Je crois que cela reflète la réalité et que nous sommes sur la bonne voie », a affirmé M. Seade.

Il a insisté sur le fait qu’il n’y avait pas de différence d’approche entre le gouvernement mexicain sortant et le prochain qui sera installé en décembre.

Point de friction

Interrogé sur combien de temps la délégation allait encore rester dans la capitale américaine, ce responsable a précisé : « lundi ou mardi minimum, peut-être plus ».

« Voyons comment évolue le dialogue avec le Canada », a ajouté M. Seade alors que la participation d’Ottawa est cruciale pour sauver ce pacte de libre-échange trilatéral.

Le ministre de l’Économie mexicain avait indiqué vendredi être en contact constant avec la ministre des Affaires étrangères canadienne, Chrystia Freeland.

À Washington ce week-end, les négociateurs ont notamment débattu d’une proposition visant à exempter certaines industries des dispositions relatives au règlement des différends.

Cela représenterait un compromis entre les États-Unis qui veulent se débarrasser de ce dispositif de règlement des différends et le Mexique, et surtout, le Canada qui veulent le préserver.

Les discussions ont aussi porté sur la part de contenu local qu’une voiture pourra comporter afin de pouvoir bénéficier d’un traitement en franchise de droits au titre de l’ALENA.

Un des objectifs de la Maison-Blanche est d’augmenter considérablement la part des composants américains dans le secteur automobile.

Cette question « est fondamentalement résolue », a affirmé M. Seade ajoutant toutefois que des solutions « de détail et de délais » étaient encore à trouver.

Les pourparlers ont aussi avancé sur le point de friction majeur, celui de la clause crépusculaire exigée par les États-Unis. Celle-ci forcerait à reconfirmer le pacte commercial tous les cinq ans. Mexique et Canada y sont farouchement opposés.

Ils estiment qu’aucun entrepreneur ne prendrait le risque de s’installer chez eux si ses produits risquaient d’être exclus du marché américain en cas de dénonciation de l’accord.

Selon le conseiller économique du président mexicain élu, cette clause ne serait plus à l’ordre du jour, et à la place les discussions porteraient sur un mécanisme d’évaluation à plus long terme.

Signé en 1994 par l’administration Clinton, l’ALENA est jugé « désastreux » par le président américain.

Cet accord est vital pour le Mexique qui exporte près de 80 % de ses produits vers le marché américain.

Quant au Canada, il est le premier partenaire commercial des États-Unis, achetant plus de biens américains que la Chine, le Japon et le Royaume-Uni réunis.