L'ex-chef de campagne de Trump, un menteur invétéré selon l'accusation

<p>Les avocats de la défense de l’ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, lors de leur arrivée au palais de justice américain Albert V. Bryan à Alexandria, en Virginie, le 15 août 2018.</p>
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse

Les avocats de la défense de l’ancien directeur de campagne de Trump, Paul Manafort, lors de leur arrivée au palais de justice américain Albert V. Bryan à Alexandria, en Virginie, le 15 août 2018.

L’ancien chef de campagne de Donald Trump, Paul Manafort, « a menti et encore menti » pour dissimuler des millions de dollars au fisc américain puis obtenir de juteux prêts lorsque les fonds venus d’Ukraine ont commencé à manquer, a asséné mercredi l’accusation lors de son réquisitoire.

Ce dossier « est truffé de mensonges », a martelé le procureur Greg Andres au tribunal d’Alexandria, près de Washington.

Ancien consultant politique de renom, Paul Manafort, âgé de 69 ans, est le premier à faire face à un procès découlant de l’enquête explosive de Robert Mueller, le procureur spécial chargé du dossier russe.

Mais les faits reprochés sont antérieurs et non-liés à l’élection présidentielle de novembre 2016. Ce procès ultra-médiatique n’en reste pas moins embarrassant pour le président Donald Trump, qui a encore dénoncé mercredi une « chasse aux sorcières ».

S’adressant aux douze jurés après deux semaines d’un procès marqué par la présentation parfois aride de centaines de documents, M. Andres a affirmé qu’il n’était « pas besoin d’être un expert en droit fiscal » pour comprendre que l’ancien lobbyiste était coupable.

« M. Manafort a menti pour garder son argent quand il en avait, puis M. Manafort a menti pour obtenir de l’argent quand il n’en avait plus », a-t-il insisté, sous le regard de l’accusé en ouverture d’un réquisitoire d’environ 1 h 45.

Veste en python, maisons luxueuses, massif de fleurs formant son initiale, « M » : l’accusation a fait pendant le procès la description colorée de dépenses exorbitantes.

Mais il ne s’agit pas ici de juger « la fortune de M. Manafort […] Ce n’est pas un crime dans ce pays d’être riche », a souligné M. Andres. « Nous sommes dans cette salle d’audience parce qu’il n’a pas […] déclaré des revenus » qui ont payé les « voitures, les costumes, les appartements » en question.

Entre 2010 et 2014, M. Manafort « possédait » et « contrôlait » 31 comptes bancaires à l’étranger par lesquels sont passés « plus de 60 millions de dollars », a-t-il expliqué. Sur ce total, 15 millions de dollars ont servi à financer « ses dépenses et celles de sa famille ».

Soulignant sa formation d’avocat, M. Andres a affirmé que « M. Manafort connaissait la loi mais l’a quand même violée », avant d’appeler les jurés à le déclarer coupable des dix-huit chefs d’accusation face aux preuves « accablantes ».

La défense doit présenter son plaidoyer mercredi après-midi, suivi d’une réponse des procureurs puis des instructions du juge T.S Ellis au jury. Les jurés doivent ensuite se retirer pour délibérer, dès mercredi ou jeudi. Ils pourraient livrer leur verdict d’ici la fin de la semaine.

Activités en Ukraine

La défense n’a appelé personne à la barre alors que les procureurs ont fait défiler plus de vingt témoins pour tenter de démontrer que Paul Manafort avait dissimulé au fisc des millions de dollars, tirés en majorité de ses activités pour l’ex-président ukrainien Viktor Ianoukovitch, soutenu par Moscou.

L’ex-lobbyiste est également accusé de fraude bancaire pour avoir caché aux autorités l’existence de comptes à l’étranger — la plupart à Chypre — et d’avoir menti à des banques sur ses finances pour obtenir des prêts, une fois que Viktor Ianoukovitch — sa « poule aux oeufs d’or », selon les procureurs — a fui l’Ukraine.

M. Manafort rejette toutes ces accusations.

S’il n’a présenté aucun témoin, c’est parce que « ses avocats et lui ont estimé qu’ils avaient laissé assez de place au doute » dans l’esprit des jurés lors du contre-interrogatoire des témoins de l’accusation, explique à l’AFP Jacob Frenkel, ex-procureur fédéral américain et associé du cabinet juridique Dickinson Wright.

Notamment lors de celui de Richard Gates, ancien associé qui a reconnu s’être entendu avec Paul Manafort pour cacher des millions de dollars au fisc américain et lui avoir volé des centaines de milliers de dollars.

Richard Gates, 46 ans, coopère avec Robert Mueller depuis qu’il a accepté de plaider coupable en février.

« Si le jury décide que Rick Gates est responsable ou si le doute s’est installé dans l’esprit d’un seul juré, cela suffira pour qu’il ne condamne pas M. Manafort », avance Jacob Frenkel.

Le procureur s’est donc attaché à défendre la crédibilité de son témoin, accusant la défense de l’avoir interrogé sur une liaison « vieille de plus de dix ans » plutôt que sur les « délits » qu’il aurait aidé M. Manafort à commettre. « Serait-ce pour vous détourner » des faits jugés ici ?, a-t-il dit en direction des jurés.

Parmi la trentaine d’individus déjà visés par Robert Mueller, dont une majorité de Russes, Paul Manafort est le seul Américain à avoir refusé de passer un accord avec la justice pour éviter un procès.

Il doit faire face à un second procès en septembre.