Des néonazis attendus devant la Maison-Blanche

Le 12 août 2017, un sympathisant néonazi avait foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes à Charlottesville, en Virginie, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés.
Photo: Chip Somodevilla Getty Images / AFP Le 12 août 2017, un sympathisant néonazi avait foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes à Charlottesville, en Virginie, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés.

Plusieurs centaines de sympathisants néonazis sont attendus dimanche après-midi devant la Maison-Blanche, un rassemblement sous haute tension un an après les incidents meurtriers de Charlottesville, symbole d’une extrême droite décomplexée par Donald Trump.

L’organisation informelle « Unite the Right », qui était à l’origine du rassemblement de Charlottesville (Virginie), a reçu l’autorisation de réunir 400 personnes dans le square Lafayette, devant la résidence présidentielle, à partir de 17 h 30 et durant deux heures seulement.

Un important dispositif policier a été mis en place, avec plusieurs artères interdites à la circulation, principalement pour empêcher tout contact entre manifestants et contre-manifestants, qui sont également attendus au square Lafayette.

« Il y aura certainement des provocateurs pour tenter de susciter une réaction de votre part en vous mettant des caméras sous le nez, en criant, etc. », a prévenu le site de Unite the Right, dans un message d’instructions aux manifestants.

« Ne répondez pas avec colère », ont conseillé les organisateurs.

Initiateur de la manifestation de l’an dernier, Jason Kessler avait demandé à défiler de nouveau à Charlottesville, mais la municipalité a refusé.

La petite cité de Virginie, située à moins de 200 km au sud de Washington, ne voulait pas revivre les événements du 12 août 2017.

Après une manifestation pour protester contre le projet de la municipalité de déboulonner une statue du général confédéré Robert E. Lee, des heurts avaient éclaté entre suprémacistes blancs et contre-manifestants.

Un sympathisant néonazi avait alors foncé en voiture dans une foule de manifestants antiracistes, tuant une jeune femme de 32 ans, Heather Heyer, et faisant 19 blessés.

« Nous savons que dimanche, des gens vont venir dans notre ville dans le seul but de déverser leur haine », a déclaré la maire de Washington, Muriel Bowser, tout en indiquant qu’il ne s’agissait pas d’empêcher l’événement car le premier amendement de la Constitution américaine protège la liberté d’expression.

« Pas les bienvenus »

Dans un entretien à la radio publique NPR diffusé vendredi, Jason Kessler a exprimé le souhait que l’événement de dimanche soit « apaisé » et pris publiquement ses distances avec la mouvance néonazie.

« Je ne veux pas de néonazis à mon rassemblement », a-t-il assuré, « ils ne sont pas les bienvenus. »

Il a néanmoins expliqué vouloir défendre les droits de la population blanche, qu’il estime « sous-représentée ».

L’activiste a également repris à son compte la théorie générale de l’auteur américain Charles Murray, pour qui les capacités intellectuelles sont fonction de l’origine ethnique.

Une affichette non officielle du rassemblement, qui a circulé sur Internet, indiquait que plusieurs figures de l’extrême droite et néonazies seraient présentes dimanche, mais Jason Kessler a refusé de le confirmer.

En début de semaine, l’un des membres les plus en vue de l’extrême droite américaine, Richard Spencer, avait annoncé qu’il ne se rendrait pas à la manifestation, appelant ses sympathisants à en faire de même.

« Je ne sais pas exactement ce qui va se passer mais ça ne sera probablement pas bon », avait-il écrit.

« Même si les Américains ont la chance de vivre dans une nation qui protège les libertés, d’expression notamment, et la diversité d’opinions », a écrit Ivanka Trump, la fille du président, sur Twitter dans la nuit de samedi à dimanche, « il n’y a pas de place pour le suprématisme blanc, le racisme et le néonazisme dans notre grand pays ».

 

 

« Plutôt que de nous déchirer avec haine, racisme et violence, nous pouvons nous élever les uns les autres », a-t-elle ajouté.

 

 

Elle est allée plus loin que son père, qui avait dit samedi « condamner tous les types de racisme et actes de violence », mais sans désigner l’extrême droite ou les néonazis.

De nombreux observateurs reprochent à Donald Trump d’avoir favorisé, durant sa campagne et depuis sa victoire électorale, l’émergence d’un discours extrémiste pro-blanc décomplexé.

À Charlottesville, même si aucune manifestation n’a été autorisée, les autorités ont pris d’importantes mesures de sécurité, après avoir été débordées lors des heurts du 12 août 2017.

Le gouverneur de Virginie Ralph Northam a décrété l’état d’urgence et le quartier piéton du centre-ville de Charlottesville, où avaient eu lieu les incidents de l’an dernier, a été cerné de grillages, barrières en béton et voitures officielles, avec seulement deux points d’entrée pour les piétons.

Samedi, quelques dizaines de militants « antifa », vêtus de noir, ont brièvement marché dans ce quartier piéton, encadrés de très près par la police.

Dimanche matin, quelques centaines de personnes se sont rassemblées dans le calme dans le parc Booker T. Washington, non loin du centre, pour une commémoration des événements du 12 août 2017.

Une ancienne conseillère accuse Trump d’être raciste

La Maison-Blanche a qualifié vendredi de « mensonges » venant d’une « ex-employée aigrie » les affirmations d’une ancienne haute conseillère noire qui accuse Donald Trump d’être raciste et d’avoir proféré des insultes xénophobes au sommet du pouvoir. Ancienne candidate de l’émission de téléréalité The Apprentice, animée pendant des années par Donald Trump, Omarosa Manigault Newman affirme dans un livre à paraître que son expérience à la Maison-Blanche l’a conduite à conclure que le président américain est « raciste, intolérant et misogyne ». L’ancienne conseillère, responsable du « Bureau des relations publiques » jusqu’en janvier, assure notamment l’avoir entendu déverser des insultes racistes contre un homme d’origine philippine, selon le Guardian, qui a obtenu un exemplaire.