Aux rassemblements de Trump, l’ombre de «Q» et ses théories du complot

Le 31 juillet, lors du meeting politique de Donald Trump à Tampa en Floride, de nombreux soutiens du président américain arboraient un t-shirt et des pancartes portant la seule lettre «Q», donnant des visages au mouvement.
Photo: Chris O’Meara Associated Press Le 31 juillet, lors du meeting politique de Donald Trump à Tampa en Floride, de nombreux soutiens du président américain arboraient un t-shirt et des pancartes portant la seule lettre «Q», donnant des visages au mouvement.

Se cachant derrière la seule lettre « Q », une mystérieuse présence anime sur Internet un mouvement pro-Trump qui vient de gagner un nouveau souffle, transportant les théories du complot depuis les confins du dark Web jusqu’au grand public à la faveur de rassemblements du président américain.

Jusqu’à cette semaine, peu d’Américains avaient entendu parler de « Q » ou de « QAnon », une figure énigmatique qui détiendrait des informations classifiées « Très secret » — « Q » désigne un niveau d’habilitation secret défense aux États-Unis — apparue en octobre 2017 avec des messages cryptiques affirmant lutter contre une terrible cabale internationale.

Mardi, elle a été propulsée sous les projecteurs lorsque plusieurs membres de l’assistance à un rassemblement de Donald Trump à Tampa, en Floride, ont été remarqués pour leurs T-shirts au logo « QAnon » et leurs pancartes affirmant : « Nous sommes Q ».

Qui est « Q » ? Selon ses adeptes, il s’agirait d’une taupe évoluant dans le cercle rapproché de Donald Trump.

Son but ? Mettre en garde les Américains contre une machination mondiale et leur dire qu’il existe un extraordinaire stratagème visant à la contrer.

Selon ce scénario, les États-Unis sont dirigés par une organisation criminelle impliquant les Clinton, les Obama, les Rothschild, le puissant investisseur George Soros, des vedettes d’Hollywood et d’autres membres de l’élite mondiale.

Il fourmille d’histoires terribles d’enfants kidnappés et de réseaux pédophiles, rappelant la sombre théorie voulant que d’éminents démocrates proches d’Hillary Clinton maltraitent des enfants dans les locaux d’une pizzeria familiale de Washington.

Faire tomber la machination

Mais la thèse centrale de « QAnon » est sans doute la plus extraordinaire, car elle transforme l’enquête russe qui empoisonne la présidence Trump en habile stratégie : le président américain aurait en réalité fait exprès de prétendre être de mèche avec Moscou afin de pouvoir travailler en secret avec le procureur spécial Robert Mueller pour vaincre le grand réseau criminel international.

Les Américains doivent se tenir prêts, insiste « QAnon », pour la riposte de M. Trump, une « tempête » imminente qui, à coups d’arrestations, fera tomber la machination et rendra le pouvoir au peuple.

Ce mouvement comporte des dangers bien réels, mettent en garde des experts qui citent l’exemple d’un homme armé arrêté en juin près du grand barrage de Hoover, dans le Nevada, et dont les écrits faisaient référence à « QAnon ».

Il « contient tous les éléments qui pourraient lancer un soulèvement, inciter à la violence, voire pousser à une révolte politique », a commenté un ancien agent du FBI, Clint Watts, à MSNBC.

Pour ses partisans les plus fervents, cela ne fait d’ailleurs aucun doute : Donald Trump lui-même sème des indices validant leur théorie.

À Tampa mardi, il a ainsi déclaré s’être rendu quelque « 17 fois » à Washington avant d’être élu. Et il n’a cessé d’épingler les « 17 démocrates en colère » qui enquêtent sur le dossier russe.

Q est la 17e lettre de l’alphabet.