Facebook détecte de nouvelles tentatives de manipulation politique

Le premier réseau social du monde avait été violemment critiqué l’an dernier pour avoir servi de plateforme de désinformation à des fins de manipulation politique lors de l’élection présidentielle américaine de 2016.
Photo: Jonathan Nackstrand Agence France-Presse Le premier réseau social du monde avait été violemment critiqué l’an dernier pour avoir servi de plateforme de désinformation à des fins de manipulation politique lors de l’élection présidentielle américaine de 2016.

Facebook a repéré de nouvelles tentatives de manipulation politique de sa plateforme à l’approche des élections législatives américaines de novembre, se gardant de dévoiler l’identité des auteurs, tout en laissant les regards se tourner vers la Russie.

Le premier réseau social du monde avait été violemment critiqué l’an dernier pour avoir servi de plateforme de désinformation à des fins de manipulation politique lors de l’élection présidentielle américaine de 2016, des ingérences politiques attribuées à la Russie par les services de renseignement américains.

Le procureur spécial Robert Mueller, chargé de l’enquête sur les soupçons d’ingérence russe dans cette campagne présidentielle, avait précisément ciblé il y a quelques mois de nombreux comptes Facebook et pages gérés par l’« Internet Research Agency » (IRA), soupçonnée d’être un bras numérique du Kremlin, ce que ce dernier a toujours nié vigoureusement.

« Nous sommes toujours en train d’enquêter, mais qui que ce soit ayant créé ce réseau de [faux] comptes a pris grand soin de cacher les véritables identités, et donc nous ne savons pas encore de façon certaine qui est responsable. Ceci étant, une partie de cette activité est similaire à ce qu’a fait l’Internet Research Agency » avant et après le scrutin de 2016, a écrit mardi le patron du groupe, Mark Zuckerberg, sur sa page Facebook.

« Nous faisons face à des adversaires très sophistiqués et bien financés, notamment des États-nations, qui évoluent en permanence et tentent de nouvelles attaques », a-t-il poursuivi.

Le réseau a également expliqué avoir trouvé « des liens » entre les comptes supprimés « et les comptes de l’IRA désactivés l’année dernière ».

Facebook a annoncé avoir cette fois supprimé 32 pages et comptes douteux (la plupart sur Facebook, mais certains sur Instagram, possédé par le groupe), qui selon lui relevaient d’une « action coordonnée ».

Comme en 2016, ces comptes ont diffusé des messages sur des sujets polémiques susceptibles de diviser la société américaine — comme les tensions raciales — et ont même payé pour les diffuser plus largement sur le réseau grâce à l’achat d’espaces publicitaires (« ads »), pour un total de 11 000 $, selon le groupe.

Facebook a cité des exemples, dont un appel à une manifestation politique en fin de semaine prochaine à Washington.

Cette nouvelle campagne a usé de moyens beaucoup plus sophistiqués pour couvrir ses traces et contourner les mesures de contrôle prises par Facebook ces derniers mois destinées à détecter et à stopper la manipulation. Les comptes et pages concernés ont notamment évité d’user d’adresses IP russes (l’adresse IP permet de localiser l’origine d’une connexion à Internet).

Répétant plusieurs fois qu’il ne revenait pas à Facebook d’attribuer ces tentatives de manipulation « à une organisation spécifique ou à un pays », le chef de la sécurité de Facebook, Alex Stamos, a estimé qu’il « revenait aux forces de l’ordre de prendre la décision » d’attribuer ces tentatives à une entité ou à un pays.

Nous faisons face à des adversaires très sophistiqués et bien financés, notamment des États-nations, qui évoluent en permanence et tentent de nouvelles attaques

Le groupe a indiqué avoir informé forces de l’ordre et parlementaires de ses découvertes.

Le réseau social avait déjà dit s’attendre à de nouvelles tentatives de manipulation via sa plateforme à l’approche des élections de mi-mandat aux États-Unis cet automne, et le chef du renseignement américain, Dan Coats, avait d’ailleurs averti plusieurs fois que la Russie reprendrait les recettes de 2016 pour tenter d’influencer les scrutins de novembre.

Saluant les mesures prises par Facebook, le sénateur démocrate Mark Warner ne s’est quant à lui pas privé d’accuser la Russie. « J’attends […] que Facebook de même que d’autres plateformes continuent à détecter l’activité des “trolls” russes et à travailler avec le Congrès pour améliorer nos lois pour mieux protéger notre démocratie à l’avenir », a-t-il ainsi écrit sur Twitter. Pour Adam Schiff, représentant démocrate à la Chambre, « des acteurs malveillants à l’étranger utilisent exactement la même [technique] qu’en 2016 : nous diviser politiquement et idéologiquement ».

Facebook avait décelé et supprimé en 2017 de nombreuses pages et comptes douteux gérés depuis la Russie et qui servaient à attiser les tensions au sein de la société américaine.

Selon un article du New York Times relayé sur le compte Twitter de Facebook, des responsables de l’entreprise ont indiqué lors de réunions au Congrès que « la Russie pouvait être impliquée » dans cette nouvelle affaire.

Au début de l’année, la justice américaine a inculpé treize Russes et trois entités russes pour ingérence dans les élections et le processus politique américains. Douze agents du renseignement russe ont également été inculpés aux États-Unis mi-juillet pour ingérence dans la présidentielle de 2016.