«Une erreur tragique»

«Je ne vois aucune raison» de croire que les Russes se sont ingérés dans la présidentielle de 2016 et «le président [Vladimir Poutine] conteste avec force» une telle ingérence, a lancé le président des États-Unis en conférence de presse.
Photo: Pablo Martinez Monsivais Associated Press «Je ne vois aucune raison» de croire que les Russes se sont ingérés dans la présidentielle de 2016 et «le président [Vladimir Poutine] conteste avec force» une telle ingérence, a lancé le président des États-Unis en conférence de presse.

Donald Trump a refusé lundi d’accuser Moscou d’ingérence dans la présidentielle de 2016, préférant accorder sa confiance à son « ennemi » plutôt qu’aux services de renseignement de son propre pays. Une décision vivement critiquée par la classe politique américaine, jusque dans les rangs du Parti républicain.

« Je ne vois aucune raison » de croire que les Russes se sont ingérés dans la présidentielle de 2016 et « le président [Vladimir Poutine] conteste avec force » une telle ingérence, a lancé le président des États-Unis en conférence de presse, lundi, après un tête-à-tête avec son homologue russe.

Les deux hommes se rencontraient dans le cadre d’un premier sommet bilatéral à Helsinki. S’il a modéré ses propos dans l’après-midi sur Twitter, affirmant avoir une « immense confiance »envers les services de renseignement américains, M. Trump a qualifié l’enquête du procureur spécial Robert Mueller de « désastre » pour son pays, lors du sommet. Il la tient responsable d’avoir brouillé « les relations des deux premières puissances nucléaires du monde ».

On ne sait pas ce qu’ils se sont dit sur les différents dossiers litigieux, mais ils n’ont de toute évidence rien décidé. Aucune solution proposée pour régler le problème en Syrie ou en Iran. Je n’ai rien entendu sur la Crimée, l’Ukraine ou les droits de la personne.

Rappelons que l’enquête a été relancée avec force, trois jours avant la rencontre, avec l’inculpation de 12 agents du renseignement russe qui auraient piraté les ordinateurs du Parti démocrate.

L’homme fort du Kremlin s’est défendu de toute responsabilité dans l’affaire, proposant même de permettre à Washington d’interroger les agents russes. Il a toutefois admis qu’il souhaitait la victoire de Donald Trump en 2016, mais essentiellement pour des « raisons politiques ».

Vives critiques

En traitant son homologue russe comme un allié plutôt qu’en adversaire, M. Trump a réveillé la grogne de ses opposants politiques, mais aussi de son propre parti. La plupart l’accusent d’avoir fait preuve de faiblesse, d’autres vont même jusqu’à l’accuser de trahison.

Aux yeux du sénateur républicain John McCain, le sommet a été une « erreur tragique » et même « un des pires moments de l’histoire de la présidence américaine ».

« Il n’y a pas moralement d’équivalence entre les États-Unis et la Russie, qui demeure hostile à nos idéaux », a renchéri le chef de file des républicains au Congrès américain, Paul Ryan. Il a appelé le président américain à « réaliser que la Russie n’est pas [leur] alliée », assurant avec vigueur que Moscou avait bel et bien interféré dans l’élection de 2016, dans le but de « fragiliser la démocratie » dans le monde.

Une opinion partagée par le sénateur républicain Lindsey Graham, pourtant d’ordinaire en accord avec M.Trump. Selon lui, il a « raté une occasion » de « lancer un avertissement ferme au sujet des prochains scrutins ».

L’opposition n’a pas non plus lésiné sur les critiques. Pour le chef du Sénat, Chuck Schumer, le comportement de M. Trump est « irréfléchi, dangereux et faible », et laisse penser qu’il cache quelque chose. « Des millions d’Américains vont continuer à se demander si la seule explication possible à ce comportement dangereux est la possibilité que le président Poutine possède des informations nuisibles sur le président Trump. »

Et la question se pose légitimement, estiment des experts interrogés par Le Devoir. « Difficile d’avancer avec certitude que Donald Trump cache de quoi, mais on avait clairement affaire à un sommet de menteurs [lundi] », lance d’un ton catégorique le directeur de l’Observatoire sur les États-Unis de l’UQAM, Charles-Philippe David. D’après lui, la vérité ne sortira que lorsque Robert Muller dévoilera son rapport d’enquête.

De son côté, le professeur émérite à l’Université de Sherbrooke Gilles Vandal décrit le président comme ayant une double personnalité. « Face à ses alliés, au sommet de l’OTAN, il n’a pas hésité à critiquer leurs politiques et les dirigeants européens. Par contre, il capitule devant Vladimir Poutine et lui donne aveuglément sa confiance. C’est le monde à l’envers », soupire-t-il.

Il se questionne sur la stratégie politique du milliardaire, à la tête des États-Unis depuis 18 mois, qui semble vouloir « jeter à la poubelle » les acquis de ses prédécesseurs. « Il prône l’isolationnisme et veut se départir de toutes les alliances mondiales qui ont vu le jour depuis l’après-guerre. C’est à se demander s’il veut volontairement détruire le leadership américain pour plaire aux Russes », lance-t-il.

Un sommet inutile ?

Ce premier sommet devait marquer un nouveau départ dans les relations Washington-Moscou. Une mission accomplie si l’on en croit les deux dirigeants. « Nous sommes contents de notre première véritable rencontre […] et j’espère que nous avons commencé à mieux nous comprendre », a déclaré M. Poutine. De son côté, M. Trump, louait un dialogue « direct, ouvert et très productif ».

Les deux dirigeants sont pourtant restés discrets en conférence de presse sur les sujets qui opposent les deux pays, faisant davantage de place à l’affaire de l’ingérence russe.

Aucune décision n’a été prise, faisant de ce sommet un rendez-vous « complètement inutile », d’après Charles-Philippe David. « On ne sait pas ce qu’ils se sont dit sur les différents dossiers litigieux, mais ils n’ont clairement rien décidé, dit-il. Aucune solution proposée pour régler le problème en Syrie ou en Iran. Je n’ai rien entendu sur la Crimée, l’Ukraine ou les droits de la personne. C’est une occasion manquée d’améliorer bien des situations dans le monde. »

Manifestations anti-Trump à Helsinki

Des militants ont profité du sommet pour tenir deux jours de manifestations de grande envergure dans la capitale finlandaise, au profit d’une multitude de causes.

Les militants des droits à l’avortement se sont affublés de ventres gonflés lundi, en plus de revêtir des masques à l’image de Donald Trump. Les manifestants antifascistes s’étaient munis de pancartes d’insultes explosives. Des partisans du libre-échange, des Ukrainiens antiguerre, des écologistes et des défenseurs des droits des homosexuels agitant des drapeaux arc-en-ciel ont tous rivalisé pour attirer l’attention des médias du monde entier.

Dans une ville fière de défendre le droit de manifester, les manifestants étaient dispersés et ont pour la plupart respecté les barrières érigées par la police. D’autres ont défilé devant les monuments d’Helsinki, loin du rassemblement des dirigeants, mais sous le nez des résidents curieux et des touristes.

Dimanche, 2000 personnes avaient défilé dans la ville pour promouvoir les droits de la personne et les droits sexuels, la démocratie et les questions environnementales.

8 commentaires
  • Michel Lebel - Abonné 17 juillet 2018 05 h 13

    Grotesque!


    Le tout est si grotesque qu'on en est bouch bée. Nous sommes devant deux fieffés menteurs, et inutile de se demander qui sort gagnant de cette rencontre ubuesque. Un moment bien triste et honteux pour les États-Unis. Mais l'histoire oubliera vite Trump.

    M.L.

  • Chantale Desjardins - Abonnée 17 juillet 2018 07 h 58

    A quand la destitution?

    A-t-on besoin de "trumper" un pays?

    • Michel Bouchard - Abonné 17 juillet 2018 16 h 03

      Bientôt , nous allons apprendre que le président Trump n'est pas apte à diriger les États-Unis !

  • Lise Roy - Inscrite 17 juillet 2018 08 h 55

    Allié?

    Il n’a pas dit un allié, il a dit un compétiteur. Ce qui ne l’empêche pas d’être fou « à lier ».

  • Benoit Gaboury - Abonné 17 juillet 2018 09 h 05

    Changer de discours

    Bien des spécialistes ont eu à l'égard de la Russie des positions dont ils ne peuvent plus se dégager, on dirait, un peu comme si à cause de la Deuxième Guerre mondiale on ne devait plus jamais avoir confiance à l'Allemagne et ne plus jamais faire affaire avec eux. Ou avec la Chine. Cette r ussophobie a atteint de nouveaux sommets inquiétants lors du mandat de Monsieur Obama et de sa ministre des affaires étrangères, Mme Clinton, où l'on parlait ouvertement de ferment de «Troisième Guerre mondiale», à propos de la Syrie. Quand donc cette surenchère, sur fond de vieux ressentiment, cessera-t-elle?
    On peut bien trouver des défauts immenses à Donald Trump, sur l'écologie pour n'en citer qu'un. On peut être allergique à son style, sceptique sur ses visées réelles en matière commerciale, incrédule quant à sa volonté de mieux redistribuer la richesse, et j'en suis, mais ne pas voir qu'une bonne entente entre Américains et Russes rendra lemonde plus paisible et plus heureux, c'est rester accroché au passé, à des positions dont on ne veut pas avouer qu'elles étaient bien souvent erronées, et c’est saper l'espoir d'améliorer le monde dans lequel nous vivons, ce qui est dommage.

  • Jean-Roch Nelson - Inscrit 17 juillet 2018 09 h 06

    poutine-trump

    Expliquez-moi,les génies.Comment pouvez-vous avoir une influence sur le vote,a moins de mettre des millions ou, a frauder les urnes.CNN,ET FOX ne sont pas russes,aux dernieres nouvelles.Les FAKES NEWS,ne sont pas,une nouveauté.Le peuple américain,et l'occident,ont besoin d'un ennemi.Un jour c'est la Corée du nord,le lendemain ,les russes.La chine est trop puissante,économiquement,pour se la mettre a dos.Meme Trump,qui fait le coq,va reculer,sinon il va mettre le monde en récession.Les européens sont hypocrites.Ils chialent contre la Russie,mais en sont dépendant pour le gaz.La Crimée est RUSSE,POINT.67% des habitants sont russes,15% ukrainiens et 12% des tatars.Saviez-vous que la plupart des ukrainiens parlent et comprennent le russe