Un sommet avec l’«ennemi»

Donald Trump aux côtés de Vladimir Poutine lors du dernier sommet de l’APEC, qui s’est tenu au Vietnam en novembre 2017
Photo: Jorge Silva Agence France-Presse Donald Trump aux côtés de Vladimir Poutine lors du dernier sommet de l’APEC, qui s’est tenu au Vietnam en novembre 2017

Le président américain, Donald Trump, doit rencontrer lundi son homologue russe, Vladimir Poutine, dans le cadre d’un sommet historique à Helsinki, en Finlande, d’ores et déjà terni par l’enquête sur l’ingérence russe dans la présidentielle américaine.

Avant d’attaquer sa tournée européenne, Donald Trump avait prédit que l’étape d’Helsinki, où il doit retrouver Vladimir Poutine, serait la « plus facile ». Mais les dernières déclarations du locataire de la Maison-Blanche risquent de tempérer les espoirs de détente entre Washington et Moscou.

Sur Twitter, M. Trump a assuré « se réjouir » de rencontrer Vladimir Poutine. « Malheureusement, quels que soient les résultats que j’obtiendrai au sommet […] on me fera des critiques à mon retour en disant que ce n’était pas assez », a-t-il ajouté.

Dans une entrevue à la chaîne CBS samedi, diffusée en partie dimanche, Donald Trump a estimé que la Russie, l’Union européenne et la Chine étaient, pour différentes raisons, des « ennemis ». « La Russie est un ennemi par certains aspects. La Chine est un ennemi économique, évidemment c’est un ennemi. Mais ça ne veut pas dire qu’ils sont mauvais, ça ne veut rien dire. Ça veut dire qu’ils sont compétitifs », a déclaré M. Trump.

Enquête russe

Si les étapes du 45e président des États-Unis à Bruxelles et à Londres ont été agitées, marquées par ses charges virulentes contre ses alliés de l’OTAN — l’Allemagne en tête, accusée d’être « prisonnière » des Russes —, les points de friction entre Washington et Moscou ne manquent pas.

Rattachement en mars 2014 de la péninsule ukrainienne de Crimée par Moscou, soutien de la Russie au régime syrien de Bachar al-Assad, nouveaux droits de douane américains… La liste est longue.

Donald Trump va-t-il demander des comptes à Poutine dans ce dossier comme dans leurs autres contentieux, ou va-t-il au contraire faire le dos rond et jouer l’alliance des dirigeants à poigne comme il l’a fait avec le Chinois Xi Jinping et même le Nord-coréen Kim Jong-un ?

Et quelle sera la stratégie de l’homme fort du Kremlin ?

Concernant l’inculpation de douze agents du renseignement russe dans l’enquête sur l’ingérence du Kremlin dans la présidentielle de 2016, Donald Trump s’est engagé à mettre le sujet sur la table à Helsinki. « Je vais absolument et fermement poser la question », a-t-il affirmé, martelant avoir été « beaucoup plus ferme sur la Russie que quiconque ».

La Russie dément elle aussi toute ingérence, comme elle dément sa responsabilité dans l’empoisonnement au Novitchok de l’ex-espion russe Sergueï Skripal et de sa fille Ioulia en mars à Salisbury, dans le sud-ouest de l’Angleterre.

Officiellement, Moscou considère Donald Trump comme un « partenaire de négociation ». « L’état des relations bilatérales est très mauvais », a concédé le conseiller du Kremlin vendredi. « Nous devons commencer à les rétablir. »

Donald et Melania Trump sont arrivés en milieu de soirée dimanche dans la capitale finlandaise, où entre 2000 et 2500 personnes ont manifesté « pour les droits de l’homme » quelques heures plus tôt, non loin du palais présidentiel.

Les présidents Trump et Poutine s’entretiendront d’abord en tête-à-tête avec leurs seuls interprètes au palais présidentiel, avant d’ouvrir la réunion à leurs délégations respectives pour un déjeuner de travail.

La journée s’achèvera par une conférence de presse commune qui pourrait être haute en couleur étant donné la propension du magnat de l’immobilier à bondir d’un sujet à l’autre et à s’emporter face aux journalistes.