Fusillade au «Capital Gazette»: le tireur a envoyé trois lettres le jour de l’attaque

Le deuil à Annapolis s’est poursuivi mardi, marqué par l’abaissement des drapeaux américains en mémoire des victimes.
Photo: Chip Somodevilla / Getty Images North America / Agence France-Presse Le deuil à Annapolis s’est poursuivi mardi, marqué par l’abaissement des drapeaux américains en mémoire des victimes.

L’homme accusé d’avoir tué cinq personnes dans les bureaux d’un journal du Maryland la semaine dernière a envoyé trois lettres le jour de l’attaque, a indiqué la police, dont une dans laquelle il disait être en route pour la salle de rédaction du Capital Gazette dans le but de « tuer toutes les personnes présentes ».

La sergente Jacklyn Davis, porte-parole de la police du comté d’Anne Arundel, a déclaré que les lettres avaient été reçues lundi. Elles ont été envoyées à un avocat qui représente le journal, à un juge à la retraite de la Cour des appels spéciaux du Maryland et à un juge de Baltimore.

La lettre que Jarrod Ramos a envoyée à l’avocat ressemble à une requête pour demander la révision de son procès en diffamation contre le journal, un chroniqueur et l’ancien éditeur Tom Marquardt. Le procès avait eu lieu en 2012.

M. Marquardt a partagé une copie de la lettre avec Associated Press.

L’accusé a écrit que la loi « ne signifie plus rien » si « c’est ainsi que fonctionne le pouvoir judiciaire du Maryland ».

Il a cité une description de l’objectif d’une poursuite en diffamation, selon laquelle le but pour une personne diffamée est de « recourir aux tribunaux pour obtenir un soulagement au lieu de se venger ».

« C’est ainsi que votre système judiciaire fonctionne, vous étiez trop lâche pour faire face à ces mensonges, et c’est votre reçu », a écrit Jarrod Ramos.

Il l’a signée sous une déclaration effrayante : « Je vous l’avais bien dit. »

En dessous de la signature, il a écrit qu’il se rendait aux bureaux du journal « dans le but de tuer chaque personne présente ».

Dans une lettre jointe à ce qui semblait être un faux document de cour, il s’adresse aussi directement au juge à la retraite Charles Moylan, qui a infligé un revers à Jarrod Ramos dans son procès en diffamation. L’accusé avait poursuivi le journal après avoir plaidé coupable d’avoir harcelé un camarade de l’école secondaire.

« Bienvenue, M. Moylan, à votre héritage inattendu : vous auriez dû mourir », a-t-il écrit. Il l’a signé : « Amis pour toujours, Jarrod W. Ramos. »

Jarrod Ramos, 38 ans, a une histoire bien documentée de harcèlement envers les journalistes du Capital Gazette à Annapolis. Le procès en diffamation a été rejeté comme étant sans fondement, et il a souvent critiqué le personnel actuel du journal ainsi que l’ancien dans des gazouillis blasphématoires. La police l’a trouvé caché sous un bureau après l’attaque de jeudi, et il a été accusé de cinq chefs de meurtre au premier degré.

Une cérémonie pour le rédacteur en chef

Lors d’un service commémoratif lundi soir pour l’une des victimes, le rédacteur en chef Rob Hiaasen, M. Marquardt a raconté qu’il avait déjà dormi avec un bâton de baseball près de son lit, car il craignait Jarrod Ramos. Il a également déclaré qu’ils avaient « renforcé la sécurité » au journal il y a des années, et affiché la photo de Jarrod Ramos dans le bureau. « Mais il est resté en dormance pendant environ deux ans et nous avons pensé que le problème avait été résolu », a-t-il dit.

Le deuil à Annapolis s’est poursuivi mardi, marqué par l’abaissement des drapeaux américains en mémoire des victimes. Le président Donald Trump a ordonné que les drapeaux soient mis en berne sur les propriétés fédérales jusqu’au coucher du soleil.

Le maire d’Annapolis, Gavin Buckley, avait déclaré lundi que M. Trump, qui a qualifié à plusieurs reprises les journalistes « d’ennemis du peuple », lui avait dit que sa demande de mettre les drapeaux en berne avait été refusée. La Maison-Blanche a indiqué mardi que M. Trump avait ordonné l’abaissement des drapeaux immédiatement après avoir été mis au fait de la demande du maire.

La mémoire de M. Hiaasen a été honorée lundi soir à travers des histoires, des poèmes, des prières et des chansons lors d’une cérémonie de « célébration de la vie ». Il a été abattu la semaine dernière dans l’édifice abritant le Capital Gazette avec ses collègues Gerald Fischman, John McNamara, Rebecca Smith et Wendi Winters.

Une foule imposante a cherché la consolation avec des rires et des souvenirs amusants, parsemés de quelques sanglots. Lors de la cérémonie déchirante, amis et collègues l’ont présenté comme un journaliste dévoué qui aimait servir de mentor à la jeune génération de journalistes. Les gens présents ont salué son amour pour sa famille et sa fierté envers son travail. Il s’est fait des amis facilement et en a eu beaucoup, a-t-on souligné.

Hannah Hiaasen, sa plus jeune fille, a déclaré que la famille l’appelait « Big Rob » — un surnom qui correspondait parfaitement au rédacteur en chef, qui mesurait 1,95 mètre. Mais son surnom n’était pas seulement lié à sa taille. « Il avait vraiment un très grand coeur », a-t-elle affirmé, avant de lire un poème à la mémoire de son père.

M. Hiaasen venait de célébrer ses 33 ans de mariage avec sa femme, Maria, dont l’anniversaire de naissance tombait le jour de l’attaque. Sa veuve a déclaré que Rob était son meilleur ami et un partenaire aimant et généreux.

« Je vais essayer de le retenir ici », a-t-elle dit en posant ses mains sur son coeur.