Fusillade d'Annapolis: une édition historique du «Capital Gazette»

Les rescapés du drame ont tenu jeudi soir à publier une édition du journal pour rendre hommage à leurs collègues tués.
Photo: Mark Wilson Getty Images / AFP Les rescapés du drame ont tenu jeudi soir à publier une édition du journal pour rendre hommage à leurs collègues tués.

L’identité des cinq victimes de la fusillade de jeudi dans la salle de rédaction du Capital Gazette, à Annapolis, a été révélée à la une de l’édition historique du journal, publié vendredi matin malgré les circonstances tragiques.

Il s’agit des journalistes Robert Hiaasen, Gerald Fischman, John McNamara et Wendi Winters, et d’une employée de bureau, Rebecca Smith.

Les rescapés du drame ont tenu jeudi soir à publier une édition du journal pour rendre hommage à leurs collègues tués. À l’arrière de camionnettes, dans un stationnement, ils ont recréé des bureaux de fortune pour raconter la tragédie dont ils ont été les victimes, avec l’aide des journalistes du Baltimore Sun, propriétaire du Capital Gazette.

« Je ne peux pas dormir, donc la seule chose que je peux faire, c’est rendre compte des faits », a écrit sur Twitter pendant la nuit le journaliste Phil Davis.

Dans leur journal de vendredi, les noms des victimes sont imprimés à la page habituellement réservée aux éditoriaux, laissée vide. « Demain, cette page reviendra à son but originel, qui est de proposer à nos lecteurs des opinions informées », est-il précisé.

Les citoyens d’Annapolis, paisible municipalité du Maryland à une heure de route de Washington, étaient endeuillés au lendemain de la tragédie. Les victimes étaient bien connues dans la communauté. Un petit lieu de recueillement spontané a vu le jour à l’entrée de l’allée qui mène aux locaux du quotidien.

Une rancoeur contre le journal

Les mystères quant aux motifs du tireur ont été résolus vendredi. Contrairement à ce que plusieurs personnes ont avancé sur les réseaux sociaux jeudi, le suspect ne semble pas avoir été influencé par les propos hargneux envers les journalistes du président Donald Trump et de son entourage. Il entretenait plutôt une rancoeur contre le Capital Gazette depuis 2012 en raison d’un conflit judiciaire.

Le tireur, identifié par des documents judiciaires comme étant Jarrod Ramos, avait alors poursuivi la publication sans succès, lui reprochant d’avoir porté atteinte à sa réputation lors d’un reportage sur une affaire de harcèlement criminel le concernant. Il aurait ensuite entrepris de harceler plusieurs employés sur Twitter. Dans un message, M. Ramos écrit qu’il « serait bien que le journal cesse d’être publié », puis ajoute que « ce serait encore mieux » que deux journalistes « cessent de respirer ».

Un policier s’était rendu chez Ramos en mai 2013 à la suite de menaces proférées contre le Capital Gazette. Les responsables du journal avaient alors préféré ne pas engager de poursuites « par crainte [d’]attiser une situation déjà enflammée ».

L’homme de 38 ans fait face à cinq accusations de meurtre au premier degré. Il est maintenu en détention.

Ramos a utilisé un fusil à pompe acheté légalement, a précisé Timothy Altomare, le chef de police du comté d’Anne Arundel, en conférence de presse. Il voulait « tuer autant de personnes que possible », selon la police.

Donald Trump a dénoncé vendredi un événement « horrible ». « Les journalistes, comme tous les Américains, devraient pouvoir exercer leur métier sans la peur d’être victimes de violentes attaques », a-t-il déclaré.