Fusillade dans un journal à Annapolis

Le quartier entourant les lieux de l'«attaque ciblée» a été bouclé par les policiers.
Photo: Jose Luis Magana Associated Press Le quartier entourant les lieux de l'«attaque ciblée» a été bouclé par les policiers.

Cinq personnes sont mortes lors d’une fusillade jeudi dans la salle de rédaction du quotidien Capital Gazette, à Annapolis, dans le Maryland. Deux autres individus ont été blessés. Cela en fait une des attaques les plus meurtrières contre des journalistes aux États-Unis.

La police a affirmé en soirée qu’il s’agissait d’une « attaque ciblée » contre le journal, mais on ne sait toujours pas pourquoi le tireur s’en est pris à ses employés.

Quatre victimes sont mortes sur les lieux de la fusillade et la cinquième est décédée à l’hôpital. Leur identité n’avait pas été révélée au moment où ces lignes étaient écrites.


Le suspect aurait fait feu sur plusieurs employés du journal après être entré dans les bureaux du quotidien en tirant sur une porte vitrée, selon un témoin du drame, le journaliste judiciaire de Capital Gazette Phil Davis.

Les autorités sont arrivées 60 secondes après avoir reçu un premier signalement. La rapidité de leur réponse a permis d’éviter qu’il y ait davantage de victimes, ont-elles souligné.

Le suspect est un homme blanc dans la trentaine. Son identité n’a pas été révélée. Des enquêteurs l’interrogeaient toujours en soirée. Selon des médias américains, il ne serait pas coopératif.

« Cette personne était prête aujourd’hui à tirer sur des gens », a commenté le chef de police par intérim du comté d’Anne Arundel, Bill Krampf.

Motif inconnu

Capital Gazette est un journal local bien connu à Annapolis, une municipalité de 40 000 habitants située une cinquantaine de kilomètres à l’est de la capitale fédérale, Washington.
 

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Fondé en 1727, il est l’un des plus vieux quotidiens des États-Unis. Il emploie treize reporters et photographes et ses locaux sont situés au rez-de-chaussée d’un immeuble de trois étages.

A priori, rien ne porte à croire qu’un individu voudrait s’en prendre précisément à cette institution. Le journal a toutefois reçu des menaces par l’entremise des réseaux sociaux, a indiqué Bill Krampf en soirée, sans révéler la nature de celles-ci.

Le chercheur à l’Observatoire des États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand de l’UQAM Rafael Jacob appelle à la prudence avant de formuler des hypothèses sur les motifs du tireur.

L’attaque condamnée

La porte-parole de la Maison-Blanche, Sarah Huckabee Sanders, a condamné fermement la fusillade. « Une attaque violente contre d’innocents journalistes qui font leur travail est une attaque contre tous les Américains », a-t-elle déclaré.

Sur Twitter, le président Donald Trump a envoyé ses « pensées » et ses « prières » aux victimes et à leurs familles.

Le maire d’Annapolis, Gavin Buckley, s’est montré bouleversé par le drame. « Nous connaissons très bien ces journalistes. Nous leur parlons quotidiennement. […] Il s’agit de notre famille et les victimes d’aujourd’hui étaient nos amis. »

Harry Logan, le gouverneur du Maryland, a réagi en se disant « totalement dévasté par cette tragédie ».

La Society of Professional Journalists, un des plus importants regroupements de reporters aux États-Unis, s’est dite profondément attristée. Sa présidente, Rebecca Baker, n’a pas voulu s’avancer sur la question de la sécurité dans les salles de presse, étant donné le peu d’information disponible sur les motifs du tireur. « Les journalistes devraient toujours faire ce qu’ils peuvent pour rester en sécurité », a-t-elle toutefois écrit au Devoir.

Le directeur général du Comité pour la protection des journalistes, Joel Simon, a qualifié cet acte de violence contre des journalistes d’« inacceptable ».

L’Organisation de défense des journalistes Reporters sans frontières s’est dite « profondément choquée » par cette « nouvelle tragédie pour le journalisme ».

Une édition vendredi

Malgré l’ampleur de la tragédie, les abonnés de Capital Gazette recevront leur journal comme d’habitude vendredi, ont confirmé ses artisans.

« Je peux vous dire ceci : nous publierons un sacré journal demain », a déclaré sur Twitter Chase Cook, un reporter qui se trouvait à l’extérieur des bureaux lors de la fusillade.

Photo: Ivan Couronne Agence France-Presse Photographe et journaliste de «Capital Gazette», Joshua McKerrow et Chase Cook ont accompli leur tâche, installés dans une camionnette, en dépit de l’attaque qu’ils ont subie et au cours de laquelle cinq de leurs collègues ont trouvé la mort.

Certains survivants du drame se sont confiés jeudi soir. « J’étais à l’intérieur. Je suis chanceux d’être en vie. S’il vous plaît, priez pour mes collègues qui n’ont pas été aussi chanceux que moi », a écrit le photographe Paul W. Gillespie.

« Il n’y a rien de plus terrifiant que d’entendre plusieurs personnes se faire tirer dessus pendant que vous êtes sous votre bureau et entendez le tireur charger son arme », a écrit sur Twitter le journaliste Phil Davis peu de temps après la tragédie.

Bien qu’il s’agisse de la 154e fusillade de masse à se produire aux États-Unis seulement en 2018, tout porte à croire qu’aucun resserrement du contrôle des armes à feu ne sera fait, indique Rafael Jacob. « Je me sens comme un disque qui saute, car je le répète à chaque fusillade, mais ça ne bougera pas », assure-t-il.

Le port d’une arme à feu aux États-Unis est un droit garanti par la Constitution.