La réunification tarde aux États-Unis

Devant un centre de détention au Texas, un enfant, installé dans une poussette, tient au-dessus de sa tête une pancarte manifestant son opposition à la séparation des familles immigrantes.
Photo: Brendan Smialowski Agence France-Presse Devant un centre de détention au Texas, un enfant, installé dans une poussette, tient au-dessus de sa tête une pancarte manifestant son opposition à la séparation des familles immigrantes.

La confusion régnait vendredi aux États-Unis sur la situation des quelque 2300 enfants arrachés à leurs parents alors que le gouvernement Trump semble n’avoir rien prévu pour les réunir.

Devant les témoignages déchirants de parents sans nouvelles de leurs enfants, les Nations unies ont pressé les États-Unis de réformer leur politique migratoire, estimant que ni la séparation des enfants de migrants ni leur détention n’étaient des options envisageables.

Mais les élus du Congrès à Washington semblent loin d’être prêts à changer la situation. Un vote clé sur une réforme de l’immigration proposée par la majorité républicaine a été reporté à la semaine prochaine à la Chambre des représentants, faute de consensus.

« La situation est absolument chaotique. Il reste tellement de questions sans réponse et il semble qu’il n’y avait aucun plan pour réunir parents et enfants », a déclaré à l’AFP Matt Clausen, le président de l’organisation WOLA, spécialisée dans la défense des droits de la personne.

« Ça me rend folle parce qu’à chaque instant je me demande : comment va-t-elle ? A-t-elle mangé ? Prennent-ils soin d’elle ? » a témoigné sur CNN Cindy Madrid, la mère salvadorienne d’une fillette placée dans un refuge. La voix de sa fille de six ans récitant par coeur le numéro d’une tante vivant aux États-Unis — entendue avec d’autres enfants en pleurs sur un enregistrement diffusé lundi par le site ProPublica — a contribué à mobiliser l’opinion publique.

Deux jours plus tard, Donald Trump revenait sur sa politique de séparation systématique des familles interpelées pour avoir franchi illégalement la frontière avec le Mexique, mise en oeuvre début mai.

Scènes émouvantes

Certains parents ont retrouvé leurs enfants donnant lieu à des scènes poignantes, mais le gouvernement américain n’a pas expliqué clairement si ces mineurs étaient parmi les 700 séparés entre octobre 2017 et avril ou les plus de 2300 envoyés depuis mai dans des refuges montés à la hâte.

Le sort des enfants a ému de nombreuses personnes à travers le monde, dont la première dame des États-Unis, qui était aux premières loges. Melania Trump a en partie poussé le président à signer son décret, du propre aveu du septuagénaire.

En visite surprise dans un refuge au Texas jeudi, elle proposait son aide pour « réunir ces enfants avec leur famille aussi vite que possible ».

Plusieurs associations qui tentent de les réunir ont dénoncé le « chaos » jeudi. Le pédiatre Alan Shapiro a confié avoir vu des enfants « qui n’arrivent plus à parler », d’autres devenus incontinents ou prostrés.

La situation est absolument chaotique. Il reste tellement de questions sans réponse et il semble qu’il n’y avait aucun plan pour réunir parents et enfants.

Le Pentagone, lui, a reçu l’ordre de se préparer à héberger sur des bases militaires 20 000 mineurs migrants entrés sur le territoire américain non accompagnés par des adultes.

Si le décret Trump met fin aux séparations, sa solution — maintenir les enfants avec leurs parents aussi longtemps que leurs poursuites pénales puissent durer — scandalise tout autant.

« Le décret remplace la cruauté des séparations des familles par la cruauté des détentions de familles, a déploré Matt Clausen, de WOLA. Il existe des solutions plus humaines. »

Mais Donald Trump ne semble pas prêt à fléchir, accusant les démocrates et ses prédécesseurs d’avoir laissé se détériorer le système d’immigration, trop laxiste. « Nous ne pouvons pas permettre que notre pays soit envahi par des immigrés illégaux pendant que les démocrates racontent leurs histoires bidon de tristesse et de deuil, en espérant que ça va les aider aux élections », a-t-il asséné sur Twitter.