Le monde se désole du sort des enfants migrants séparés aux États-Unis

Des immigrants se dirigent vers un centre de secours peu après leur libération grâce à la politique d'immigration américaine «catch and release», à McAllen, au Texas. 
Photo: Loren Elliott Agence France-Presse Des immigrants se dirigent vers un centre de secours peu après leur libération grâce à la politique d'immigration américaine «catch and release», à McAllen, au Texas. 

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a estimé mercredi que la séparation des enfants de leurs parents entrés illégalement aux États-Unis est « inacceptable ».

« Ce qui se passe aux États-Unis est inacceptable », a déclaré en français Justin Trudeau, en arrivant au Parlement, avant de juger, en anglais, que c’était « mal ».

« Je ne peux pas imaginer ce que ces familles sont en train de vivre. Évidemment, ce n’est pas comme ça qu’on fait les choses au Canada », a-t-il souligné avant une réunion avec les députés du Parti libéral.

« La façon dont nous traitons les plus vulnérables définit qui nous sommes en tant que personnes, pays et communauté internationale », a-t-il indiqué en outre dans un communiqué émis mercredi à l’occasion de la Journée mondiale des réfugiés.

Le chef du gouvernement canadien y appelle le « monde entier » à « être solidaire des réfugiés, des personnes déplacées et de tous ceux qui ont été forcés de fuir leur maison ».

La veille, le ministre de l’Immigration Ahmed Hussen s’était dit « interloqué » par la politique de « tolérance zéro » de l’administration du président américain Donald Trump, notant qu’Ottawa « surveille » le respect du droit d’asile par les autorités américaines.

« La vie des enfants est très, très précieuse et leur sécurité ainsi que leur bien-être doivent être notre préoccupation première », avait répété le ministre Hussen, qui doit gérer un afflux de migrants depuis l’arrivée à la Maison-Blanche de M. Trump.

Il répondait à des députés fédéraux qui pressaient le gouvernement Trudeau de suspendre l’accord américano-canadien « sur les tiers pays sûrs » en vigueur depuis fin 2004 et qui stipule qu’une personne demandant l’asile doit déposer sa demande dans le premier pays où elle entre, soit le Canada ou les États-Unis.

Le Canada assiste depuis plus d’un an à une hausse de l’immigration illégale en provenance des États-Unis, notamment à la faveur d’une faille dans cette entente canado-américaine.

Si la demande d’asile est soumise au Canada en arrivant des États-Unis par un aéroport ou un poste frontalier routier, le demandeur sera renvoyé au sud de la frontière où son dossier doit être traité selon ce système du « tiers pays sûr ».

Mais si le migrant pénètre au Canada de manière clandestine, la demande d’asile pourra être prise officiellement en charge par le gouvernement canadien, dont les services d’immigration étaient avant même l’élection de Donald Trump réputés plus accueillants.

Même chose du côté du Royaume-Uni

La première ministre britannique Theresa May a jugé mercredi « profondément choquantes » les images d'enfants de migrants séparés de leurs parents sans-papiers en vertu de la politique migratoire américaine.

« Les images d'enfants détenus dans ce qui semble être des cages sont profondément choquantes. C'est une erreur, nous ne sommes pas d'accord avec cela, ce n'est pas l'approche britannique », a déclaré devant les députés la dirigeante conservatrice, qui recevra le président américain Donald Trump mi-juillet au Royaume-Uni.

« Lorsque j'étais ministre de l'Intérieur, j'ai mis fin aux détentions des familles avec enfants », a-t-elle souligné.

« Quand nous ne sommes pas d'accord avec les États-Unis, nous le leur disons », a-t-elle ajouté, indiquant qu'elle évoquerait le sujet des enfants séparés avec le président américain.

« Il y aura une série de questions dont je discuterai avec le président Trump [lors de sa visite au Royaume-Uni], une série de questions concernant nos intérêts communs », a-t-elle précisé, citant notamment « la sécurité et la défense ».

La séparation des enfants de leurs parents sans-papiers, pour beaucoup fuyant la violence en Amérique centrale, fait scandale aux États-Unis, et a déclenché une pluie de critiques à l'encontre de Donald Trump.

Ce dernier se rendra le 13 juillet au Royaume-Uni, une visite longtemps repoussée par crainte de manifestations qui finiront très certainement par arriver, le président américain comptant de nombreux détracteurs au Royaume-Uni.

L'arrivée à la Maison-Blanche du milliardaire américain a tendu la « relation spéciale » unissant traditionnellement les deux alliés, compliquant la tâche de Theresa May qui compte énormément sur les États-Unis pour l'après-Brexit.

En cause notamment, les fameux tweets du président américain et son ingérence dans les affaires publiques britanniques, comme lorsqu'il avait retweeté des vidéos antimusulmans relayées par un groupe britannique d'extrême droite, un acte qualifié « d'erreur » par Theresa May.

Donald Trump a aussi exaspéré les autorités britanniques avec ses tweets sur le terrorisme au Royaume-Uni ou ses attaques contre le maire de Londres, Sadiq Khan.

Les premières crispations étaient apparues quelques jours seulement après l'investiture début 2017 de M. Trump. S'exprimant sur les restrictions à l'immigration imposées à plusieurs pays musulmans par le président américain, Downing Street avait fait savoir: « Nous ne sommes pas d'accord avec ce type d'approche. »

Londres a également critiqué la sortie américaine de l'accord de Paris sur le climat et regretté celle de l'accord sur le nucléaire iranien.