Washington et Pékin relancent les hostilités

«Le commerce entre nos nations est très inéquitable, depuis très longtemps», a fait valoir Donald Trump.
Photo: Brendan Smialowski Agrence France-Presse «Le commerce entre nos nations est très inéquitable, depuis très longtemps», a fait valoir Donald Trump.

La trêve aura été de courte durée : Donald Trump a mis vendredi ses menaces à exécution en annonçant qu’il imposait de nouveaux droits de douane de 25 % sur 50 milliards de dollars d’importations chinoises, auxquels Pékin a immédiatement répliqué.

Les nouvelles taxes américaines, qui seront imposées sur des marchandises « contenant des technologies très importantes sur le plan industriel », doivent compenser cette fois le vol de la propriété intellectuelle et de technologies américaines. « Ma formidable relation avec le président Xi de la Chine et la relation de notre pays avec la Chine sont importantes pour moi. Cependant, le commerce entre nos nations est très inéquitable, depuis très longtemps », a fait valoir Donald Trump, moins d’un mois après que les deux pays ont annoncé une trêve dans leur conflit commercial.

La Chine a aussitôt annoncé qu’elle va riposter à l’identique. « Nous allons immédiatement prendre des mesures en matière de droits de douane d’une ampleur équivalente », a annoncé le ministère du Commerce. Le ministère chinois a en outre appelé les autres pays à une « action collective » contre cette conduite qualifiée de « dépassée et rétrograde ».

« Cette situation ne peut plus durer », a estimé Donald Trump, citant les objets du grief : des pratiques commerciales « déloyales », en particulier l’acquisition de la propriété intellectuelle et de technologies américaines. Le président a de nouveau martelé qu’avec des centaines de milliards de dollars de déficit, les États-Unis ne redoutaient pas une guerre commerciale, perdue, selon lui, depuis bien longtemps. Le président, qui a déjà imposé en mars des taxes de 25 % sur les importations d’acier chinois et de 10 % sur celles d’aluminium, a prévenu que « les États-Unis imposeront de nouveaux droits de douane si la Chine engage des mesures de représailles ».

Le 19 mai, les deux pays avaient pourtant annoncé un accord de principe pour réduire de manière substantielle le déficit des États-Unis avec la Chine et avaient suspendu leurs menaces de mesures punitives respectives. Vendredi, Pékin a annoncé qu’il allait invalider ces accords.

Guerre commerciale

Les nouvelles taxes annoncées relancent la crainte d’une guerre commerciale, qui pourrait compromettre la croissance économique de la planète tout entière. D’autant que le gouvernement Trump a ouvert d’autres fronts contre l’Union européenne et ses partenaires au sein de l’Accord de libre-échange nord américain, le Canada et le Mexique. Ses alliés et partenaires commerciaux, frappés de taxes sur leurs importations d’acier et d’aluminium, ont d’ores et déjà annoncé des mesures de rétorsion et des recours auprès de l’OMC.

« La Chine ne souhaite certainement pas de guerre commerciale, mais en raison du comportement malveillant, nuisible et à courte vue des États-Unis, elle est obligée d’imposer des contre-mesures puissantes et de défendre de manière résolue ses intérêts nationaux », a argué le ministère chinois du Commerce. « Nous prenons essentiellement des mesures défensives », a déclaré ensuite un responsable du gouvernement américain sous couvert d’anonymat, qualifiant « d’erreur » les nouvelles annonces chinoises.

Cette nouvelle escalade survient une semaine après que Donald Trump a préservé in extremis le géant chinois des télécommunications ZTE de sanctions américaines imposées en avril, qui ont mené ce groupe au bord de la faillite.

La Maison-Blanche poursuit des objectifs contradictoires, observent des experts, puisqu’elle cherche à la fois un accord sur la Corée du Nord avec l’appui de Pékin et des concessions économiques chinoises pour réduire son déficit commercial. « Le danger, si Donald Trump va trop loin, est que les Chinois finissent par lâcher leur pression sur la Corée du Nord », met en garde Nicholas Lardy, spécialiste de la Chine au Peterson Institute for International Economics.