Taxes sur l'acier et l'aluminium: l'Union européenne promet de riposter

Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross
Photo: Saul Loeb Agence France-Presse Le secrétaire américain au Commerce, Wilbur Ross

Washington — Les États-Unis ont mis leur menace à exécution dans la guerre commerciale qui les opposent à leurs partenaires en annonçant jeudi l’application dès vendredi d’importants tarifs douaniers sur l’acier et l’aluminium importés de l’Union européenne, du Mexique et du Canada.

Cette annonce, faite par le secrétaire au commerce de Donald Trump, Wilbur Ross, a été immédiatement suivie d’une réaction de la Commission européenne affirmant que des « contre-mesures » allaient être annoncées « dans les prochaines heures ».

Les États-Unis ont donc décidé de ne pas prolonger l’exemption temporaire accordée à l’Union européenne jusqu’à jeudi minuit et vont mettre en place des taxes de 25 % sur l’acier et de 10 % sur l’aluminium.

Le sursis sur ces taxes est également levé pour le Mexique et le Canada, ses deux partenaires de l’accord de libre-échange nord-américain (ALENA) dont la renégociation, entamée il y a dix mois, peine à aboutir.

Wilbur Ross, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse téléphonique alors qu’il était à Paris pour une réunion de l’OCDE, a précisé que les États-Unis ne voulaient pas accorder aux 28 pays membres de l’Union européenne (UE) « une exemption permanente et inconditionnelle sur les taxes ».

« Nous avons eu des discussions avec la Commission européenne et même si nous avons fait des progrès, ils ne sont pas allés jusqu’au point où il aurait été justifié soit de prolonger l’exemption temporaire, soit d’accorder une exemption permanente », a affirmé le ministre de Donald Trump.

Il a minimisé les risques de représailles de la part de ces pays estimant que les importations venant de l’Union européenne représentaient « peu de chose » par rapport au déficit commercial américain. Il a ajouté qu’il y avait « un potentiel de discussion » avec l’Union européenne.

Mais, a-t-il ajouté, « comme nous ne savons pas quelle va être leur réaction à l’idée de continuer les discussions » malgré l’imposition des droits de douane, « il est un peu prématuré pour savoir quels seront les sujets de ces négociations ».

Nul doute que la décision américaine va être au centre des discussions du G7 Finances qui débute jeudi à Whistler au Canada.

Des mesures « injustifiées et dangereuses »

L’Union européenne avait exigé l’exemption définitive de ces taxes douanières comme tout préalable aux négociations. Les Européens, France en tête, ont insisté sur le fait qu’ils ne pouvaient discuter en ayant une épée de Damoclès au-dessus de leur tête, qui plus est de la part d’un allié.

Peu après l’annonce de Washington, qui était pressentie ces derniers jours même si certains Européens espéraient encore l’imposition de quotas à l’exportation plutôt que des tarifs douaniers, le président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker a déclaré à Bruxelles : « l’Union européenne ne peut pas rester sans réagir […] Ce qu’ils peuvent faire, nous sommes capables de faire exactement la même chose ».

Le ministre français de l’économie Bruno Le Maire avait prévenu de son côté avant l’annonce, que l’UE prendrait « toutes les mesures nécessaires » si les États-Unis appliquaient les tarifs.

De telles mesures seraient « injustifiées, injustifiables et dangereuses », avait estimé M. Le Maire à l’issue d’un entretien à Paris avec le ministre américain.

« Le commerce mondial n’est pas un duel à OK Corral » avait ironisé le ministre français se référant à un western classique américain.

« Ce n’est pas chacun attaque l’autre et on voit qui reste debout à la fin », avait-il ajouté.

À propos du Mexique et du Canada, le secrétaire américain au Commerce a souligné que les négociations sur l’ALENA « prenaient plus de temps qu’espéré ». « Il n’y a plus de date précise pour la conclusion des négociations, donc (ces pays) ont été ajoutés à la liste de ceux qui vont payer des tarifs », a-t-il déclaré.

Il a indiqué aussi que la Corée du Sud avait négocié un quota d’acier tandis que l’Argentine, l’Australie et le Brésil ont pris des dispositions pour « limiter le volume qu’ils peuvent expédier aux États-Unis au lieu des droits de douane ».